Monde

L’Arabie saoudite nationalise son marché de l’emploi

Le département de l’Emploi saoudien a interdit l’octroi d’autorisations d’emploi et leur renouvellement pour 60 métiers. Les entreprises et établissements devront embaucher des Saoudiens durant les prochains mois et réserver le métier de vente aux seuls nationaux.

L’Arabie saoudite vient de lancer une opération de verrouillage de son marché du travail sans précédent dans l’histoire du pays. Selon un document du ministère de l’Emploi et du développement social saoudien, dont les Inspirations Éco détient copie, il a été décidé, sur hautes orientations, d’interdire l’octroi de visas de travail permanents ou provisoires aux étrangers pour un grand nombre de métiers et professions. Idem pour certaines autorisations de travail désormais prohibées à la main-d’œuvre étrangère, auxquelles s’ajoute le non-renouvellement des autorisations des travailleurs inscrits dans les professions réservées aux Saoudiens. La liste des métiers refusés aux étrangers comprend pas moins de 41 postes dont celui de grand responsable des ressources humaines dans les établissements publics et privés, de directeur des affaires des employés, d’employé d’accueil dans les hôtels et les hôpitaux, de trésorier, d’agent de sécurité privé, de serrurier, de comptable, de secrétaire, de recouvrement des dettes, de postier, de libraire, caissier, guide touristique, relations publiques… Ce n’est pas tout. Le département de l’Emploi saoudien a interdit l’octroi d’autorisations d’emploi et leur renouvellement pour 60 métiers tout en exigeant aux entreprises et aux établissements de les remplacer par des Saoudiens dans les mois qui viennent et de réserver le métier de vente aux seuls nationaux. Par ailleurs, pas moins de 23 activités commerciales seront inaccessibles aux nouveaux arrivants sur le marché du travail saoudien. On citera, sans être exhaustif, celles de pharmacien et d’aide-pharmacien, des boutiques de vêtements féminins, de vente de tissus, de jouets, de fleuriste, des boutiques de cadeaux, de parfums, des kiosques dans les malls, des pièces de rechange des voitures, des produits de construction…Enfin, 12 activités seront exclusivement consacrées aux Saoudiens et aux Saoudiennes.

Les raisons de la nationalisation
Cette nationalisation concerne les showrooms de voitures et de motos, les magasins de prêt-à-porter, les magasins de mobilier et de bureaux, les magasins d’ustensiles de maison, de machines électriques et électroniques, les boutiques de montres et de lunettes, les magasins de dispositifs médicaux, les magasins de vente de produits de construction, les pièces de rechange de voitures, les magasins de tapis et enfin les boulangeries. L’on remarque aussi une nouvelle disposition incluse dans le document qui exhorte ces activités à respecter les décisions de féminisation dans les activités concernées. En cas de non-respect de ces nouvelles dispositions, des sanctions ont été mises en place (voir encadré). À la lumière de ces évolutions, les Marocains qui travaillent en Arabie saoudite et dont leur nombre est estimé à plus de 35.000, dont 42% des femmes, seront obligés de trouver des issues, de s’adapter à la situation. Ils seront sûrement plusieurs à devoir quitter le pays ou chercher ailleurs dans la région. Cette nationalisation du marché du travail s’explique. Elle est motivée par une situation économique et sociale qui ne fait qu’empirer depuis quelques années, dans le puissant royaume. On ressentait déjà ses prémices en avril 2013, lorsque les autorités saoudiennes avaient décidé de laisser 3 mois aux travailleurs étrangers pour régulariser leur situation.
Premier exportateur de pétrole mondial avec plus de 10 millions de barils par jour produits en 2016, l’Arabie saoudite se trouve dans une situation où le déficit budgétaire atteint des sommets avec 79 milliards de dollars en 2016. La décision de baisser le prix du baril pour des considérations politiques en lien avec l’Iran a mis le pays dans une situation économique et sociale difficile. S’ajoute à cela l’engagement militaire au Yémen dont le coût, selon les spécialistes, a plombé les réserves monétaires du pays. Vient ensuite une politique d’austérité qui n’a pas manqué de provoquer le mécontentent de la population, à telle enseigne que le Fonds monétaire international (FMI) a attiré l’attention du pays sur le danger économique et social d’un tel traitement (de choc). Quant à l’opération coup de poing anti-corruption menée par le jeune prince héritier Mohamed Ben Salmane, quand bien même elle a été un fort signal politique, elle n’aura apparemment pas suffi à renflouer les caisses de l’État. La Vision 2030, dont le but est de construire une économie ouverte, moderne et diversifiée, se heurte aujourd’hui au défi de la stabilité économique alors que le prix du baril peine à augmenter. Cette nouvelle politique du travail dans le royaume arabique, bien qu’impopulaire, est devenu nécessaire -sinon essentielle- pour juguler l’impact social d’une économie en crise.


De nouvelles sanctions

Ces nouvelles dispositions drastiques ont été accompagnés de sanctions en cas de non respect des limitations sus-détaillées. Ainsi, le recrutement de main-d’œuvre étrangère dans les métiers consacrés aux Saoudiens de nationalité est passible d’une amende de 20.000 rials saoudiens dupliqués selon le nombre de postes en infraction. La vente de visas de travail -ou être un intermédiaire- coûtera au contrevenant 50.000 rials pour chaque employé. Quant à l’embauche d’une personne étrangère sans contrat ou sans renouvellement de son contrat, elle est sanctionné de 20.000 rials. Concernant la pratique condamnable de confiscation du passeport ou du titre de séjour sans le consentement de l’employé, elle est passible d’une amende de 2.000 rials pour chaque employé concerné. Plusieurs autres sanctions ont été établies en cas de non-respect des conditions de travail requises par le ministère.

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