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Bancarisation. L’inclusion financière ne prend pas

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Le taux de bancarisation ne cesse de stagner et les populations ciblées préfèrent toujours l’informel. Au-delà de la question culturelle, l’image des institutions financières est à travailler…

Conduite en 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 5.000 adultes, les résultats de l’étude FINDEX de la Banque mondiale ont mis en évidence un fort potentiel de «financiarisation» au Maroc, notamment à travers les modèles dits alternatifs (établissements de paiement), mais aussi les principaux freins à l’inclusion financière des Marocains. En effet, FINDEX révèle que la faible pénétration des services financiers formels s’explique principalement par le faible niveau de revenu des Marocains, puisque plus de 72% des adultes n’ayant pas de compte considèrent l’insuffisance de fonds comme un des obstacles à la bancarisation. 48% des adultes non bancarisés déclarent d’ailleurs que le manque d’argent est l’unique raison pour laquelle ils n’ont pas de compte. Surtout, la culture de «l’informel» est toujours présente. En effet, 21% de la population a recours à des solutions d’épargne, mais plus des deux tiers de cette population utilise des solutions informelles. De même, 26% des Marocains ont recours à des solutions de financement dont 88% à des services informels (famille, tontine «daret», avances des petits commerces, etc.). En ce qui concerne la population féminine, la Banque mondiale souligne que l’exclusion économico-sociale, associée à des facteurs culturels, entraîne une forte exclusion financière des femmes par rapport aux hommes. En effet, les salariées sont quasiment au même niveau d’inclusion financière que les salariés. Toutefois, l’écart se creuse significativement au niveau des travailleurs indépendants (35% pour les hommes, 21% pour les femmes) et devient très significatif pour les sans-emploi.


«Faible éducation financière»
S’agissant des entreprises, une enquête conduite par la Fondation marocaine pour l’éducation financière, courant 2017, auprès de 100.722 micro-entreprises et TPE montre que le faible volume d’activité (45% des sondés) est le principal frein à la bancarisation, suivi par le manque de besoin (41% des sondés) et le manque de confiance aux banques (13% des sondés). En effet, l’enquête sur la capacité financière conduite en 2013, en collaboration avec la Banque mondiale, met en exergue les connaissances financières relativement faibles, mais aussi celles autour des fournisseurs des produits financiers: 10% seulement des sondés les connaissent. Seulement 20% des ruraux sont familiers avec les services offerts par les compagnies d’assurance, bien que ces produits soient utiles pour lisser les fluctuations des revenus saisonniers de la plupart d’entre eux. Les Marocains surpassent les autres pays, s’agissant du choix des produits financiers qui leur conviennent (89% contre une moyenne de 53% au niveau des pays du benchmark) et ont tendance à être plus clairvoyants (78% contre une moyenne de 47% au niveau des pays du benchmark). Cependant, ils sont parmi les moins doués en matière de gestion quotidienne de leurs finances, de planification des dépenses (y compris celles imprévues) et de préparation de la retraite.

Les services bancaires «hors de prix» ?
Mais il ne s’agit pas non plus de facteurs endogènes à la population et à sa culture. Les services bancaires peuvent paraître rédhibitoires. En effet, à fin 2017, leur indice s’est établi à 126, enregistrant une hausse de 26 points par rapport à l’année de référence 2011, et 7 points par rapport à 2016. Cette tendance haussière traduit le renchérissement des services bancaires qui composent le panier, notamment le prix des «packages», des frais de tenue de compte et de la carte bancaire Electron, qui représentent ensemble 82% du panier à fin 2017. Bien que les produits bancaires soient les produits financiers les plus usités, il ressort de l’enquête sur la capacité financière de 2013 que ces derniers répondraient moins aux attentes de la clientèle que ceux des autres institutions financières, avec un taux de satisfaction de 43% seulement. 70% des sondés seraient, en revanche, satisfaits des produits d’épargne et des crédits informels (groupes d’entraide), des produits de transfert d’argent et de change, mais aussi du microcrédit. 


Une confiance rompue ?

25% des personnes interrogées dans le cadre du FINDEX, essentiellement des femmes et des habitants de zones rurales, déclarent avoir eu un conflit avec leurs fournisseurs de services financiers. Plus de la moitié d’entre eux n’a pas, pour autant, essayé de le résoudre, considérant que les institutions financières sont trop puissantes (69% des sondés). 52% de l’échantillon déclare ne pas avoir connaissance de l’existence d’agences gouvernementales traitant de cette problématique. Les mesures les plus courantes prises pour tenter de résoudre ces litiges sont notamment la prise de contact avec les services des fournisseurs concernés à travers des connaissances (69%) ou les aînés de la communauté (35%) et la rupture anticipée du contrat (50%). Le recours aux régulateurs financiers ou aux tribunaux n’a été considéré que dans 1% des cas de conflit.

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