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Arômes alimentaires : les industriels se réinventent face à la Covid-19

Nouveaux modes de consommation, réduction de sucre et de sel, recherche de nouvelles saveurs et de produits frais…Depuis l’apparition de la Covid-19, les industries des arômes alimentaires et de l’agro-alimentaire doivent s’adapter aux nouvelles exigences des consommateurs, plus avertis et plus soucieux de leur santé. Comment et quelles sont les tendances aujourd’hui?

La Covid-19 n’a pas seulement accéléré les fermetures d’entreprises. Elle a également ou- vert de nouvelles opportunités d’affaires. Dans l’industrie des arômes alimentaires, de belles opportunités d’affaires émergent du fait des modifications observées dans le comporte- ment des consommateurs. «Le marché est dans une phase où la demande mondiale est en hausse et en augmentation continue, du fait que les arômes synthétiques sont de plus en plus remplacés par les arômes naturelles parce qu’aujourd’hui, le consommateur recherche des arômes d’origine naturelle», explique Mohamed El Bouiri, DG de Naturex Maroc, un acteur majeur de ce segment. Le secteur foisonne donc d’opportunités à saisir.


« Le Maroc ayant des accords de libre échange avec de gros importateurs de plantes aromatiques médicinales (PAM), surtout l’UE et les États-Unis, nous avons devant nous beaucoup d’opportunités à saisir », souligne Abed Chagar, DG de Colorado et président de la Fédération de chimie-para- chimie.

Un gisement d’opportunités à exploiter au Maroc
Le secteur des arômes est beau- coup plus large et ne se limite pas aux seules plantes aroma- tiques médicinales (PAM), qui sont utilisées dans la prépa- ration d’arômes naturels. S’y ajoutent les arômes synthé- tiques et les arômes artificiels dont les formulations et pré- parations font appel à la tech- nicité de la chimie. Les arômes alimentaires font partie de notre quotidien, puisqu’ils sont les principaux responsables du goût des aliments manufactu- rés. Si leur nature chimique est évidente, ils sont cependant

peu ou mal connus. Ce sont des produits importants de notre alimentation, mais aussi d’une grande importance industrielle et économique. Cependant, le secteur des arômes alimentaires est encore très en deçà de son potentiel. D’après une étude réalisée par l’ASMEX, les plantes aromatiques et médicinales re- présentent un volume à l’export d’environ 110.000 tonnes par an et un chiffre d’affaires à l’export de 2,2 MMDH. Ce qui classe le Maroc parmi les 15 premiers exportateurs mondiaux. À l’inter- national, le royaume jouit d’une notoriété lui permettant d’aborder sereinement le marché. Ce- pendant, le niveau de la valeur ajoutée générée dans le secteur reste faible, du fait que les pro- duits exportés sont générale- ment des feuilles sèches et de l’huile essentielle brute destinés au marché international.

L’innovation et la R&D pour garder la main
Pour garder une longueur d’avance et maintenir leur part de marché, les industriels de l’arôme alimentaire ne se li- mitent pas aux tendances du moment ou de la région. Il faut donc constamment innover en gardant un esprit avangar- diste, s’intéresser à ce qui va se passer dans le futur, les arômes qui pourraient être tendance 2-3 ans à l’avance. « Avec nos partenaires, nous travaillons sur des plans de développe- ment de l’année 2022-2023. Par exemple, sur des lancements pour le retour à l’école en 2022 ou encore réfléchir à quoi peut s’attendre un écolier au mois de septembre prochain. Nous travaillons sur des délais de 12 à 18 mois en général », explique un directeur du groupe Givaudan. Le groupe qui n’opère que sur le marché du BtoB est le leader mondial du marché des arômes et fragrances. Il revendique plus de 25% de part du marché mondial. Il est cependant peu connu du consommateur final à cause de ce positionnement. À l’échelle mondiale, 1 produit sur 4 contient un arôme issu de l’une des 73 unités de production du groupe Givaudan à travers le monde. Le chiffre d’affaires du groupe est constitué pour 55% de la fourniture d’arômes ali- mentaires (snake, sauces, chips, viandes transformées, boissons gazeuses, jus, nectares, confise- ries, biscuiteries, chewing gum, yaourt et lait aromatisés,…) et 45% de fragrances pour les par- fumeries, fabricants de produits d’entretien et cosmétiques.

Les tendances actuelles du marché
Les segments d’application des arômes alimentaires sont assez diversifiés, allant des snake, sauces, chips, viandes transformées, boissons gazeuses, jus, nectares, confiseries, biscuite- ries, chewing-gum, yaourt et lait aromatisés, … Mais aussi les pro- duits pharmaceutiques et para- pharmaceutiques. Avec la modification du comportement des consommateurs, la tendance sur le marché est à la « natura- lité ». Aujourd’hui, un brief sur 3 touche à la naturalité soit de la couleur, de la saveur afin de profiter des bienfaits de la nature. Pour s’adapter à la demande, de plus en plus d’industriels de l’agro-alimentaire opèrent le switch vers des produits à faible concentration en sucre.

« Beaucoup de nos clients et partenaires dans la région ne cessent de diminuer le taux de sucre dans leurs produits. De 12-13 grammes en moyenne dans un yaourt, il y a quelques années, nous sommes aujourd’hui au- tour de 7-8 grammes. Donc des réductions significatives. En contrepartie, un arôme sucrant est employé pour contretyper l’effet sucré dans la perception du consommateur sans ajouter les calories associées au sucre. Ces technologies sont très de- mandés dans la région et notamment sur le marché marocain», explique Saad Chalhi, directeur marketing pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest du groupe Givaudan.

Les consommateurs sont aussi demandeurs de nou- velles sensations en bouche, notamment celles de jus fraîchement pressé. Des technologies sont donc développées pour imiter cette sensation. Autres tendances du marché : les pro- duits santé avec 0% de matière grasse ou encore les couleurs naturelles, une tendance qui suit l’aspect santé & bien-être.

« Les clients évitent tout ce qui est colorant ou arôme artificiel pour s’approcher le plus possible du naturel. Sur le marché du chewing gum, on note pas mal de développement d’innovations avec des produits qui contiennent des extraits naturels, notamment du gingembre, du ginseng, de l’Acérola pour sa richesse en vitamines C », explique Chalhi.

La réduction de la concentration en sel dans les aliments tels que les chips est une tendance qui se confirme, du fait que de plus en plus de personnes font désormais attention à leur consommation. Des technologies et assaisonnements ont donc été développés pour conserver les goûts sans les effets négatifs. L’autre tendance est la fonctionnalité. Les consommateurs recherchent un bénéfice fonctionnel dans tout ce qu’ils consomment. Par exemple, prendre un thé pour se relaxer, prendre un jus pour avoir de l’énergie. L’autre tendance est à la segmentation du marché par tranche d’âge afin de satisfaire leurs besoins spécifiques (enfant, senior…).

Les tendances post-Covid
Suite à une étude réalisée en ligne dans 12 pays de la région EAME, auprès de 6170 consommateurs, 4 tendances majeures ont été dégagées pour le futur. La première est de balancer entre le style de vie sain et santé sans toutefois s’empêcher de se faire plaisir de temps en temps. Ensuite, avoir davantage voire beaucoup plus pour l’argent dé- pensé. Cette tendance s’explique par la baisse du pouvoir d’achat dû à la crise. Les consommateurs sont de plus en plus demandeurs de transparence des manufacturiers. La dernière tendance est de recréer l’ambiance d’extérieur (café, restaurant, bar) à la maison. Cela s’explique par le fait d’avoir subi le confinement.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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