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Taux de croissance : La guerre des chiffres n’aura pas lieu en 2017

La croissance économique se situera entre 4 et 5% en 2017. C’est en tout cas ce que prédisent l’ensemble des organismes nationaux et internationaux chargés de la question. Les prévisions, habituellement très disparates, sont pratiquement au même niveau cette année. Qu’est-ce qui explique ce rapprochement ? Décryptage.


La désormais habituelle guerre des chiffres entre les différents organismes publics ou privés concernés par les perspectives de croissance économique n’aura vraisemblablement pas lieu cette année. En effet, les prévisions de croissance établis par le ministère des Finances (4,5%), le Fonds monétaire international (4,1%), le Haut-commissariat au plan (3,6%) et plus récemment Bank Al-Maghrib (4,3%) ne connaissent pas de grand écart. «Même la prévision du HCP date du début d’année et n’a pas encore été mise à jour en prenant en considération les récentes précipitations», explique Mamoun Tahri-Joutei, directeur Intelligence économique au sein de BMCE Bank à l’occasion d’une présentation portant sur les agrégats macro-économiques pour l’année 2017.

Pluviométrie, la clé de voûte
Cette stabilité du taux de croissance aux yeux des différents organismes s’explique d’abord par une année météorologique «normale». Ainsi, la reprise de la croissance agricole, combinée à une relance dans certains pays développés, laisse espérer un niveau de croissance du PIB situé entre 4 et 5%. C’est dire que souvent, ce sont les incertitudes autour de la pluviométrie qui finissent par établir des écarts importants entre les différentes prévisions.

À titre de comparaison, en 2016 (année de sécheresse) d’importantes divergences caractérisaient les prévisions du FMI (2,3%), du HCP (1,3%) et de BAM (1%). En 2013, le FMI tablait sur 5,5%, le ministère des Finances parlait de 4,5% et le HCP un peu plus de 4,8%. Mais l’une des années les plus incohérentes en termes de statistiques a été l’année 2007 où l’on faisait état d’un taux de croissance attendu de 0,4% pour le CMC, 1,9% pour le HCP et 3,5% pour le ministère des Finances. Au bout du compte, l’année s’est achevée sur un taux de croissance de 2,5%, d’après le ministère des Finances. Il faut dire que les indicateurs de l’économie marocaine font l’objet de beaucoup de spéculations. Chacun des organismes spécialisés y va de sa propre analyse, et les différents outils de prévisions peuvent donner lieu à des résultats complètement différents.

«Aujourd’hui, cette tendance au rapprochement des projections peut s’expliquer par l’absence de visibilité concernant la politique économique du royaume en attendant la formation du gouvernement et le vote de la loi de Finances», explique Mohamed Chiguer, économiste. «N’oublions pas que parfois, les résultats de ces prévisions peuvent être déterminés par des considérations d’ordre idéologique ou politique», poursuit l’expert.

Incertitudes
Pourtant, pour cette année 2017, plusieurs incertitudes continuent de planer sur l’économie marocaine. Certaines pourraient même donner lieu à des surprises majeures d’ici la fin de l’année. Au-delà du retard sur la formation du gouvernement, pour lequel le wali de Bank Al-Maghrib a estimé qu’il n’était pas pris en compte dans le modèle de Bank Al-Maghrib, certaines réalités politiques et économiques chez nos principaux partenaires pourraient avoir d’importantes répercussions. Le Brexit, la nouvelle politique commerciale de Donald Trump et la montée des mouvements nationalistes prônant plus de protectionnisme peuvent aboutir à des fluctuations importantes dans notre environnement proche.

En outre, les récentes fluctuations autour de la hausse de la facture énergétique risquent également de semer la zizanie. Si en 2016, la facture énergétique du Maroc a poursuivi son trend baissier en s’affichant à -17% par rapport à 2015 (54,4 MMDH), suite à la diminution des approvisionnements en hydrocarbures, la tendance semble changer en ce début d’année 2017.

L’augmentation du prix du baril à 50 dollars depuis l’accord de l’OPEP fin 2016 a abouti à une hausse de la facture énergétique. À fin février 2017, l’Office des changes a constaté une augmentation des achats de produits énergétiques de 3,6 MMDH, notamment les gasoils et fuel-oils avec pas moins de 2,2 MMDH.


Qui produit les statistiques au Maroc ?

Sur le plan national, le Haut-commissariat au plan (HCP) demeure officiellement l’acteur principal en matière de production statistiques économique, démographique et sociale, en charge de l’établissement des comptes de la Nation. D’autres établissements publics, directions et organismes privés font toutefois partie du paysage. Il s’agit notamment de la Direction de la statistique de BAM, qui a la responsabilité d’établir et de publier les statistiques sur la monnaie et le crédit, et de la Direction des études et des prévisions financières au sein du ministère de l’Économie et des finances, qui joue également un rôle important dans la production des statistiques officielles au Maroc.

Ses travaux sont principalement orientés vers la production des indicateurs à caractère socio-économique. Enfin, le Centre marocain de conjoncture (CMC) est un organisme indépendant et privé qui, grâce à son expertise, s’est érigé en véritable producteur de statistiques économiques au Maroc. Il a été créé en 1990 par la Fondation ONA et Attijariwafa bank. Par ailleurs, plusieurs autres services publient régulièrement des informations destinées au grand public comme au public spécialisé. La plupart des ministères et des grandes entreprises publiques disposent par ailleurs de services dédiés à l’élaboration de statistiques pour un usage parfois en interne. 

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