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«Le changement se fera en 100 jours»

Ilyas ElOmari : Secrétaire général du PAM

Ilyas Elomari, actuellement, secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM), est donné favori pour succéder à Abdelilah Benkirane. Dans cette interview, Elomari livre sa vision si jamais son parti gagne les élections.

Les Inspirations ÉCO : En 2015, votre parti arrivait deuxième aux élections communales, contrairement aux législatives de 2011, où vous aviez réalisé un score électoral peu satisfaisant. À quelques jours des prochaines législatives, quels enseignements avez-vous tirés de 2011 ?
Ilyas Elomari  : Les législatives de 2011 étaient ce pas en arrière qui nous permettrait de faire deux pas en avant. En 2015, nous avons travaillé avec une stratégie plus réfléchie, l’objectif était d’arriver parmi les premiers. Il faut dire que notre performance en 2015 a été préparée depuis 2009. Nous avions exprimé nos ambitions à cette époque. Entre autres, nous avions souligné que 2012 n’est pas stratégique à nos yeux et 2016 sera une véritable épreuve. En toute modestie, notre parti est fier de dire aujourd’hui que nos actions s’accomplissent dans l’unité loin des affrontements internes. Les résultats de 2015 étaient le fruit d’un travail anticipé. Ce qui nous rassure concernant notre positionnement aux prochaines législatives, c’est notre stratégie de travail par rapport à celle de nos concurrents et plus précisément notre rival numéro un qui a eu du mal à s’ouvrir politiquement parlant. Jusqu’à récemment, le Parti Justice et Développement (PJD) refusait les candidats d’autres formations. En 2015, près de 4.000 candidats et candidates du PJD venaient d’autres formations politiques.


C’est un point commun à tous les partis…
Effectivement. Nous sommes bien d’accord. Plus qu’un point commun, c’est un fait que nous défendons. Pour qu’un parti politique devienne parti, il devrait permettre à des citoyens de le rejoindre et à d’autres d’en partir. A défaut de cela, ce parti prendra la forme d’une « Jamaâa », groupement idéologique « hermétique ». Nos concurrents ont travaillé suivant la logique de la « Jamaâa» . En 2015, il se sont défait totalement de cette stratégie.

En tant que parti d’opposition, quelles critiques formulez-vous envers ce gouvernement présidé par le PJD ?
Nos reproches sont ces mêmes promesses non tenues de ce gouvernement. Nos critiques découlent de deux axes, ce que le gouvernement a promis aux Marocains et le bilan de son mandat. Ce gouvernement a promis une croissance économique de 5 à 7%, nous sommes à 1,5% avec une perspective d’atteindre à peine 3%. Le gouvernement a promis de faire baisser le chômage à 8%, ce taux est aujourd’hui de 10%. Le gouvernement s’est engagé à atteindre un taux d’investissement dans l’industrie de 20%, mais nous constatons que ce taux ne dépasse pas les 13%. Ce gouvernement a laissé couler la croissance économique. Pis encore, il est passé outre ses engagements vis-à-vis des tranches sociales défavorisées, en mettant de côté les promesses concernant les infrastructures sanitaires et autres droits sociaux. A mon avis, le constat est d’autant plus dangereux par rapport à la conjoncture favorable dans laquelle a travaillé l’actuel gouvernement avec 4 ans successifs de campagnes agricoles exceptionnelles, une baisse record du prix du baril en plus des 5 milliards de dollars déloqués par les pays du Golfe et placés dans le budget général du pays.

Cette enveloppe n’a-t-elle pas plutôt été dirigée vers des investissements directs de ces pays ?
Je suis bien d’accord. En même temps, il faut voir que ces fonds ont financé des projets programmés par le gouvernement, au lieu que ces derniers ne soient financés par les fonds publics. C’est une façon de soulager le budget général.

Le 8 octobre prochain, si votre parti gagne, quelles seront vos priorités ?
Si demain les Marocains nous accordent ce statut, dans les 100 premiers jours, je leur donnerais au moins, un sentiment de changement, car notre slogan prône le changement justement. Nous allons, d’emblée, attaquer les caisses de retraite. Nous sommes convaincus qu’à ce sujet, il faut une ouverture sur les personnes concernées et le corps syndical.

Une « ouverture » dans quel sens ?
Depuis 1956, le Maroc vit un blocage de dialogue entre l’Exécutif et les centrales syndicales. Autrefois, ce dialogue pouvait parfois être simplement « protocolaire », mais il existait tout de même. Une première, aussi, le gouvernement ne reçoit les syndicats que si les menaces de grèves sont lancées. Fait nouveau, aussi, ce gouvernement a refusé de discuter avec les associations de droits de l’Homme, de défense des ONG, de défense des droits de la femme, des intellectuels, des chercheurs… Il faut impérativement revenir sur certaines décisions qui ont été prises, en ce sens que certaines mesures et décisions n’ont de valeur que si l’on s’ouvre sur les concernés. Ce même principe doit être repris pour le cas des caisses de retraite. Le Maroc compte quatre caisses, c’est pourquoi un dialogue devrait être engagé avec celles gérant le secteur privé d’une part et les autres gérant le public d’autre part. Et, en parlant de réforme, il faut savoir que cette loi qui a été validée concerne à peine un million de Marocains.

Vous avez évoqué la possibilité de revoir la loi sur la réforme des Caisses de retraite. Or, ce texte a été adopté par la deuxième Chambre et validé par un Conseil des ministres, lequel est présidé par le roi…
Même la Constitution, qui a été entérinée par référendum, donne le droit au parlement d’amender ses clauses. Pourquoi cela ne serait-il pas possible pour une simple loi qui concerne une institution parmi d’autres.

N’est-ce pas entrer dans un cercle vicieux si chaque gouvernement qui arrive s’entête à remettre à zéro les compteurs des réformes lancées par son prédécesseur ?
Nullement. Nous ne parlons pas de faire table rase, mais d’impliquer d’avantage les concernés dans le dossier des Caisses de retraite.

Toujours est-il qu’au moment de trancher le sort de cette loi, la plupart de ceux qui la rejettent ne s’étaient même pas déplacés pour voter contre le projet…
Notre parti a voté. Comment veut-on qu’un professeur enseigne dans le monde rural, alors qu’on lui a rajouté trois années de labeur supplémentaires, sans le convaincre de la pertinence de cette réforme ni même la lui expliquer ? L’enjeu n’est pas seulement celui de perdre un enseignant ou deux, c’est un enjeu sociétal. Ce que je prône, c’est que si cette réforme est nécessaire, il faut au moins qu’elle recueille le consensus de tous, pour éviter des retombées négatives. Dans ce même sens, s’inscrit notre deuxième cheval de bataille, celui de la digitalisation de l’administration. C’est cela même qui garantit la lutte contre la corruption, l’accès à l’information, la facilitation et la célérité des procédures… Ce qui plombe notre administration aujourd’hui, ce sont les intermédiaires entre les dirigeants de cette institution et les citoyens. L’absence de cette digitalisation empêche ce dirigeant de déceler les manœuvres frauduleuses … In fine, cette digitalisation nous facilitera même la réforme de la Caisse de compensation afin de pouvoir «tracer» ces subventions et donc de mieux les réorienter. Prenons comme exemple, l’Inde : ce pays d’un milliard d’habitant a mis en place un système numérisé qui leu a permis de récupérer des milliards et des milliards de roupies… Ce que je soutiens, c’est de partir de ce qui a été déjà fait et d’y apporter les correctifs nécessaires.

Revenons à la digitalisation. Comment mettre en application ce chantier qui nécessite non seulement une importante mobilisation budgétaire mais aussi la requalification des ressources humaines ?
De par le monde, au sujet de ce chantier, il existe une subvention internationale importante, à l’image de ce qui a été fait pour la réforme de la justice en la matière. En termes de fonds publics, ce qui sera mobilisé ne sera pas perdu, au contraire, au regard du manque à gagner énorme qu’induit la non-digitalisation. Pour ce qui est des ressources humaines, ce gouvernement et ses prédécesseurs ont un programme remarquable qui répond aux besoins du marché du travail.

Parmi les grands chantiers qui méritent votre engagement, figure la réforme de l’enseignement. Quel est votre vision à ce sujet ?
Dans le milieu urbain, nous avons aujourd’hui beaucoup d’écoles fermées. Alors que dans certaines quartiers défavorisés et dans le monde rural, les classes accueillent plus de 70 élèves, parfois sans toit ou sans tables… Dans la région où j’ai été élu président, plusieurs établissements scolaires ont été livrés par le secteur privé au public, mais il n’y a pas d’élèves pour y aller. La solution à ce genre de situation réside dans la rationalisation de l’investissement. Il faut desservir les zones en manque d’écoles et stopper l’extension dans celles qui sont saturées. Il y a quelques jours, j’ai proposé au gouvernement une solution aux dispensaires et écoles en mal de ressources et de moyens de fonctionnement. En face de cela, il est bien connu que les collectivités locales affichent un excédent de ressources humaines. J’ai donc proposé de disposer de ces ressources, qui resteraient affectées aux collectivités, tout en bénéficiant de formations par les ministères afin de combler le besoin en ressources pour enseigner ou renforcer le corps des infirmiers. Les deux ministres de tutelle concernés ont donné leur aval et nous allons démarrer cette initiative dès octobre prochain. Nous réserverons un budget dédié à ce projet pour au moins limiter le besoin.

Cette expérience pourra, in fine, être généralisée…
Oui. C’est dans ce sens qu’une translation des prérogatives centrales vers les régions est indispensable… Parmi nos engagements, si les Marocains nous accordent leur confiance, est de transférer ces prérogatives du centre vers les régions, durant nos 100 premiers jours… C’est la bureaucratie qui a empêché jusque-là l’accomplissement de ce processus, mais aussi le fait que nous soyons en plein année électorale… Hélas, nous tous partis politiques sommes entrés dans une campagne électorale prématurée et avons négligé ce chantier important pour notre pays qu’est la régionalisation avancée. Aujourd’hui, et je le répète, je m’engage au nom du parti de transférer ces prérogatives durant nos 100 premiers jours. Même en termes de budget, si nous sommes dans le prochain gouvernement, le budget aujourd’hui tel que tracé sera modifié pour en faire un budget régional, afin que chaque région gère son budget, lequel ne doit plus être annuel mais triennal.

A votre élection en tant que secrétaire général du PAM, vous aviez exprimé votre préférence à la présidence de la région plutôt que le gouvernement. Envisagez-vous, si votre parti arrive aux premiers rangs, de renoncer à la place de chef de gouvernement ?
Jusqu’à présent, si la décision me revient, je préfèrerai la présidence du parti et de la région. La nomination d’un chef de gouvernement implique deux institutions. La première c’est le parti et la seconde ce sont les prérogatives qu’octroie la Constitution au roi. Pendant le mandat de Mostapha Bakkoury, nous avions revendiqué la modification de cet article permettant aux chefs de partis de rester à la tête de leurs formations et de diriger une équipe gouvernementale.

Quel est le profil  du candidat PAM ?
Notre choix ce fait à la base d’une étude de dossier. Deux commissions à partir du bureau fédéral pour accorder les approbations. C’est un travail d’enquête sur terrain que nos équipes mènent.

Il existe une technique plus efficace qui est celle du casier judiciaire. Permettez moi de vous dire que vous avez accepté le dossier d’un candidat à Meknès qui a des antécédents…
La personne dont vous parlez a été innocentée par la justice. Son casier judiciaire est vierge.

Quel regard portez-vous sur la marche organisée à Casablanca, le dimanche 18 septembre, contre « l’islamisation de la société »?
Nous avons élaboré un communiqué à ce sujet. Nous n’avons, certainement, pas appelé à cette marche, et nous n’avons pas été convié à y participer. Au sein du parti, nous sommes avec la liberté d’expression dans le cadre du respect de la loi.

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