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Oxyde d’éthylène : deux ans de retraits de produits, mais…

Malgré son interdiction en zone euro, en raison de son caractère cancérogène, Foodwatch affirme que certains aliments contiennent des doses d’ETO «mille fois supérieures à la limite maximale» européenne.

L’oxyde d’éthylène (ETO) est un fongicide toxique classé comme «agent cancérogène, mutagène et reprotoxique». Interdit dans l’Union européenne, il continue cependant de susciter les inquiétudes. Et même si les données sont encore incomplètes pour évaluer avec précision le nombre de produits contaminés par ce fongicide cancérogène, l’ETO continue d’être détecté depuis fin 2020 dans de nombreux produits.

«Environ 18.000 lots de production» soit «près de 4.900 références de produits», c’est le nombre de denrées qui ont fait l’objet d’un rappel par la Répression des fraudes (DGCCRF) française depuis 2020. En septembre de la même année, les autorités belges le détectent dans des lots de graines de sésame importées d’Inde.

Pour rappel, cet agent est, notamment, destiné à éviter que les denrées alimentaires ne se dégradent pendant le transport vers les lieux de transformation et de consommation. Foodwatch, une association militant pour la transparence dans l’agroalimentaire, assure alors que certains aliments contiennent des doses d’ETO «mille fois supérieures à la limite maximale» européenne.

De nombreux tests sont menés, entraînant le rappel d’un nombre important de produits sur tout le continent, et pas uniquement à base de sésame. La DGCCRF a précisé à l’AFP avoir traité 517 «alertes» en 2020, principalement sur les graines de sésame et des produits en contenant -biscuits, pains ou plats préparés- et 1.446 alertes en 2021, sur des épices et condiments, compléments alimentaires et aliments diététiques «incorporant des matières premières contaminées» et glaces.

«La détection d’ETO sur de la gomme de guar, très largement utilisée dans l’industrie agroalimentaire, a conduit à des mesures massives de retrait-rappel dans le secteur des glaces», explique la Répression des fraudes.

Selon deux sources interrogées par l’AFP, certains produits ont été retirés des circuits avant d’être mis à disposition du public, et ne font alors pas l’objet d’une procédure de rappel. Interrogée, la DGCCRF n’a pas fait de commentaire. Cette affaire de grande ampleur a mobilisé les équipes de la DGCCRF dans la durée si bien que, selon Ingrid Kragl, de Foodwatch, «c’est en France qu’on a le mieux appliqué la réglementation européenne».

En Belgique, d’où est partie la première alerte, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, équivalent de la DGCCRF, a procédé à 105 rappels de produits en 2020, et 210 en 2021. Des chiffres qui portent «sur le nombre de rappels de produits, mais pas sur le nombre de produits concernés», précise-t-elle à l’AFP.

En revanche, les services de la Commission européenne n’étaient pas en mesure de communiquer à l’AFP une estimation du nombre de retraits à l’échelle du continent. Elle se dit «attentive au suivi par les autorités compétentes, mais ne tient pas de données statistiques chiffrées sur les produits, marques ou références concernés par les différentes alertes» au sein du RASFF, le Système d’alerte rapide pour les aliments par lequel les autorités sanitaires de chaque pays membre alertent leurs homologues en cas de problème supranational. Foodwatch, dans son rapport annuel pour l’année 2021, estimait que dans cette affaire concernant «des dizaines de pays, la question de la responsabilité des fabricants, importateurs et distributeurs était totalement éludée, les autorités semblant débordées».

Sami Nemli avec agences / Les Inspirations ÉCO

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