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Le Maroc soutient l’adaptation de l’agriculture africaine

Des projets concrets autour de l’adaptation de l’agriculture africaine aux changements climatiques doivent être mis en place pour augmenter la productivité et stopper la désertification. Le Maroc compte soutenir les pays africains en la matière. Parmi les solutions clés, l’assurance agricole.


Un grand intérêt est accordé à l’adaptation de l’agriculture en Afrique aux aléas des changements climatiques à la COP22. Il faut dire que si rien n’est fait pour s’adapter aux impacts du réchauffement climatique, l’Afrique connaîtra une augmentation des terres arides et semi-arides.  Le Maroc compte partager son expérience et son expertise dans le domaine dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Cependant, l’accompagnement des partenaires internationaux s’avère aussi être une nécessité. D’ailleurs, le royaume a développé plusieurs projets grâce à la coopération internationale.

Parmi les points importants qui pourraient donner un coup de fouet à l’agriculture et notamment aux petits agriculteurs, on peut citer l’assurance agricole comme levier pour l’adaptation. Le sujet a été débattu hier au pavillon Maroc dans la Zone Bleue de Bab Ighli lors d’une rencontre organisée par l’Agence pour le développement agricole (ADA) en partenariat avec l’AFD et le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). Il s’avère nécessaire d’agir sur plusieurs plans. En l’absence de mesures d’adaptation appropriées, les changements climatiques impacteront négativement le développement de l’agriculture et se traduiront par des baisses de productivité, de revenu, mais aussi par un exode rural voire une modification des équilibres des territoires, comme le souligne le directeur général de l’ADA. Il estime qu’afin d’évaluer et de débloquer des niveaux de financement supérieurs en faveur d’actions concrètes d’adaptation, il s’avère nécessaire d’élaborer des métriques en tant qu’instrument de mesure consensuel d’évaluation des conséquences et des impacts de l’adaptation. L’idée est de promouvoir l’adaptation au changement climatique via plusieurs mécanismes comme l’assurance indicielle.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet ACCAGRIMAG en faveur de l’adaptation de l’agriculture pluviale au changement climatique en Méditerranée. Mis en œuvre en Tunisie et au Maroc, ce projet intègre des composantes opérationnelles visant à développer l’assurance agricole indicielle et la diffusion de technologies de réduction de la vulnérabilité des petits agriculteurs au changement climatique.

Cette assurance doit être déployée en tant qu’outil de promotion de techniques culturales d’adaptation au changement climatique et non pas seulement comme outil de mutualisation des risques. Le directeur de l’ADA affiche son optimisme : «Compte tenu de l’importance que peut revêtir en termes d’adaptation, nous considérons que la composante phare de ce projet, qui est l’assurance paramétrique, doit avoir une attention particulière de notre part au vu de son déploiement sur le terrain dans les deux pays concernés voire dans tout notre continent africain».     


Mohamed Badraoui
Directeur général de l’Institut national de recherche agronomique (INRA)

Comment un outil comme MOSAICC (système informatique multidisciplinaire pour évaluer les impacts des changements climatiques sur l’agriculture) peut-il aider à prendre des décisions politiques?
MOSAICC est un outil qui a capitalisé sur l’expérience du Maroc, en particulier celles de l’Institut national de recherche agronomique et de la météorologie nationale. Il s’agit en premier lieu de l’information météorologique et de son utilisation pour l’agriculture, surtout en matière d’évaluation de l’impact des changements climatiques sur le secteur agricole. Le premier travail a été fait en 2009 déjà par l’INRA avec la FAO. Il a montré que l’agriculture marocaine sera fortement impactée par les changements climatiques et que les rendements vont diminuer. Cependant, il était également important de souligner qu’avec les nouvelles technologies d’adaptation, on pouvait non seulement recouvrir les pertes mais aussi augmenter la productivité. L’INRA a modélisé les données avec d’autres partenaires nationaux. Dans le cadre de la démocratisation de l’information, elles sont disponibles sur le web. On peut même faire des simulations en ce qui concerne l’agriculture, les ressources en eau et les forêts. Ces simulations permettent de donner une idée claire aux décideurs sur les vulnérabilités notamment, pour pouvoir, le cas échéant, adapter le système à travers les technologies et les pratiques nécessaires. Par exemple dans le cadre du programme Maroc vert, la première chose faite lorsqu’un projet proposé par un partenaire donné est de vérifier si les cultures proposées cadrent avec les vocations de la terre. L’État ne peut pas, en effet, appuyer des cultures qui ne sont pas adaptées aux conditions climatiques. On peut également tracer des projections sur l’année agricole et les rendements à atteindre. Il s’agit d’un outil important pour l’économie nationale permettant d’anticiper sur le planning et de voir l’impact des changements climatiques sur les productions.

Peut-on dire qu’au Maroc, la recherche scientifique dans le domaine de l’agriculture est développée ?
En comparaison avec des pays similaires, le Maroc est en bonne position au niveau de la recherche agricole. Le Maroc ne travaille pas seul mais avec des partenaires nationaux et internationaux. Je peux confirmer que nous sommes à la page sur un certain nombre de recherches relevant des priorités nationales. L’expérience que nous avons accumulée est mise en avant dans le cadre de l’initiative tripe A. Le Maroc est prêt à partager son savoir avec tous les pays africains.

Justement, comment le Maroc peut-il aider les pays africains à dépasser les problèmes relatifs à l’agriculture ?
L’initiative triple A (adaptation de l’agriculture africaine) est d’une grande importance. Le Maroc a cumulé une grande expérience, notamment avec le plan Maroc vert. Notre pays a enregistré un grand succès et a mis en place plusieurs ajustements pour produire plus et mieux dans des conditions difficiles dues aux changements climatiques. Nous avons des projets en cours avec des pays africains et d’autres sont prévus à l’avenir. L’initiative triple A va permettre de mettre l’expérience marocaine et son expertise à la disposition des pays africains en vue de renforcer leurs capacités en matière scientifique et de préparation des projets.

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