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La productivité des facteurs reste faible au Maroc

C’est l’une des questions importantes soulevées durant le débat organisé, mercredi,  par HEM. Tout modèle préconçu serait une perte de temps puisqu’il n’intégrerait pas les spécificités du pays et le prérequis d’appropriation.


Le débat sur le modèle de développement du Maroc est aujourd’hui l’occasion de mieux cerner les problématiques économiques et sociales qui pèsent sur le pays. Ce débat se trouve hélas pris en otage par le temps politique où le gouvernement et les partis de la majorité sont censés apporter des réponses dans l’urgence. Ceux de l’opposition ne sont pas exempts de cet effort de réflexion auxquels le souverain a appelé, et exhorté les forces vives du pays à y prendre part. Toutefois, ce remue-ménage doit nécessairement se détacher du momentum politique et de la pression sociale pour donner ses fruits.

Dans le cas contraire, il serait un vain exercice de confrontation des concepts et des expériences sans impact prévisible dans le moyen et long termes. Hier à Rabat, le Centre de recherche de HEM, Economia et la Fondation Friedrich Ebert ont mis la main à la pâte en co-organisant une journée d’étude intitulée «vers un projet de développement économique équitable». Une bonne entrée en matière pour approcher le sujet sensible d’un modèle capable d’intégrer toutes les strates de la société dans un processus d’inclusion sociale par le travail et la création de la valeur ajoutée. Comme l’a si bien décliné Kamal El Mesbahi, économiste et professeur à l’université Mohamed Benabdellah de Fès, il n’y a pas un modèle tout fait applicable à chaque pays de la région MENA par exemple à laquelle le Maroc appartient. «Les contraintes intrinsèques de chaque pays ne sont pas les même dans la région», a-t-il souligné.

Pour lui, le cimetière des modèle de développement est plein à craquer et ce serait une hérésie économique que de dire que l’on peut avoir un modèle clé en main dans ce sens qu’il est désormais préconisé d’observer des conditions minimales d’une construction économique qui soit basée sur une démarche partagée, finançable et inscrite dans l’esprit de la reddition des comptes mais l’économiste a surtout mis l’accent sur le rôle joué par la productivité des facteurs qui doit subir un électrochoc au Maroc car dans un temps ou en Turquie il faut cinq unités d’investissement pour arriver à un point de croissance, il en faut 7,2 au Maroc. Un modèle économique doit aussi tenir compte de l’impact que l’amélioration des facteurs de production est susceptible d’avoir sur l’emploi.

En effet, alors que cette amélioration absorbe facilement les emplois qualifiés, il n’en est pas de même pour ceux non qualifiés qui grossiront les rangs des demandeurs d’emploi. Intervenant à l’occasion, Azeddine Akesbi, expert en économie de l’emploi et SG de Transparency Maroc, estime pour sa part que le phénomène de la rente au Maroc est un frein à tout modèle de développement envisageable. Pour lui, le Maroc est confronté à des problèmes structurels qu’il doit commencer par envisager dans une approche réformiste sérieuse. Il a aussi mis en avant le système éducatif du pays qui présente des retards colossaux prenant dans son étau les tentatives d’adéquation entre l’enseignement et la formation et les exigences en profils pointus et qualifiés du monde du travail. S’ajoute à ce tableau un facteur lié à la qualité de la croissance et sa capacité à déclencher un cercle vertueux d’intégration économique alors que le pays arrive bon an mal an à créer pas plus de 120.000 emplois nets. Vient ensuite la question lancinante de la régionalisation et l’objectif souhaité d’une justice spatiale. Là aussi, la question des moyens s’invite au débat. Pour El Mesbahi alors qu’un rapport de la Commission consultative de la régionalisation a parlé de la nécessité de 135 à 230 MMDH pour une régionalisation effective et un équilibre spatial, les transferts d’une partie des impôts dont l’IR aux régions nécessitera 50 à 60 ans pour arriver à l’objectif escompté. 


Les champions nationaux ont-ils un rôle à jouer ?

Dans cette configuration, quel rôle les champions nationaux, ces mastodontes économiques, peuvent-ils jouer pour tirer le pays et participer activement à la dynamique de recherche d’un modèle plus approprié et adapté aux évolutions et contexte économique régional et mondial ? Pour Selma Mhaoud, auteure de «Les champions nationaux : l’équation du développement au Maroc», la question qui se pose est si le fait de bénéficier d’encouragements et d’exonérations sectoriels implique une responsabilité de développement pour les champions nationaux ? De là vient l’interrogation sur la capacité de ces locomotives à contribuer directement aux chantiers structurants et aux politiques de développement industriel et sectoriel. Dans son livre, Mhaoud en est venu toutefois à la conclusion, corroborée d’ailleurs par plusieurs enquêtes, que le secteur privé au Maroc manque de dynamisme de manière générale. Il n’en reste pas moins vrai que ces premiers contributeurs aux finances de l’État via l’IS ont une place centrale dans tout effort de réflexion autour du nouveau modèle de développement souhaité.

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