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Jouahri met les points sur les i

Fidèle à ses convictions, Abdellatif Jouahri continue de défendre l’urgence de la réforme du régime de change. S’agissant de la date de migration vers la flexibilité du dirham, la balle est dans le camp du gouvernement. Entre-temps, rien ne filtre de l’enquête de l’Office des changes sur les achats spéculatifs de devises effectués auprès des banques en mai et juin derniers. 

Le dossier de la réforme du régime de change reportée sine die par le gouvernement El Othmani n’est pas clos. Idem pour celui de l’enquête sur les achats spéculatifs de devises transitant par les salles de marchés des banques au cours des mois de mai et juin 2017, lesquels se sont traduits par un repli des réserves nettes de la Banque centrale d’environ 45 MMDH. C’est ce qui ressort des propos du wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, lors du point de presse tenu mardi 19 décembre à Rabat à l’issue de la réunion trimestrielle de la Banque centrale. Le report de la flexibilité du dirham, dont le démarrage, révèle Jouahri, était fixé au 1er juillet dernier, suscite toujours des interrogations.


L’argument avancé par le chef de gouvernement, selon lequel il y aurait un besoin d’études complémentaires, ne peut pas tenir debout face au discours favorable et rassurant de la Banque centrale, du Fonds monétaire international et des agences internationales de notation. Jouahri n’a pas changé d’avis entre-temps. Toutes les conditions techniques, se défend-il, sont réunies pour lancer la réforme et rien ne justifie la moindre panique, surtout que la migration devrait s’opérer de manière graduelle sur une période allant de 9 à 15 ans et non pas d’un seul coup comme ce fut le cas en Égypte. Sous l’effet d’une crise de change profonde, le pays des pharaons était contraint de passer directement à la libération totale de son régime de change, laissant la livre flotter au gré du libre jeu de l’offre et de la demande. Y aurait-il une nouvelle date pour le passage à la flexibilité ? «La décision politique appartient au gouvernement. Les études techniques relèvent de Bank Al-Maghrib», tient à rappeler encore une fois le wali. Fidèle à son discours «politiquement correct», Jouahri souligne avoir parlé d’une même voix aux côtés des représentants du ministre des Finances face aux responsables du FMI et de la Banque mondiale à Washington (Boussaïd était absent des assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods).

Le sujet de la flexibilité, poursuit-il, a aussi été abordé avec le souverain à l’occasion de la présentation fin juillet du rapport annuel de l’institut d’émission. «On ne peut pas signer une cinquantaine d’ALE, avoir la prétention de faire de Casablanca un hub financier, avoir la volonté de mener une stratégie ambitieuse en Afrique, si on ne met pas en place des réformes de seconde génération, dont celle du régime de change», affirme Jouahri. Quid de l’enquête sur les achats spéculatifs de devises repérés sur le marché à terme à la veille de la mise en œuvre de la réforme ? Menée par l’Office des changes, la mission d’inspection devait se terminer fin août dernier et nous voilà quatre mois plus tard en train d’attendre la moindre information sur les résultats des investigations. Aussi bien le directeur de l’Office des changes, Hassan Boulaknadel, que son ministre de tutelle, Mohammed Boussaïd, restent discrets sur ce sujet, couverts par l’impératif de confidentialité caractérisant généralement les missions de contrôle de ce type. Or, il ne s’agit pas là d’une infraction liée à l’achat d’un appartement dans le 8e arrondissement de Paris, mais bel et bien d’une série d’opérations totalisant 45 MMDH, soit près de 20% des réserves en devises de toute une nation. En ces temps de séisme politique et de consécration du principe constitutionnel de reddition des comptes, le ministère des Finances et l’Office des changes doivent absolument informer l’opinion publique des résultats de l’enquête, de l’étendue des infractions et de la nature des sanctions, quitte à ne pas divulguer les noms des contrevenants. Les achats de devises non adossés à des opérations de commerce extérieur doivent être sanctionnées conformément à la réglementation de change. Il se trouve que certaines pratiques tolérées aux yeux des banques ne le sont pas de l’avis de l’Office des changes. «Nous allons bientôt nous réunir avec le GPMB et l’Office des changes pour préciser les règles une bonne fois pour toute et pouvoir ainsi parler le même langage», annonce Jouahri. En finir avec la confusion et les incompréhensions, c’est bien. Éviter l’impunité, c’est encore mieux. 

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