Maroc

Transport : nouvelle grève des opérateurs malgré les subventions

Une partie des transporteurs entame à partir d’aujourd’hui une grève pour protester une nouvelle fois contre la hausse du prix du gasoil. Pourtant, les subventions proposées par le gouvernement pour atténuer la flambée commencent à être distribuées. 

La pire chose qui peut arriver à un entrepreneur c’est de travailler pour perdre de l’argent. Ce serait le quotidien des transporteurs marocains qui font face à la hausse vertigineuse des prix de l’essence et du gasoil qui tutoient les 16 dh/ litre. Au pied du mur depuis le début du choc pétrolier, ils décident finalement de geler leurs activités afin de limiter la casse.

En d’autres termes, les professionnels, notamment ceux affiliés à la Fédération nationale du transport multimodal (FNTM), observent une grève ouverte à compter de ce mercredi 6 avril à 10 heures, et ce jusqu’à ce que les doléances des professionnels soient satisfaites. En haut des revendications de la FNMT, figure l’accélération du cadre légal et réglementaire de l’indice du diesel afin de contrôler les fluctuations de prix et adopter l’indexation.

«Le prix du gasoil a augmenté de 68% depuis décembre 2020 à aujourd’hui. Cette hausse n’a fait l’objet d’aucune indexation. Nous, en tant que sociétés dans le domaine du transport,  avons préférer arrêter de travailler. Travailler pour perdre de l’argent ce n’est pas l’objectif d’un entrepreneur », regrette Idriss Bernoussi, président de l’Association marocaine des transporteurs routiers intercontinentaux (AMTRI).

Ce dernier invite le gouvernement à s’inscrire dans la démarche d’une indexation des prix. Le président de la commission logistique de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), tout en fustigeant «une communication qui laisse à désirer» au sujet des carburants au Maroc, explique que «si on impacte la hausse du gasoil sur les prix du transport on sera sur une augmentation de 10% pour le mois de mars et de 18% pour le mois d’avril».

Dès lors, la FNTM revendique la récupération d’une partie de la taxe intérieure de consommation (TIC) et l’actualisation du coût de référence pour le transporteur. Les professionnels, très actifs dans la Région du Nord, appellent l’Exécutif à prendre des mesures «concrètes» en lieu et place «des petites solutions» qui ne résolvent pas en réalité l’épineuse question de la hausse des carburants au Maroc.

Une solution à la française ?
Pour rappel, le 10 mars dernier, face à la flambée des prix des carburants, le gouvernement a lancé le processus de soutien exceptionnel des professionnels du secteur du transport routier qui concernera environ 180.000 véhicules. Par ce soutien, le gouvernement vise à accompagner les professionnels du secteur du transport routier, à travers l’atténuation des impacts de la hausse des prix du carburant au niveau national, causé par la hausse continue des prix à l’international.

Il est question notamment d’un virement de 6.000 DH par véhicule. «Une aide complètement déconnectée de la réalité», s’insurge Idriss Bernoussi qui prône des solutions à la française où les prix des carburants routiers vendus dans les stations-service françaises ont chuté la semaine dernière, sur fonds de baisse des cours du brut et de mise en place de la ristourne gouvernementale, selon les chiffres publiés par le ministère de la Transition écologique lundi 4 avril.

D’après nos confrères de Ouest-France, cette baisse s’explique en grande partie par la remise de 15 centimes minimum par litre de carburant, qui est entrée en vigueur depuis le 1er avril 2022, pour une durée de quatre mois, jusqu’au 31 juillet. Elle a même été ressentie quelques jours avant car certaines stations avaient anticipé la remise avant le 1er avril, précise la même source soulignant que cette ristourne varie entre les territoires.

Alors que la TVA est de 20 % en métropole, la remise est de 18 centimes pour la grande majorité des automobilistes. Celle-ci est d’environ 17 centimes en Corse (TVA à 13 %) et de 15 centimes en Outremer (pas de TVA sur les produits pétroliers). Faut-il dupliquer le modèle français au Maroc qui semble déjà faire ses preuves?

Une certitude, c’est la deuxième fois que des transporteurs déclenchent une grève au Maroc en l’espace de quelques semaines seulement, et ce, en dépit des séries de mesures mises en place par l’Exécutif. Début mars, les transporteurs routiers ont observé une grève de trois jours avant de la prolonger de 48 heures pour protester contre la hausse des prix des carburants, notamment du gazole.

Les syndicats estimaient que leurs revendications sont restées sans réponse de la part du gouvernement. Les grévistes exigeaient le plafonnement du tarif des carburants et des marges bénéficiaires des distributeurs d’hydrocarbures depuis l’envolée des prix à la pompe, accentuée par l’invasion russe en Ukraine.

Le dossier entre les mains du Conseil de la concurrence

Avant cette première sortie dans la rue, les transporteurs avaient décidé de manière unilatérale d’augmenter les prix du transport avant de se faire rappeler à l’ordre par le Conseil de la concurrence. Celui-ci se disait saisi du dossier des carburants.

Approché vendredi dernier par Les Inspirations ÉCO, Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, avait promis un avis éclairé après enquête dans les jours à venir. Il est question dans cette investigation de s’assurer qu’il n’y ait pas des hausses au-delà du raisonnable. «Nous allons étudier le dossier pour voir si les hausses des prix des carburants respectent les normes. Il sera également question d’identifier les vraies causes», avait promis Rahhou.

Aujourd’hui, l’avis du Conseil se fait toujours attendre. Pendant ce temps, les syndicalistes qui font face aux pétroliers, lesquels «se sucrent sur le dos des transporteurs» insistent sur la nécessité de la baisse des gains «exorbitants» des distributeurs.

Un fantasme, rejettent les principaux concernés, soutenant que la hausse des prix est amplement justifiée car le Maroc importe 100% de ces produits et donc subit les fluctuations de prix à l’international. Ils revendiquent aujourd’hui des marges très faibles et disent ne pas répercuter intégralement les hausses.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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