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Le secteur de l’énergie va-t-il rebondir dans le contexte post-Covid ?

L’absence d’un scénario de reconfinement total de la population favorise l’anticipation d’une hausse du volume annuel des ventes des produits pétroliers et de consommation d’énergie. Après les baisses importantes de consommation observées en 2020, comment le secteur de l’énergie va-t-il rebondir dans le contexte post-Covid ?

Le secteur de l’énergie va-t-il rebondir ou pas ? Figurera-t-il parmi les secteurs qui vont le plus rapidement se reprendre dans le contexte post-Covid ? Telles sont les questions que plusieurs investisseurs se posent. «Sur la base des dernières statistiques de l’Office des changes, sont notés les prémices d’un redressement du niveau d’importation des produits énergétiques», indique Ahmed Rochd, responsable analyse et recherche chez Valoris Securities, qui intervenant récemment lors d’un webinaire autour du thème


«Le secteur de l’énergie : Taqa, Total et Afriquia». Il faut dire que le secteur de l’énergie revient de loin. La crise de la Covid-19 s’est traduite, dans cette branche, par la baisse de la demande nationale d’électricité et un repli des importations de produits pétroliers. En 2020, la consommation nationale en électricité s’est contractée de 1,5% à 30.382 GWh, sous l’effet de la détérioration de la demande industrielle et de la baisse d’activité dans plusieurs activités économiques, conséquence directe des mesures de confinement appliquées au 2e trimestre 2020. À titre de rappel, l’analyste souligne que le taux d’utilisation de l’outil industriel national a atteint les 47% au mois d’avril 2021.

Concernant les produits pétroliers, les données publiées par l’Office des changes confirment la forte détérioration de la demande en ces produits en 2020. Ceci dit, il est constaté une relative différence entre l’évolution de la demande sur les produits pétroliers liquides (gasoil, diesel, kérosène) et le GPL (propane, butane). Pour l’analyste, la dégradation plus prononcée observée sur les produits pétroliers liquides s’explique par l’impact direct des mesures de restrictions de déplacement imposées, tandis que le GPL a subi les conséquences de la crise de la Covid-19 suite à la baisse d’activité de certains secteurs économiques, notamment l’industrie, l’hôtellerie et la restauration.

Les défis des années à venir et les opportunités
«À la différence de plusieurs secteurs d’activité, le secteur de l’énergie devrait revenir en force dès la fin des mesures de restriction et le retour à la normale», soutient Ahmed Rochd. Et d’ajouter : «2020 ne devrait être qu’une année de pause quant à la poursuite du développement du secteur». Les prévisions de l’analyste se basent sur la présence d’une demande n’attendant que la fin des restrictions pour regagner de la vigueur. La reprise des ventes de kérosène est conditionnée par la reprise des vols internationaux, et celle du diesel par la levée des restrictions de déplacement. La reprise des ventes de propane sont, elles aussi, conditionnées par la reprise de l’activité des hôtels et restaurants.

«La reprise du secteur de l’énergie en 2021 devrait bénéficier aux produits à forte valeur ajoutée, avec un impact positif prévu sur le niveau de marge de Total Maroc et Afriquia Gaz. En 2021, la reprise de l’activité post-ouverture devrait renforcer la contribution des produits non subventionnés, ce qui contribuerait au maintien de la marge d’Afriquia Gaz aux niveaux actuels», indique Ahmed Rochd.

Quant aux projections, il a estimé que l’évolution inverse du cours du charbon et du dollar pourrait profiter à Taqa Morocco en 2021, surtout si cette dernière parvient à maintenir son taux de disponibilité. Toujours selon l’analyste, au-delà de 2021, la multitude de chantiers et la nécessité pour le Maroc de disposer d’une énergie disponible et compétitive, apte à couvrir les nouveaux besoins induits par ses ambitions, ouvriront la voie aux distributeurs énergétiques qui pourraient accompagner l’État dans ses ambitions.

Parmi tant d’autres projets ambitieux du Maroc, on pourrait citer le développement de plusieurs pôles industriels, notamment à Kénitra et Dakhla. Rappelons que le Maroc s’est doté d’une stratégie ambitieuse de diversification de ses ressources d’énergie hors pétrole. Le pays a lancé un mégaprojet de 4,6 milliards de dollars s’articulant autour de deux volets : «Gas to Power» et «Gas to Industry». Par ailleurs, l’analyste souligne que le développement de nouveaux axes et pôles économiques ouvrirait la voie aux distributeurs énergétiques, les poussant à diversifier leur présence géographique.

Un secteur fortement tributaire de la croissance économique
Pour l’analyste, le secteur énergétique marocain est encore en retard par rapport à des pays comme la Turquie, l’Égypte ou encore l’Afrique du Sud. Ce retard, tributaire du niveau de développement économique, se traduit par le faible niveau de consommation d’énergie brute par habitant. À titre de comparaison, pendant que les Marocains consommaient 0,57 tep/habitant en 2018, les Turcs en consommaient 1,77, les Sud-africains 2,32 et les Égyptiens 0,97 tep/habitant. Il n’en demeure pas moins que le secteur fait montre d’un potentiel important. Malgré l’écart significatif avec plusieurs pays émergents, la consommation énergétique au Maroc a connu une accélération dès 2002, sous l’effet de la politique keynésienne menée par l’État.

Dans un premier temps, ce dernier a amélioré la capacité installée pour la production d’électricité, anticipant ainsi la hausse rapide de la demande entre 2009 et 2019, engendrée par l’élargissement du champ de couverture qui s’est traduit par l’amélioration du taux de couverture rural de 55% en 2002 à 99,7% en 2019 en plus des retombées de l’amélioration des équipements des ménages, et l’essor de plusieurs secteurs économiques tels que l’industrie et les services sur la demande émanant des centres urbains. Notons que la croissance de la capacité installée a été achevée, tout en tenant compte d’une réduction progressive de la contribution de l’énergie thermique (charbon, fioul, diesel…) au profit des énergies renouvelables (éolien en particulier). En deuxième lieu, nous assistons depuis 2011 à une décélération du rythme d’évolution des ventes des produits pétroliers.

Pour l’analyste, cette baisse de régime pourrait être attribuable à deux principaux facteurs. Le premier serait l’essoufflement du modèle économique marocain, centré autour de la demande publique, dans un contexte marqué par l’incapacité du secteur privé à prendre le relais de l’investissement auprès du secteur public, ainsi que la détérioration de la conjoncture économique depuis la survenue de plusieurs événements, notamment la crise de la Zone euro, le printemps arabe et la montée en puissance des exportations turques.

Selon l’analyste, le deuxième facteur pouvant expliquer la décélération du rythme d’évolution des ventes de produits pétroliers est l’orientation d’une partie de la demande énergétique vers d’autres produits alternatifs (hors pétrole) dans un contexte de suppression de la subvention de la Caisse de compensation sur les produits pétroliers, ou encore l’utilisation de l’énergie éolienne au lieu du fioul industriel.

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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