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Programmes électoraux : Le PJD et le PAM croisent le fer

La Faculté de droit de Mohammédia a abrité, cette semaine, un débat riche en enseignements et loin de la récupération populiste. Belfkih du PAM s’interroge sur l’usage de 8MMDH du fonds de cohésion sociale qui, selon lui, auraient été utilisés pour combler le déficit budgétaire. Ce à quoi répond El Azami, du PJD.


C’était un débat politique passionnant que celui organisé, mercredi dernier, par la Faculté de droit de Mohammédia. À l’orée des législatives du 7 octobre prochain, le bilan gouvernemental ainsi que les perspectives d’avenir des différents partis en lice ont été l’objet d’échanges instructifs parfois passionnés entre intervenants. D’entrée de jeu, Jamal Hattabi, doyen de la faculté, a mis l’accent sur le rôle qui échoit aujourd’hui à l’université d’être un lieu de partage d’idées pour élever le niveau de la réflexion et du débat politique au Maroc. L’initiative est somme toute louable à plus forte raison parce que loin de tout populisme ou querelle entre chapelles partisanes, ce sont les données politique, économique et sociale de l’action gouvernementale et de l’opposition qui ressortent. Ainsi deux partis se sont prêtés à un  face-à-face constructif, à savoir le PJD en la personne de Driss El Azami El Idrissi, ministre délégué aux Finances et Samir Belfkih, député et membre du bureau politique du PAM.

Deux obédiences politiques diamétralement opposées dont les interventions ont donné du relief à la rencontre. Des sujets importants qui méritent en fait un débat public ont été examinés. D’abord, le degré d’application de la déclaration gouvernementale qui, selon Belfkih, n’a pas été au niveau escompté par les Marocains. Il a donné dans ce sens l’exemple du taux d’analphabétisme qui n’a presque pas bougé (32%) alors que le gouvernement promettait de le ramener à 20%. Idem pour l’industrie qui malgré tous les efforts consentis n’a pas encore dépassé 14% de participation au PIB. Quant à l’investissement, le député PAM a fait remarquer qu’il a baissé de 35,9% du PIB en 2012 à moins de 20% aujourd’hui. Dans ce sens, Belfkih s’interroge sur 24 MMDH d’investissements qui sont toujours bloqués au dépend d’un secteur privé qui a, plus que jamais, besoin du dynamisme de l’économie. Qualifiant l’action gouvernementale de simple gestion du quotidien sans politique lisible à moyen et long termes, le responsable pamiste a tonné que l’endettement reste le point noir de l’actuelle majorité. Il a parlé d’un renchérissement de la dette de l’orde de 200 MMDH en seulement quatre ans auquel s’ajoutent 100 MMDH au titre de la dette extérieure. Un autre point saillant dans la critique de Belfkih a trait au Fonds de cohésion sociale, qui selon le responsable, a été doté de 12 MMDH alors que seulement 4 MMDH ont été alloués. «Les 8MMDH restants ont été utilisés pour combler le déficit budgétaire», a-t-il ajouté.

Pour El Azami, le gouvernement a agi en toute responsabilité pour maintenir les équilibres macroéconomiques sans dictat de quiconque y compris le FMI. «Si notre politique économique est téléguidée par le FMI, et si les ministres ne sont que de simples fonctionnaires d’État, alors pourquoi les précédents gouvernements n’ont pas mené les réformes que nous avons adoptées ?», s’est-il interrogé. Ceci pour conclure que l’Exécutif est pleinement responsable de ses choix en respect du principe constitutionnel de reddition des comptes. Par ailleurs et de manière frontale, le ministre PJD n’a pas manqué de critiquer le programme électoral du PAM, qui selon lui ne fait que reprendre les chantiers déjà lancés par l’actuel gouvernement. Toutefois, le programme du tracteur affirme vouloir réformer le modèle de développement économique du pays. Cette confrontation autour des programmes bien qu’elle puisse paraître un peu frontale pour certains en effet, reste très bénéfique à la pratique politique au Maroc, marquée généralement par des discours populistes. 


Comment élever le niveau du débat politique ?
L’université, dans le contexte actuel, a un rôle qui dépasse ses prérogatives académiques. Elle doit occuper un peu plus le terrain du débat politique qui se trouve de plus en plus pris en otage par le discours de la démagogie et du populisme. Élever le niveau, c’est la requête d’une certaine classe moyenne marocaine avertie, mais aussi réfractaire à toute récupération politicienne de ses voix car l’avantage du débat calme, basé sur des principes scientifiques de confrontations des preuves et des hypothèses, c’est d’obliger aussi les partis politiques à soigner leurs programmes et leur communication. L’initiative de la Faculté de droit de Mohammédia doit, dans cette dynamique, faire des émules un peu partout au Maroc. L’autre avantage du débat académique autour des programmes, c’est de redonner confiance à l’intelligentsia marocaine en sa capacité à devenir une réelle alternative aux débats sandwichs dont on bombarde les Marocains à l’orée de chaque élection. La journée d’étude organisée par la Faculté de droit de Mohammédia a permis de toucher à des sujets sensibles, de faire des révélations sur les budgets, les chiffres de l’économie, les échecs mais aussi les points forts d’une gestion gouvernementale des affaires publiques. Une vue d’ensemble que l’on ne peut avoir dans d’autres circonstances surtout durant la campagne électorale.

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