Maroc

Après le grand oral d’El Otmani… l’opposition fourbit ses armes

On s’attend à des interventions musclées des groupes de l’opposition dans les deux chambres du parlement lors de la discussion du bilan gouvernemental, prévue dans quelques jours. En dépit des critiques à l’égard de l’action gouvernementale, le chef de gouvernement a défendu bec et ongles son bilan tant sur le plan politique que socio-économique.

Comme on s’y attendait, le chef de gouvernement, Saad Dine El Otmani n’a pas tari d’éloges sur le bilan de son mandat gouvernemental en dépit des critiques de l’opposition. Celle-ci, dont trois partis politiques avaient menacé, il y a quelques semaines, de recourir à une motion de censure avant de se rétracter en raison de l’approche des élections, fourbit ses armes. Elle est, en effet, on ne peut plus déterminée à montrer les lacunes de l’actuel mandat gouvernemental qui a été rythmé, selon elle, par des guéguerres intestines ayant impacté de plein fouet l’action gouvernementale. Un reproche qu’a balayé El Otmani, d’un revers de la main, dès l’entame de son grand oral mardi devant les parlementaires des deux chambres. L’Exécutif est épinglé pour le manque d’homogénéité entre ses composantes ainsi que les multiples passes d’armes entre les partis formant la coalition gouvernementale. Il s’agit d’une remarque récurrente de l’opposition qui saisit chaque occasion pour décocher ses flèches contre le gouvernement.


Cette critique, on la retrouve même dans le rapport du Nouveau modèle de développement qui a pointé «des tensions récurrentes, des blocages et des lenteurs au sein de la majorité gouvernementale, en déphasage avec les attentes urgentes des citoyens et des opérateurs économiques».

À ce titre, El Otmani souligne qu’en dépit des rumeurs portant sur des «combats imaginaires» au sein du gouvernement, celui-ci a poursuivi son action jusqu’au bout. Le chef de l’Exécutif a tenu, d’emblée, à préciser que le bilan qu’il présentait est celui de l’ensemble des membres de son équipe. Sauf que l’absence des ministres du Rassemblement national des indépendants (RNI) et de l’unique ministre de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et de la majorité des ministres technocrates, lors de la séance de présentation du bilan gouvernemental, a fait grincer des dents dans les rangs de l’opposition.

Mission difficile
Et ce n’est pas fini, car la mission du chef de gouvernement s’annonce non moins difficile, afin de tenir tête aux critiques des députés, le 13 juillet prochain, et à celles des Conseillers, le 14 juillet. Ce sera le dernier exercice du genre au cours de l’actuelle législature, dont la dernière session prendra fin le 15 juillet, soit à moins de deux mois des élections législatives, communales et régionales. El Otmani gardera-t-il la même assurance ? Les promesses gouvernementales ont-elles été tenues ? Le programme gouvernemental de 2017, rappelons-le, était jugé ambitieux, mais sans être adjoint des clés de sa mise en œuvre, avaient estimé les observateurs. Plus de quatre ans après la déclaration gouvernementale, El Otmani a présenté un bilan basé sur les réalisations sectorielles, à commencer par le volet social.

À cet égard, le chef de l’Exécutif a cité, comme à l’accoutumée, les mesures prises en matière d’appui social (Programme tayssir, appui financier aux veuves, bourses…) tout en faisant un focus particulier sur les secteurs de l’enseignement et de la santé. Une attention particulière a été, en effet, accordée à ces deux secteurs, d’après le responsable gouvernemental, tant sur le plan de l’augmentation du budget que des postes budgétaires. Pourtant, le gouvernement est souvent épinglé sur ces deux dossiers, en dépit de tous les arguments des ministres de tutelle. Il faut dire que bien que le budget de l’enseignement ait connu une augmentation ostensible au cours des dernières années (+24 MMDH par rapport à 2012) et que le secteur représente environ 22 % du budget général de l’État, il reste encore de grands efforts à déployer pour atteindre les objectifs de la réforme tant escomptée. À elle seule, la mise en œuvre des dispositions de la loi-cadre de l’éducation et de la formation nécessite un budget annuel supplémentaire de 10 MMDH. Or, jusque-là, les crédits alloués au secteur ne permettent pas de réaliser les objectifs ambitieux de la réforme et encore moins de répondre aux exigences imposées par la pandémie, telles que la mise en place des équipements nécessaires pour déployer efficacement le chantier de l’enseignement à distance. S’agissant de la santé, le montant annuel attribué à ce compartiment, en dépit de son augmentation, est jugé insuffisant pour relever les défis auxquels est confronté le secteur. On s’attend à ce que ces remarques soient réitérées par l’opposition lors des deux séances plénières qui seront dédiées à la discussion de l’exposé d’El Otmani.

Par ailleurs, le chef de gouvernement a aussi insisté sur les réalisations de secteurs productifs, l’amélioration du climat des affaires grâce aux réformes législatives et organisationnelles qui ont été menées ainsi que l’évolution enregistrée par le secteur industriel (augmentation des exportations, politique de substitution des importations par des industries locales…) et ce, «en dépit des aléas de la pandémie».

El Otmani a également mis en avant le chantier de l’amélioration du volet de la gouvernance à travers, entre autres, le lancement du grand chantier de la simplification des procédures administratives qui a franchi des étapes importantes et qui sera soutenu par la généralisation de la digitalisation de l’ensemble des administrations. Petit bémol, néanmoins : il a omis d’évoquer le chantier de la déconcentration administrative qui piétine encore et dont les objectifs ne seront visiblement pas atteints dans les délais impartis. En somme, El Otmani a affiché la mine des grands jours lors de son grand oral de mardi. Toutefois, nombre de parlementaires entendent bien démonter ses arguments, surtout en ce qui concerne certains dossiers stratégiques, comme l’emploi.

Le chef de l’Exécutif avait promis d’atteindre un taux de 8,5 % à l’horizon 2021 alors que le gouvernement de Benkirane s’était engagé à le réduire à 8 % en 2016, sans pour autant pouvoir atteindre cet objectif. C’est dire qu’on est très loin de la promesse de 2017 ! Le taux de chômage s’est accru de deux points entre les premiers trimestres de 2020 et de 2021, passant de 10,5 % à 12,5 %, selon le Haut-commissariat au Plan (HCP). Une situation que le gouvernement attribue aux répercussions de la crise sanitaire, mais n’oublions pas que même avant la pandémie, ce taux n’était guère proche de l’engagement gouvernemental.

En ce qui concerne la croissance, le gouvernement s’était engagé à réaliser un taux situé dans la fourchette entre 4,5 % et 5,5 %, mais cet engagement n’a pas été concrétisé. En effet, d’aucuns soulignent qu’il ne suffit pas de fixer des objectifs. Encore faut-il mettre en place les moyens et les mesures pour les atteindre. Le Maroc n’a pas encore réussi à gagner le pari de l’accélération de l’amélioration des activités non agricoles. Leur progression demeure lente malgré l’urgence de changer cette situation qui impacte le développement. Les taux de croissance enregistrés au cours des dernières années ne permettront pas de régler les problèmes du Maroc qui aspire à rejoindre les pays émergents. 

Taux de réalisation

Le taux de réalisation des mesures du programme gouvernemental qui sont déjà finalisées ou en stade avancée ou ayant une nature continue est de 69 %, contre 24 % pour les mesures en cours de réalisation. Les mesures qui sont au premier stade de lancement sont de 2 %. Par ailleurs, les mesures qui piétinent ou qui n’ont pas encore démarré constituent un taux de 5 %, selon le chef de gouvernement. Le programme gouvernemental a comporté quelque 38 objectifs chiffrés. Le gouvernement a pu atteindre 37 % de ces objectifs, alors que 29 % sont à un stade avancé, 13 % connaissent un rythme de réalisation moyen et 18 % ont des indicateurs relativement éloignés de l’objectif initial et dont la plupart a été impactée par les répercussions de la pandémie.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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