Maroc

La tutelle veut faire le ménage

Le référentiel de l’enseignement préscolaire est, enfin, finalisé et sera bientôt rendu public. Il vise à mettre fin à de longues années d’anarchie. Il est, en effet, temps de mettre de l’ordre dans le secteur qui pâtit de nombreux dysfonctionnements.


Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Saïd Amzazi, est très attendu sur le dossier du préscolaire, dont la généralisation connaît un retard abyssal. Va-t-il adopter la vision de son prédécesseur qui entendait prendre le taureau par les cornes en vue de promouvoir ce cycle d’enseignement ? Le responsable gouvernemental est appelé à accorder une importance particulière à ce dossier. En effet, la réforme éducative escomptée ne pourra pas aboutir sans un plan d’action efficace visant la généralisation du préscolaire qui est, on ne peut plus, déterminant pour la réussite des élèves, comme le souligne le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique : «L’enseignement préscolaire est considéré comme la base essentielle de toute réforme éducative favorisant l’équité et l’égalité des chances et facilitant les parcours scolaires et de formation». La généralisation du préscolaire n’est pas un choix, mais une nécessité. Elle ne deviendra obligatoire qu’après l’adoption de la loi-cadre relative à la réforme du système d’éducation qui a emprunté le circuit législatif. Les enjeux sont de taille au vu de l’ampleur des insuffisances. Le Maroc part pratiquement à zéro dans ce domaine, car l’offre publique ne dépasse pas actuellement 7 à 8% des effectifs des élèves en âge préscolaire. À cela s’ajoutent les moult dysfonctionnements qui impactent de plein fouet l’offre existante dont le manque d’un contenu pédagogique unifié répondant aux critères de qualité. L’absence d’un cadre unifié et la multiplicité des intervenants causent une grande disparité en matière des objectifs, des approches adoptées, des moyens de formation des éducateurs…C’est dans ce cadre que s’inscrit l’élaboration par le ministère de l’Éducation nationale d’un cadre de référence visant à mettre fin à l’anarchie. Le document a déjà été ficelé par une commission d’experts. Le département de tutelle a recouru aussi à l’expertise internationale pour peaufiner le référentiel qui devra être présenté en ce mois de mars lors d’un atelier national. Premier du genre, ce référentiel va permettre de mettre de l’ordre dans le secteur. Il porte sur plusieurs volets dont le cadre curriculaire, les compétences pédagogiques fondamentales, les domaines d’activités, les approches et l’évaluation des apprentissages, l’encadrement et la supervision. «Ce cadre prend en considération toutes les innovations qui existent dans le secteur en se basant sur un principe-clé : le préscolaire n’est pas un primaire prématuré. Il est plutôt un cycle d’éducation qui doit préparer au primaire tout en permettant aussi le développement de l’enfant», précise aux Inspirations ÉCO, le directeur des curricula au ministère de l’Éducation nationale, Fouad Chafiqi.

Tous les acteurs concernés sont appelés à s’approprier le nouveau référentiel qui constitue une première au Maroc et s’atteler à ce que leur démarche pédagogique soit inscrite dans ce cadre. Ce document est, d’ailleurs, recommandé par l’instance de Omar Azziman. Le CSEFRS a appelé à l’adoption d’un modèle pédagogique spécifique, unifié dans ses finalités et ses objectifs et diversifié dans son style et ses méthodes pour garantir la cohérence et la modernisation des programmes, des méthodes pédagogiques et des ressources matérielles et éducatives. Il facilitera une offre de service et un rendement de qualité, de façon équitable, pour tous les enfants en âge d’accéder à cet enseignement. Quid de la mise en œuvre de ce document qui est très attendu par les pédagogues ? Tout dépendra de l’adoption de la loi-cadre sur l’enseignement qui devra préciser nombre d’éléments importants. Il s’agit notamment de désigner le ministère de tutelle de ce secteur qui est aujourd’hui chapeauté par plusieurs départements. En principe, c’est au ministère de l’Éducation nationale, seul, de prendre en main le préscolaire. Après l’adoption de la loi-cadre, on s’attend à une véritable dynamisation du secteur. 


Le financement, le talon d’Achille

Le financement du préscolaire est le maillon faible de la vision de développement du secteur. Malgré son importance, le secteur n’a pas de budget qui lui est spécialement dédié. Ce n’est qu’au cours de l’année 2016, rappelons-le, que 43,5 millions de dirhams ont été consacrés à l’enseignement préscolaire. Un montant dérisoire qui ne permet pas de répondre aux besoins dans les quatre coins du Maroc. Le gouvernement est appelé à mettre la main à la poche. La généralisation du préscolaire nécessite un budget conséquent estimé à 3 à 4 milliards de dirhams (en se basant sur le coût unitaire moyen annuel qui est de 3.000 DH par enfant). À ce budget, il faudra ajouter le coût de la formation de quelque 100.000 éducateurs. Il est temps de créer des filières obligatoires de formation des cadres du préscolaire dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation, comme le recommande la Banque mondiale. Pour leur part, les académies régionales sont appelées à faire un effort en budgétisant une ligne à cette fin. Les collectivités territoriales devront aussi participer à l’effort financier pour atteindre l’objectif de la généralisation du préscolaire. Le secteur privé est appelé à la rescousse, car l’État, à lui seul, ne pourra pas relever le défi. Mais, la part du privé ne devra pas dépasser 20 à 25%. Par ailleurs, le partenariat est un élément déterminant. À cet égard, une grande responsabilité incombe aux académies pour booster la coopération avec la société civile, surtout dans les régions où le secteur privé n’investit pas.

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