Marché Automobile : un premier trimestre en mode turbo

Les ventes de voitures neuves ont bondi de 35% à fin mars. Une progression portée par la reprise des livraisons, l’arrivée de nouveaux constructeurs et une demande en hausse, stimulée par la bonne tenue du tourisme et les perspectives liées au Mondial 2030.
Dans les artères bien congestionnées de Casablanca, les véhicules flambant neuf font leur grand retour. Signe manifeste d’une reprise, amorcée en douceur en 2024 et qui est bien partie pour s’installer pour l’année en cours. La tendance observée dans les grands centres urbains du Royaume se traduit clairement dans les statistiques relatifs au premier trimestre 2025.
Selon l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), les ventes cumulées à fin mars s’élèvent à 48.172 unités, en progression de 35% sur un an. Le seul mois de mars affiche 17.417 immatriculations, soit une hausse annuelle de 36%.
Le segment des voitures particulières reste le principal moteur de cette évolution, avec 15.516 unités écoulées en mars (+39%), tandis que les utilitaires légers progressent de 10,6%. Le marché que l’on disait mature et sans grand ressort retrouve aujourd’hui une tonicité inattendue. Derrière ces chiffres, les professionnels voient davantage une dynamique porteuse qu’un simple effet de rattrapage.
Changement de tempo
Cette tendance est portée par une conjonction de facteurs, d’abord conjoncturels. Ainsi, l’activité touristique, en nette amélioration depuis un an, joue un rôle moteur. En 2024, le Maroc a accueilli un nombre record de 17,4 millions de visiteurs, soit une hausse de 20% par rapport à l’année précédente. Cette affluence exceptionnelle, signe d’un retour en force du pays sur la carte des destinations les plus prisées, a eu un effet mécanique sur le secteur de la location automobile.
Pour faire face à cette demande croissante, les professionnels ont acquis plus de 52.000 véhicules l’an dernier, enregistrant une progression de 13%, selon les données officielles. À cela s’ajoute la perspective du Mondial 2030, qui joue un rôle de catalyseur, renforce la confiance des opérateurs et alimente un cycle d’investissement dans les flottes. Du côté des particuliers, les conditions de financement se sont assouplies, et l’arrivée de marques asiatiques à prix compétitifs dope la demande. Le marché se diversifie donc et s’élargit.
Pour Abdelouaheb Ennaciri, directeur général de SCAMA, un seuil a été franchi. «À partir de juin 2024, le marché a changé de palier. L’on est passé d’un rythme stagnant à une cadence mensuelle comprise entre 15.000 et 17.000 véhicules », précise-t-il.
Selon ses estimations, les ventes mensuelles moyennes, de janvier à mars, s’élèvent à 16.000 unités, un niveau proche de celui observé entre juin et décembre de l’an passé. La reprise économique, le rebond du tourisme, les investissements publics et le développement de la location expliquent en grande partie cette évolution .
Le DG de SCAMA note également l’émergence d’un usage encore marginal, mais symptomatique d’un marché qui se transforme. Il s’agit de la location de véhicules pour des services de transport avec chauffeur, souvent adossée à des plateformes numériques.
À cette dynamique sectorielle, s’ajoute un effet de base favorable. L’année 2024 avait été marquée par des tensions logistiques importantes, avec des retards de livraison affectant plusieurs marques. Ces perturbations semblent aujourd’hui largement dépassées, à en croire les professionnels. Certaines enseignes, jusque-là absentes, ont fait leur entrée sur le marché, ce qui a eu pour corollaire direct d’intensifier la concurrence.
Virage vers l’hybride
La transition énergétique commence également à peser dans les choix des consommateurs. Les modèles hybrides ou électrifiés gagnent en visibilité. Une frange croissante de la clientèle anticipe l’instauration de dispositifs fiscaux favorables à ces motorisations, ce qui soutient la demande, même en l’absence de mesures officielles.
Dans ce contexte, de nouveaux modèles d’usage émergent. En lançant une formule d’abonnement tout compris pour ses véhicules 100% électriques, Kia Maroc, par exemple, s’engage sur une voie encore peu explorée au Maroc. Ce type d’offre — sans apport, avec assurance, entretien et flexibilité contractuelle — bouscule les schémas classiques de propriété. L’automobile devient un service, fluide et modulable, adapté aux contraintes d’un consommateur de plus en plus guidé par des choix pragmatiques.
Longtemps perçu comme arrivé à maturité, le marché de l’automobile démontre sa capacité de rebond. Le secteur, sensible aux influences extérieures — tourisme, investissement public …—, s’appuie désormais sur des signaux durables. Les fondamentaux semblent alignés pour soutenir une croissance plus solide. Reste à voir si cette tendance se confirme au-delà du premier trimestre.
Pour l’heure, les concessionnaires enregistrent une reprise qui tranche nettement avec l’inertie observée ces dernières années. Signe que le marché entame un nouveau cycle.
Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ÉCO