Maroc

Le «mercure», du bateau au plateau

Frais ou transformé, le poisson cache un des métaux lourds des plus néfastes pour la santé de l’Homme. Sans pessimisme, l’ONSSA tire la sonnette d’alarme sur l’augmentation du taux de mercure dans nos assiettes au fil des années.

Le mercure (Hg) est aujourd’hui à l’origine de problèmes de pollution qui impactent gravement la nature et la santé de l’Homme. Les sujets atteints voient le mercure absorbé par  leurs organes, notamment dans le cerveau (principal organe cible) et le fœtus chez la femme enceinte. En 2013, l’ONU adopte la Convention de Minamata sur le mercure visant la  réduction de son utilisation. Elle est signée à Kumamoto au Japon. Une ville où des milliers de personnes ont été empoisonnées par des rejets de mercure.


Selon les scientifiques, la principale source de contamination humaine demeure la consommation de poissons.  La revue scientifique marocaine «Toxicologie Maroc», publiée par le Centre anti-poison et de pharmacovigilance du Maroc revient sur «l’occurrence du mercure dans les produits de la pêche du littoral marocain» et dresse un constat inquiétant.  

L’ONSSA veille au grain
Malgré l’interdiction du mercure, son taux dans les poissons marins ne cesse de croître, atteignant des seuils très préoccupants chez de nombreux mammifères marins. Le Maroc a anticipé en 2006 en mettant en place des protocoles via l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour pister le niveau de Hg dans les principales espèces de poisson des côtes et des ports marocains. Selon Oleya El Hariri, du service des produits de la pêche relevant de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSPA) qui a effectué une synthèse des résultats de ce Plan de surveillance du mercure développé par l’ONSSA entre 2010 et 2016, la limite maximale autorisée pour le mercure est de 1 mg/kg pour les grands poissons (requin, espadon, thon) et 0,5 mg/kg pour les petits ; la variation entre les teneurs en Hg est explicable par la position de ces poissons dans la chaîne alimentaire alors que la variabilité observée entre les différentes espèces dépend quant à elle des habitudes alimentaires, de l’âge, la taille, la longueur du poisson et de son habitat. Chaque année se font des prélèvements au niveau de l’ensemble du littoral marocain. L’objectif réside dans la détermination des mercures en des produits de mer. Les prélèvements sont également effectués au niveau des ports du royaume par les vétérinaires de l’ONSSA. Et pour cette opération d’échantillonnage, ce ne sont pas moins de 36 espèces de poissons les plus consommés au Maroc qui ont été examinées. Les prélèvements sont ensuite mis sous l’expertise de Laboratoires régionaux d’analyses et de recherches de l’ONSSA en vue d’être analysés grâce à une méthode dite : spectrométrie d’absorption atomique à générateur d’hydrures. Selon Oleya El Hariri, l’étude a concerné 869 résultats collectés auprès de divers services vétérinaires et laboratoires officiels de l’ONSSA, avant qu’ils ne soient transférés pour analyses statistiques. Cela dit, la teneur moyenne retrouvée pour les 869 échantillons étudiés de 2010 à 2016 était de 0.073 mg/kg.

L’industrie, le coupable tout désigné
L’étude identifie une variation quant aux teneurs de mercure en fonction des ports de pêche marocains. Ce qu’explique la variation même des espèces de poissons débarqués au niveau des différents ports du pays et par conséquent, celle des caractéristiques du poisson objet du prélèvement et d’analyse. Selon l’étude, les produits de mer débarqués au Maroc entre 2010 et 2016 ont augmenté d’année en année ! Allant jusqu’à être multipliés par cinq en passant d’une teneur de 0.02 mg/kg en 2010, à 0,127 en 2016. Cela serait dû au développement de l’Industrie au Maroc durant les six dernières années. Les efforts déployés par l’ONSSA – à travers le «Plan de surveillance» – ont permis de mieux cerner cette problématique de mercure au niveau des deux littoraux marocains. L’étude révèle certes que le taux inférieur de teneurs en mercure opéré dans les produits marocains de la pêche est inférieur aux limites maximales réglementaires en vigueur. Cependant, le niveau de contamination en mercure dans les produits marins étant une préoccupation de santé publique à l’échelle internationale, un appel à la vigilance et à une collaboration commune de tous s’avère indispensable

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