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Défaillance d’entreprise : la situation se dégrade !

5.077 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au cours du premier  semestre de l’année en cours. Un chiffre accablant, qui reflète la situation, déjà critique, des opérateurs privés, principalement les TPE, et qui s’est fortement dégradée du fait de la crise sanitaire.

Sale temps pour les entreprises ! C’était prévisible, les défaillances s’accumulent… Les chiffres du premier semestre 2021 le confirment. 5.077 entreprises défaillantes ont été enregistrées par les équipes d’Inforisk pour les six premiers mois de l’année, soit une hausse de 96% par rapport à la même période de l’année précédente.


Un premier semestre «catastrophique»
En effet, selon l’étude réalisée par Inforisk, le spécialiste marocain de l’information légale et financière sur les sociétés marocaines et maghrébines, «avec la pandémie mondiale de la Covid-19, le Maroc a connu, en 2020, sa plus grave crise économique depuis des décennies». Cette situation explique, en partie, la hausse vertigineuse des défaillances enregistrées chez les entreprises marocaines. Car, compte non tenu de l’année 2020, les défaillances n’auraient enregistré, à ce jour, qu’une augmentation de 23% par rapport à 2019. Il faut dire que, pour aider les entreprises à dépasser la période critique de la crise sanitaire, l’État a mis en place des moyens conséquents portant sur les indemnités CNSS, le financement de trésorerie avec Damane Oxygène, Damane Relance/ Relance TPE, etc. … Au total, un encours de plus de 75 MMDH a été mobilisé, pour les seuls prêts garantis par l’État. Néanmoins, l’arrêt des mesures d’aides étatiques, en décembre 2020, même si Damane Relance a été prolongé jusqu’en juin 2021, laissait présager des moments encore plus difficiles pour les entreprises, particulièrement les TPME. Selon une étude du Haut-commissariat au plan (HCP), publiée en début d’année, «40% des entreprises n’ont aucune réserve de trésorerie et 8% ne disposent que d’une réserve équivalente à un mois».

Pessimisme pour le second semestre
Les choses risquent de se corser davantage pour les opérateurs privés, car l’allongement persistant des délais de paiement continue de mettre à mal leur trésorerie, particulièrement pour les très petites entreprises, avec 226 jours, début 2020, et probablement une hausse de 40 jours supplémentaires, à la fin de cette année. Ainsi, les pronostics d’Inforisk se révèlent encore plus sombres pour le second semestre. En effet, cet organisme estime que les défaillances pourraient atteindre le chiffre de 11.000 à fin 2021, soit une hausse de 65% par rapport au total 2020 et 30% par rapport à 2019. Inforisk explique cette situation par le fait que les préventions des défaillances sont toujours faibles, du fait du recours, encore insuffisant, à la procédure de sauvegarde et de redressement judiciaire. En effet, les entreprises restent peu averties des mesures préventives existantes. «Les liquidations restent la première source de défaillances. L’entreprise meurt avant d’avoir eu le temps de consulter un «médecin» ou de se soigner», affirme-t-on, dans ce sens. En chiffres, 99,7% des défaillances sont constituées par des liquidations judiciaires, alors que seulement 13 procédures de sauvegarde ont été recensées, rerésentant à peine 0,25% des défaillances.

Profil de l’entreprise défaillante
Selon l’étude d’Inforisk relative au premier semestre 2021, l’âge moyen de l’entreprise défaillante s’élève à 5,4 ans. Les TPE (Très petites entreprises) représentent 99,4% de la totalité des entreprises concernées, alors que les PME (Petites et moyennes entreprises) et les GE (Grandes entreprises) représentent respectivement 0,57% et 0,03% du total. En terme de répartition régionale, les régions les plus touchées par les défaillances, entre 2019 et 2021, sont Guelmim Es Semara (+35 / +1167%), suivi de Souss Massa Draa (+303 / +352%), puis Laayoune Sakia El Hamra (+22 / +79%) et enfin Tanger-Tétouan (+189 / +51%). S’agissant de la répartition sectorielle, le secteur du commerce a le plus pâti des défaillances, avec 33% du total, contre 22% pour l’immobilier, 15% pour les BTP, 8% pour le transport et 7% pour les industries manufacturières. Au final, l’arrêt des aides de l’État aux entreprises, des difficultés accrues pour accéder au financement, l’allongement des délais de paiement, une situation sanitaire avec des vagues successives qui continuent à déferler, freinant une franche reprise de l’activité, sont autant de signaux qui augurent de la dégradation persistante de la situation des opérateurs privés à l’avenir… En attendant des jours meilleurs ! 

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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