Maroc

Vaccin anti-covid au Maroc: Joël Ruet rassure (vidéo)

Entretien avec Joël Ruet. Économiste au CNRS et président du collectif The Bridge Tank

Le Maroc s’apprête à lancer une campagne de vaccination à grande échelle contre la Covid-19. Il a, pour ce faire, opté pour un vaccin chinois. Que faut-il savoir sur ce vaccin ?
Ce qu’on sait sur les vaccins de manière générale, c’est qu’il y a plusieurs critères et caractéristiques. Il y a d’abord le taux de succès ou de couverture. Cet indicateur est très important, parce qu’un vaccin, c’est à la fois une protection personnelle, mais aussi un outil de politique publique. Une pandémie vous affecte parce que vos voisins, votre entourage ou la société sont contaminés. Si la société est protégée à 90%, cela vous protège aussi. Il y a donc un effet collectif. Secundo, lorsqu’on découvre une nouvelle maladie, le vaccin en connaît par la suite plusieurs générations, qui résultent d’une amélioration continue. Ce qui me paraît très important dans le contexte actuel, c’est de regarder la contribution de chaque pays. En effet, c’est un donnant-donnant entre un vaccin et un pays, voire une population. Je trouve que l’initiative marocaine est de ce point de vue extrêmement intéressante, parce qu’elle est ambitieuse et rapide. Il y a déjà des résultats qui ont été déterminés en laboratoire sur ce vaccin. Mais je pense que la volonté d’aller très rapidement ou encore le nombre important de doses à injecter témoignent d’une confiance et d’une volonté de contribuer à la lutte mondiale contre l’épidémie. Parce qu’en procédant ainsi, le Maroc se protège lui-même en protégeant sa population, et contribue également à protéger les autres populations mondiales. L’enjeu est que ses frontières vont pouvoir s’ouvrir rapidement.


J’imagine qu’il y a plusieurs pays demandeurs de ce vaccin. Le Maroc sera le premier au monde à lancer une telle campagne de vaccination nationale contre la Covid-19. Pourquoi le royaume, et pourquoi ce timing ?
L’épidémie nous a montré une chose. Chaque pays a sa gouvernance, sa culture et sa manière de faire, et chaque peuple a sa manière de réagir. Que ce soit en ce qui concerne le confinement, les textes, le masque… on a vu que chaque pays a répondu de manière différente. Ceci est très important, parce que dans une épidémie, on n’est pas dans un enjeu de réaction individuelle, mais plutôt collectif. Je trouve que le Maroc fait partie des pays, qui déjà dans les phases précédentes de l’épidémie, ont eu des formes de réactions les plus collectives. Il y a eu une adhésion nationale aux directives et plans nationaux et cela est ancré dans l’histoire du Maroc. Les exemples sont nombreux… Quels que soient les sujets, il y a assez vite un consensus national marocain. Et je crois que Sa Majesté le Roi a conscience de la possibilité de ce consensus. Je crois que la rapidité est à deux niveaux, à la fois en termes de gouvernance politique, qui a décidé d’aller de l’avant. Le deuxième critère de rapidité est l’adhésion populaire. Il pourrait y avoir d’autres pays qui veulent aller vite, mais il ne suffit pas de décréter d’aller vite. Si la population n’adhérait pas, cela ne fonctionnerait pas !

Quels sont les enjeux pour la Chine ?
L’on a vu aujourd’hui que l’on peut, en partie, contenir l’épidémie, mais il y a des deuxième et troisième vagues. Tous ceux qui avaient une théorie comme quoi il n’y aurait pas de deuxième vague sont complètement infirmés. La solution de sortie au niveau mondial est le vaccin ! Il y a nécessité d’une coordination mondiale. Celle-ci commence par l’adhésion des pays. De la même manière qu’il y a une contamination du virus, il faut qu’il y ait une expansion du nombre de pays qui font bloc face à ce virus. Pour ce faire, il est important de commencer par les pays au sein desquels il peut avoir une adhésion nationale la plus importante. De ce point de vue, l’enjeu est qu’il y ait un nombre croissant de pays qui adhèrent au vaccin. C’est un enjeu de bien public mondial.

En parlant des pays volontaires, est-ce que d’autres prennent part à cette dynamique ?
Le cas du Maroc sort du lot et de l’ordinaire. Il est assez original. Dans ces vaccins, les protocoles de vaccination médicaux ont été accélérés. De ce point de vue, il y a eu un raccourcissement du temps de la recherche. Il faut que cela se transmette dans le temps politique.

Ce vaccin assurera-t-il une protection durable ?
Il faut être très prudent sur ces questions. On peut tout à fait faire l’hypothèse que la durée de vaccination pourra être améliorée au fil de la recherche. Ce qui est important, c’est de considérer, de ce point de vue, que ce n’est pas une campagne qui est mise en place une fois pour toutes, mais qui va nécessiter un suivi dans le temps. Elle devra peut-être être suivie d’une deuxième campagne de vaccination, à l’instar de l’hépatite. Sur un grand nombre de maladies, il nous faut deux à trois injections pour être durablement protégé.

Que se passera-t-il si le virus mute ?
C’est une possibilité. Peu importent les cas de figure, que le virus mute ou non, on a intérêt à vacciner. Tout vaccin aura un taux de succès, en cas de mutation, qui ne sera pas nul. Il peut même être meilleur. Un virus mutant peut très bien se retrouver plus fragilisé dans un vaccin donné. C’est aussi une évolution possible. Dans tous les cas, le monde est aujourd’hui dans un état d’arrêt avec des conséquences sociales, humaines et économiques dramatiques. Toute solution a des risques. Ce qui est sûr, c’est que le risque de ne rien faire est très connu, c’est la catastrophe. Maintenant, sur les campagnes de vaccination, il faudra voir, et cela, c’est à la médecine de le dire, s’il vaut mieux vacciner les personnes à risque ou les autres de manière massive. Je crois que lorsqu’on vaccine une population de manière massive, cela constitue une barrière pour les personnes à risque. Les personnes vaccinées ne seront pas malades et, par ailleurs, ne seront pas vecteurs de la maladie envers les personnes à risque. Donc, sur les aspects d’effets secondaires, tout vaccin a toujours des effets secondaires, en général limités. On peut très bien, pour les personnes faibles, envisager qu’elles ne soient pas vaccinées. Et s’il y a 10 millions de personnes vaccinées autour d’elles, cela leur donne une vaccination sociale. 

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco

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