Maroc

Formation professionnelle. Les challenges des patrons

Le temps est révolu où la formation professionnelle était du seul ressort du ministère de tutelle et de l’OFPPT, selon Saaid Amzazi. Les entreprises sont appelées à s’impliquer davantage dans ce système à travers la formation en alternance et en apprentissage.

Jihane Gattioui
j.gattioui@leseco.ma


L’avenir de la formation professionnelle était au cœur de la réunion du Conseil national de l’entreprise (CNE) de la CGEM avec le ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaid Amzazi. Le responsable gouvernemental a, en effet, choisi d’axer son intervention sur ce secteur stratégique dont la nouvelle feuille de route est en cours de mise en œuvre. Amzazi a appelé, à plusieurs reprises, le patronat à s’impliquer pleinement dans le processus de formation en vue de dépasser les lacunes et atteindre les objectifs escomptés en matière de qualité. Il estime que le temps est révolu où la formation professionnelle était du seul ressort du ministère, de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) ou encore des départements formateurs. «La formation professionnelle est aujourd’hui un secteur que vous devez investir, qui est de votre ressort, car la formation professionnelle se veut d’abord une formation pour l’entreprise. Et dans un système idéal, elle devrait être également une formation par l’entreprise», a précisé le ministre en s’adressant aux membres du Conseil national de la CGEM.

Aussi, le développement de la formation par alternance et celle par apprentissage s’impose-t-il à l’instar de ce qui se passe sous d’autres cieux. Le ministre de tutelle donne pour exemple «les pays exemplaires en matière professionnelle, où le chômage sévit bien moins qu’ailleurs, à l’image de l’Allemagne ou la Suisse, la formation professionnelle est un système décentralisé, financé majoritairement par l’entreprise, ou plus de 80% des stagiaires sont recrutés par l’entreprise qui les a formés….».

Au niveau du financement, rappelons que l’entreprise finance le système de formation professionnelle à travers la taxe de la formation professionnelle qui est d’environ trois milliards de dirhams par an. La loi sur l’apprentissage prévoit une subvention étatique de 4.000 DH par an, par stagiaire, aux entreprises. Selon Amzazi, dans la mesure où une partie des recettes de la taxe de la formation professionnelle (500 millions de dirhams) a été réaffectée à la réalisation de la feuille de route de la formation professionnelle, il serait judicieux que celle-ci puisse également profiter aux entreprises pour accompagner le développement de l’alternance.

À cela, s’ajoutent l’allègement des procédures administratives et la mise en place de mécanismes d’incitations fiscales… Du côté du patronat, le président de la CGEM, Chakib Alj, a insisté sur la nécessité de l’adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail qui est, d’ailleurs, un axe majeur au niveau de la feuille de route royale. Il estime que le déploiement de la stratégie relative aux Cités des métiers et compétences (CMC) prévues dans les 12 régions, est un chantier dans lequel la CGEM doit s’impliquer fortement, à travers la définition des besoins en compétences et la conception des formations dont l’ingénierie de formation.

La CGEM plaide pour que l’offre de formation professionnelle de l’OFPPT et de tous les établissements professionnels privés et publics fasse l’objet d’un pilotage quantitatif et qualitatif permanent et rigoureux, à l’instar de ce que fait le département du tutelle en matière d’enseignement supérieur avec la Commission nationale de coordination de l’enseignement supérieur. S’agissant de la formation continue, de grands efforts restent à déployer.

Seules 1.300 entreprises bénéficient aujourd’hui de la formation continue avec un remboursement moyen, sur les cinq dernières années, de l’ordre de 70 millions de dirhams, d’après le patron des patrons. Amzazi reconnaît qu’il faut plancher sur ce dossier, précisant : «on est dans une phase de doute à cause du retard de l’adoption des décrets qui permettront une gestion beaucoup plus efficiente». La loi prévoit une gestion par l’OFPPT de cette formation à travers un conseil d’administration dédié à cette fin et une unité administrative indépendante. Or, le texte d’application n’a pas encore vu le jour.

Actuellement, cette formation est gérée par le biais du manuel des procédures qui ne permet pas de lui donner un coup de fouet escompté, selon le ministre. «Les propositions qui émanent des concertations entre l’Office, la CGEM et le ministère des Finances ont du mal à passer», a relevé Amzazi qui a tenu à préciser que les positions sont diamétralement opposées. C’est au prochain de gouvernement de trancher ce dossier.

Chakib Alj
Président de la CGEM

Il faudrait construire des ponts entre l’université et le monde socio-économique, entre la recherche scientifique fondamentale et la recherche et développement appliquée, ce dont l’entreprise a véritablement besoin.

Saaid Amzazi
Ministre de l’Éducation nationale,
de la formation professionnelle,
de l’enseignement supérieur
et de la recherche scientifique

Je suis venu avec l’objectif de convaincre les entrepreneurs que vous êtes de désormais envisager la formation en alternance et en apprentissage sous le prisme du retour sur investissement. Et aussi pour convaincre les Marocains qu’ils doivent envisager la formation en alternance et en apprentissage sous le prisme de l’engagement citoyen et patriotique.

Fuite des cerveaux : hémorragie d’ingénieurs !

Le Maroc forme près de 10.000 ingénieurs par an, dont une grande partie part travailler à l’étranger. Selon Saaid Amzazi, les départs massifs d’une élite formée gratuitement, constitue un énorme manque à gagner pour notre pays et pour les entreprises qui ont du mal à trouver des profils adéquats. Là encore, estime le ministre de tutelle, les besoins doivent être rigoureusement identifiés, voire anticipés, afin d’orienter les formations des ingénieurs vers les thématiques liées aux grands chantiers structurants du Maroc : industrie automobile et aéronautique, énergies renouvelables, digital… Les sondages ont montré que les ingénieurs marocains quittent le pays car ils cherchent «des perspectives d’évolution concrètes dans leur carrière, de la formation continue, des horizons multiples et motivants…».

/ Les Inspirations Éco

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