Culture

Zanka Contact : rock the Mostra !

Zanka Contact du réalisateur Ismaël El Iraki s’est illustré lors de sa participation au Festival international du film de Venise. Le premier film du cinéaste marocain remporte le prix de la Meilleure Interprétation féminine de la sélection Orizzonti de la 77e édition, qui s’est déroulée du 2 au 12 septembre. Une édition aussi rock que le film marocain, l’émotion en moins.

Mostra de Venise. Salle Volpi. Le public et la presse, cachés sous leurs masques, s’apprêtent à découvrir le premier film d’un réalisateur marocain prometteur, Ismaël El Iraki. Son film Zanka Contact, en compétition dans la section Orizzonti (cinéma de tous horizons), interpelle et embarque d’emblée dans une autre dimension, celle d’une métropole aux nombreuses contradictions, à la fois impitoyable et bienveillante. Dans les rues de Casablanca, Raja (Khansa Batma), une prostituée (encore une), et Larsen (Ahmed Hammoud), une star déchue du rock qui a déserté Londres pour retrouver une ville qu’il a quittée depuis longtemps, tombent amoureux. Le film commence bien, l’énergie est là, le rock aussi. C’est fiévreux, un premier plan au ralenti de Khansa Batma qui met tout de suite dans le bain, promet un voyage «métaleux» et décalé. Vrai. Intense , radical et prenant? Pas vraiment. Un accident de la route permet la rencontre des âmes soeurs, telle une évidence. Un coup de foudre psychédélique entre Raja et Larsen qui ne peuvent se retrouver que dans le chaos. Très vite, Larsen découvre les talents de chanteuse de sa bien-aimée ; il enchaîne quelques accords, elle fredonne un air, la chanson se construit au détriment de la narration du film. Dans les coulisses d’un amour en apparence impossible, il y a la brute, le proxénète de Raja, campé par le brillant Said Bey, le bon, l’ami fidèle qui meurt avant la fin, porté par Abderrahman Oubihem, et les méchants, incarnés par l’étonnant Mourad Zaoui en gentleman salopard et le charismatique Rafik Boubker en riche Casablancais aveuglé par le pouvoir. Fatima Attif époustouflante, en ancienne prostituée isolée, donne le ton à un twist tarantinesque. Un scénario ficelé qui a le mérite de compter sur toute la bonne volonté, la belle énergie et le talent de son réalisateur, mais que s’est-il passé ? Le film, pensé comme un concert et dont la musique originale pleine de subtilité est signée Alexandre Tartière et Neyl Nejjai, est fade malgré le rythme.


Un film qui a l’énergie du rock
Castles made of sand ? Telle une chanson de Hendrix, une des références du réalisateur, Zanka Contact a cette force de l’oeuvre fétichiste et du film de genre. Ismaël El Iraki a le mérite de ne pas choisir la voie « facile » du misérabilisme et du réalisme. Il mise sur l’authenticité, prend des risques, filme en 35 mm aidé par le talent et le regard de Benjamin Rufi. Néanmoins, le jeune réalisateur semble se perdre dans les références, trop nombreuses : Sergio Leone, Quentin Tarantino, The Variations, Nass El Ghiwane, David Lynch, Fatih Akin, Faouzi Bensaidi. Il offre même un concert de Kadavar… le tout avec un Larsen Snake qui sort tout droit de L’Homme à la peau de serpent pour remplacer Marlon Brando qui arrive en ville, sa veste improbable et sa guitare comme seuls bagages. Les scènes s’enchaînent avec irrégularité dans l’intensité : il y a des scènes très fortes, d’autres moins. L’on ne peut qu’être touché par ce moment sublime, où les tourtereaux écoutent du Mariem Hassan, ou encore happé par la scène où Said Bey raconte le passé houleux de Raja, qui est d’une force inouïe. Mais entre-temps, le spectateur se perd dans une narration assez bancale. Ismaël El Iraki propose des arcs de récits, un serpent qui se mort la queue. La mise en scène est parfois trop poseuse, jouant des ralentis ou des effets caméra, ce qui empêche d’éprouver de l’empathie pour des personnages pourtant touchants. Khansa Batma, qui signe son premier grand rôle au cinéma, est viscérale et brute à l’écran. Devant la caméra comme à la scène, elle ne triche jamais. Le prix de la Meilleure Interprétation féminine couronne son courage et sa ténacité. Ahmed Hammoud en rocker paumé est convaincant. Il n’en fait jamais trop et livre une performance habitée et sincère. Said Bey est solaire, même dans l’obscurité. Chaque geste, chaque mot est juste. Rien ne sonne faux. Tel le symbole de la source de vie, de l’énergie primate à l’image de son serpent, le réalisateur de Zanka Contact a la rage de vivre et la force de créer. Alors pourquoi faire du Tarantino ou du Lynch lorsqu’on peut faire du El Iraki ? S’il n’a pas su éviter les erreurs d’un premier film, peut-être trop fantasmé, le « Voodoo child» du cinéma a donné naissance à une oeuvre rock marocaine, au caractère bien trempé. Nul doute que le Maroc vient de gagner un ambassadeur de talent, qui saura marquer le cinéma national, avec des oeuvres fortes à l’étoffe internationale. 

Jihane Bougrine, DNES à Venise / Les Inspirations Éco

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