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Henley Passport: quelle place pour le passeport marocain ?

Les résultats du récent classement 2022 de l’indice Henley Passport montrent des niveaux record de liberté de voyage pour les pays les mieux classés, le Japon et Singapour, mais aussi le plus grand écart de mobilité mondiale enregistré depuis la création de l’indice il y a 17 ans. En effet, au moment où les passeports japonais et singapourien permettent d’accéder sans visa à 192 pays, celui afghan, qui se situe au bas de l’indice, ne permet d’entrer que dans 32 pays sans visa.

Les derniers résultats de l’indice Henley Passport, au titre de l’année 2022, viennent de tomber. Il en ressort que les passeports du Japon et de Singapour sont classés à la première place. Ils permettent à leurs ressortissants d’accéder sans visa à 192 pays. «C’est un niveau record de liberté de voyage pour ces deux premiers pays et les mieux classés, en général. Mais aussi, on assiste au plus grand écart de mobilité mondiale enregistré depuis la création de l’indice il y a 17 ans », soulignent les promoteurs de l’indice.


En effet, sans tenir compte des restrictions évolutives et temporaires liées au Covid, pendant que les passeports des deux premiers donnent accès à 192 destinations à travers le monde sans visa, le passeport afghan lui, qui se trouve au bas de l’indice, ne permet d’entrer que dans 32 pays sans visa, soit 166 pays de moins que les deux en tête du peloton.

Ce fossé croissant dans la mobilité internationale entre les pays les plus riches et les plus pauvres a été mis en évidence à la fin de l’année dernière avec l’arrivée de la variante hautement infectieuse d’Omicron, qui s’est heurtée à une série de restrictions punitives contre des pays principalement africains que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a décrits comme s’apparentant à un «apartheid du voyage». Ceci, malgré le fait qu’au cours de la dernière décennie et demie, les niveaux globaux de liberté de voyage ont considérablement augmenté.

Selon les données historiques du Henley Passport Index, un individu pouvait, en moyenne, visiter 57 pays en 2006 sans avoir besoin d’obtenir un visa à l’avance. Aujourd’hui, ce nombre est passé à 107, mais cette augmentation globale masque une disparité croissante entre les pays du Nord et ceux du Sud, les ressortissants de pays tels que la Suède et les États-Unis peuvent, en effet, visiter plus de 180 destinations sans visa, tandis que les détenteurs de passeports d’Angola, du Cameroun et du Laos ne peuvent entrer que dans environ 50 pays.

Le Covid-19 exacerbe les inégalités en matière de mobilité mondiale
Ceci étant, il faut signaler que tout juste derrière le duo asiatique de tête, l’Allemagne et la Corée du Sud conservent leur 2e place de l’avant-dernier classement. Les détenteurs de leurs passeports peuvent accéder à 190 destinations sans visa ; tandis que la Finlande, l’Italie, le Luxembourg et l’Espagne partagent la 3e place, avec un accès à 189 pays. Après être tombés à la 8e place en 2020, les passeports américain et britannique ont retrouvé une partie de leur force antérieure. Les deux pays siègent maintenant à la 6e place, avec un score sans visa à l’entrée de 186 pays.

Pendant ce temps, le Maroc est ex-aequo à la 79e place avec Cuba et le Ghana et leurs ressortissants peuvent accéder sans visa à 64 pays. Commentant le classement, le Dr Christian H. Kaelin, président de Henley & Partners et inventeur du concept d’indice de passeport, souligne que l’ouverture des canaux de migration est essentielle pour la reprise post-pandémique. «Les passeports et les visas sont parmi les instruments les plus importants qui ont un impact sur les inégalités sociales dans le monde, car ils déterminent les opportunités de mobilité mondiale. Les frontières à l’intérieur desquelles nous sommes nés, et les documents que nous sommes en droit de détenir, ne sont pas moins arbitraires que notre couleur de peau. Les États les plus riches doivent encourager une migration vers l’intérieur positive dans le but d’aider à redistribuer et à rééquilibrer les ressources humaines et matérielles dans le monde entier, y compris en améliorant la taille et la qualité de leur propre main-d’œuvre».

Abondant dans le même sens, le professeur Mehari Taddele Maru du Migration Policy Centre relève que la volonté des pays du Sud de répondre à l’évolution des circonstances n’est pas toujours partagée par les pays du Nord. «Les exigences coûteuses associées aux voyages internationaux institutionnalisent les inégalités et la discrimination. Le Covid-19 et son interaction avec l’instabilité et les inégalités ont mis en évidence et exacerbé la disparité choquante dans la mobilité internationale entre les pays développés riches et leurs homologues les plus pauvres».

Une étude révolutionnaire révèle les déterminants du pouvoir des passeports
L’étude commandée par la société mondiale de migration d’investissement Henley & Partners sur les déterminants du pouvoir des passeports ressort les mêmes constats. En effet, elle relève que les gains des pays les plus riches en matière de liberté de voyage se sont faits au détriment des pays les plus pauvres, qui ont connu des barrières croissantes à l’entrée ces dernières années.

L’étude montre aussi que si les citoyens des pays à revenu intermédiaire et élevé de la tranche supérieure ont obtenu un accès sans visa à la plupart des pays, les citoyens des pays à revenu intermédiaire et faible de la tranche inférieure, ainsi que ceux qui ont des scores de fragilité plus élevés, jouissent de beaucoup moins de liberté de voyage parce qu’ils sont considérés comme présentant un risque élevé en matière de sécurité, d’asile et de dépassement de séjour. Fait intéressant, cependant, les résultats de l’étude ont également montré que si les démocraties du monde ont en moyenne des scores plus élevés en matière d’exemption de visa, les régimes démocratiques et autoritaires ont augmenté leurs scores d’exemption de visa depuis 2006, à des taux quelque peu similaires.

À propos de l’Indice Henley des passeports 2022

Avec des commentaires d’experts de pointe et des données historiques couvrant 17 ans, le Henley Passport Index est le classement original de tous les passeports du monde en fonction du nombre de destinations auxquelles leurs titulaires peuvent accéder sans visa préalable. Créé à l’origine par le Dr Christian H. Kaelin, le classement est basé sur des données exclusives et officielles de l’Association du transport aérien international (IATA), qui gère la base de données la plus vaste et la plus précise au monde d’informations sur les voyages, et il est renforcé par des recherches approfondies et continues du département de recherche Henley & Partners.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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