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Jamila Ait Bencheikh: “Avec la digitalisation, l’entreprise énergétique peut réaliser des gains sur plusieurs canaux”

La digitalisation s’étend à tous les secteurs économiques. La transition énergétique, actuellement en pleine effervescence au Maroc et sur tout le continent africain, n’est pas en reste. La raison tient au fait que digitaliser permet à l’entreprise énergétique de gagner sur plusieurs fronts. Le détail sur les avantages, avec Jamila Ait Bencheikh, fondatrice de l’Africa energy e-training academy.

Casablanca a abrité en septembre dernier la première édition du Forum de la digitalisation de la transition énergétique. Que pensez-vous de cette initiative ?
Il s’agit d’une très bonne initiative, non seulement au niveau du Maroc mais également à l’échelle du continent africain, car la conduite d’une transition énergétique vers un système durable ne repose pas seulement sur des projets de développement d’infrastructures de production d’énergie bas carbone, mais aussi sur le développement d’un écosystème où la gestion de l’information doit être un pilier.

Cette rencontre a été ainsi l’occasion de réunir les membres de l’écosystème de la digitalisation de la transition énergétique au Maroc – et au niveau du continent – pour discuter des voies et moyens à mettre en place pour user davantage des nouvelles technologies numériques qui peuvent avoir plusieurs impacts positifs sur cette transition, notamment en termes d’accélération, d’interconnexion, d’optimisation, de maîtrise… Par exemple, l’intelligence artificielle peut aider à optimiser les ressources dans la transition énergétique. Elle peut aussi contribuer à mieux maîtriser sa consommation énergétique.

À votre avis, pourquoi est-il si nécessaire de digitaliser le secteur de l’énergie, notamment dans sa phase actuelle de transition vers les énergies renouvelables ?
Le Maroc a décidé de porter la production d’énergies renouvelables à 52% de sa capacité installée à l’horizon 2030. Les grandes centrales solaires de Noor Ouarzazate et celles, actuellement en cours de construction à Midelt, ainsi que les centrales éoliennes, entrent toutes dans ce cadre. C’est très bien de se doter de telles infrastructures, mais il ne suffit pas d’arrêter des politiques nationales de développement massif des énergies renouvelables sans tenir compte de la façon dont ces sources flexibles vont interagir entre-elles.

La digitalisation s’impose donc comme un outil garant d’un fonctionnement coordonné de ces sources dans l’ensemble de la chaîne de valeur de production, de transport et de distribution. Pour ce faire, il faut, notamment, recourir aux objets connectés, en recourant à ce qui est communément appelé l’Internet of Things (IoT), qui rend aujourd’hui la digitalisation nécessaire.

Les entreprises énergétiques marocaines sont-elles conscientes du fait qu’il leur faut digitaliser leurs activités ? Si oui, vers quoi orientent-elles en premier leurs efforts de digitalisation ?
Ecoutez, la première édition du Forum de la digitalisation de la transition énergétique est une initiative d’une entreprise énergétique marocaine. C’est un signe puissant de l’importance de l’incarnation de cette vision par les entreprises énergétiques marocaines. Mais est-ce à conclure que les entreprises énergétiques locales ont toutes intégré la digitalisation au niveau de leurs process? Je ne saurais m’avancer.

Toutefois, les actions à mener doivent se focaliser premièrement sur la mise à niveau de l’infrastructure numérique des entreprises, ensuite sur l’adoption de solutions intelligentes et, bien évidemment, sur le renforcement de la connectivité.

Selon vous, est-ce que l’écosystème marocain est suffisamment doté de spécialistes dans la conception et la production d’outils numériques comme l’open innovation, l’IoT, le big data, l’intelligence artificielle…, pour accompagner les entreprises énergétiques ?
Oui, très certainement. Je vous rappelle que le Maroc a conçu plusieurs stratégies de développement de la digitalisation comme «Maroc numeric 2013» et «Maroc digital 2020». Il a également créé des instances spécialisées telles que l’Agence de développement du digital (ADD) et la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP). Ces différentes stratégies et instances de gouvernance travaillent main dans la main avec les entreprises regroupées au sein de l’APEBI (Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring), qui est l’une des fédérations les plus dynamiques de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc). Ceci sans oublier que le tissu industriel marocain est récemment marqué par l’émergence de startups qui ont majoritairement des activités orientées vers des solutions dites SMART.

Concrètement, est-ce qu’on peut savoir ce que cet effort de digitalisation apporte réellement à l’entreprise énergétique ?
Avec la digitalisation, l’entreprise énergétique peut gagner sur plusieurs canaux et, notamment, dans l’optimisation opérationnelle de ses activités, la gestion de ses ressources, une surveillance claire et interactive de ses process,… et bien plus encore.

Pour jouer pleinement son rôle, est-ce que la transformation numérique doit toucher à toute la chaîne de valeur, allant de la production à la distribution d’énergie ?
Effectivement, pour profiter pleinement de la puissance du digital, l’incarnation de la transformation numérique doit concerner l’ensemble de la chaîne de valeur. Cette approche touche aussi bien la conception, la construction, que l’exploitation ou le démantèlement des sites et usines. Tous les métiers de l’énergéticien sont concernés. Sur la filière production, par exemple, l’appui de l’intelligence artificielle (IA), en matière d’automatisation des processus, est majeur. Le traitement analytique des data a, de la même façon, chamboulé la pratique, et permis une optimisation globale en matière de performance opérationnelle, de prévisions de consommation, de production d’énergie et de maintenance prédictive.

Justement, que fait votre établissement, Areta, en matière de digitalisation de la transition énergétique ?
L’ Africa energy e-training academy vient combler un déficit en matière d’accès à l’apprentissage au niveau du secteur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. C’est une plateforme de formation en ligne, qui permet aux professionnels et au grand public intéressés de suivre à distance des sessions de formation orientées métier et élaborées par des experts dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Africa energy e-training academy a été créée pour promouvoir le recours aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique au Maroc et dans le continent africain, et y accompagner ainsi le développement de la transition et du développement durable, conformément aux engagements de l’Accord de Paris.

Qui sollicite votre accompagnement ?
Nos formations se focalisent sur deux aspects fondamentaux. Le premier est relatif à la fourniture de formations en ligne pour les apprenants(es) intéressé(e)s par le domaine de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Alors que le second porte sur l’offre ARETA business, à travers laquelle nous accompagnons les industriels via des formations agiles intra-organisation.

Que faut-il, selon vous, pour inciter davantage à digitaliser le secteur énergétique ?
La digitalisation du secteur énergétique passe essentiellement par l’adoption d’un mindset ouvert sur les nouvelles technologies de communication et de l’intelligence artificielle. Comme c’est le cas pour les autres secteurs économiques, la digitalisation permettra d’y améliorer considérablement les performances.

Aziz Diouf / Les Inspirations ÉCO

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