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Transport de voyageurs. La régionalisation inquiète les professionnels

La Fédération nationale des syndicats du transport routier de voyageurs estime que le transfert des attributions du ministère du Transport, concernant la réglementation du transport de voyageurs, aux régions comporte un grand risque pour le secteur. Elle demande à ce que ce dernier garde la mainmise sur les agréments et les horaires des lignes.

Le ministre de l’Équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, Abdelkader Amara (photo), réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué ? La question se pose, Amara ayant tenu une réunion avec les professionnels du transport de voyageurs. Plus de 250 professionnels ont pris part à cette réunion, mais le ministre délégué auprès du ministre de l’Équipement, du transport et de la logistique, chargé du Transport, Mohamed Najib Boulif -en charge du dossier- était absent. Pour les professionnels, cette absence signifie que Boulif a été écarté, et que le ministre Amara reprend l’épineux dossier de la réforme du secteur du transport de voyageurs. Rappelons qu’un bras de fer opposait, depuis quelques temps déjà, Boulif aux transporteurs. «Le ministre PJDiste avait d’ailleurs émis au secrétaire général du gouvernement des projets de loi qui ne cadraient nullement avec les défis et contraintes du secteurs. Aussi, les professionnels s’y sont opposés», rappelle Abderrazak Dahbi, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats du transport routier de voyageurs.


Cela va sans dire que ces pressions ont fait échouer les tentatives de Boulif. Aujourd’hui, il semblerait que les négociations entre les professionnels et le gouvernement se feront sans lui, et que Amara reprendra le flambeau. Ainsi, ce dernier a invité les transporteurs à une «journée d’étude» en prélude aux négociations sur la signature, dans un délai de 6 mois, d’un contrat-programme. Durant cette réunion, le ministre a présenté la vision de son département pour le secteur du transport public de voyageurs. Cette vision repose sur quatre axes. Il y a d’abord la révision du cadre juridique du secteur, de l’amendement de certaines dispositions du Code de la route, de l’adaptation de la tarification du transport de voyageurs et de la simplification des procédures administratives. Le deuxième axe se rapporte à la mise en place d’un référentiel de qualité de service et de sécurité dans le secteur. Le troisième axe, quant à lui, concerne la mise à niveau de l’entreprise de transport. Enfin, le quatrième axe porte sur la mise en place de l’Observatoire national du transport, d’un mécanisme national de régulation du secteur au regard du grand chantier de la régionalisation avancée, la modernisation du système et des appareils de contrôle routier, et le contrôle de la concurrence déloyale et de la spéculation des prix.

«Nous sommes d’accord avec près de 60% des propositions du département de tutelle, mais pour les 40% restants, il faudra que l’on trouve un terrain d’entente et que les propositions des professionnels soient prises en considération», souligne Dahbi.

Ces derniers sont pour la réforme du secteur et ne sont nullement contre les propositions du gouvernement, «à condition que ces dernières aient un impact positif sur le secteur». Il rappelle aussi que si la première mouture de cette réforme n’a pas abouti, c’est parce que, lors de son élaboration, l’avis des professionnels n’a pas été pris en compte.

D’ailleurs, ces derniers ont manifesté leur colère à plusieurs reprises au moyen, notamment, de grèves nationales. Ils reprochaient entre autres au gouvernement (à Boulif surtout) de vouloir «ouvrir le marché à la concurrence étrangère». Cela étant, il semblerait que le processus de négociations soit sur la bonne voie. Les professionnels demandent d’approfondir certaines propositions de Amara, notamment celles se rapportant à l’arsenal juridique régissant le secteur, des lois datant de 1963. Il se caractérise par le système des agréments. «La première mouture de la réforme avait supprimé les agréments alors que l’actuelle version a maintenu ce système», souligne Dahbi. Quant au volet relatif à la régionalisation, la Fédération nationale des syndicats du transport routier de voyageurs y voit une grande «menace pour le secteur». «La réforme proposée tend à faire basculer tout le secteur dans la sphère décisionnelle de la région, ce qui, à notre avis, le fera tomber dans des considérations et tiraillement politiques qui le mettront certainement à genoux», regrette Dahbi.

Selon ce dernier, «les processionnels ont toujours eu comme interlocuteurs des cadres compétents au niveau du ministère, qui connaissent parfaitement les rouages du secteur; malgré cela, des différends ont toujours existé entre les deux parties». Pour la Fédération nationale des syndicats du transport routier de voyageurs, la région pourra se charger du secteur, mais il est hors de question de lui transférer les attributions relatives à l’agrément et aux horaires des lignes. D’ailleurs, sur ce point, la fédération demande à revoir la politique des horaires. Rappelons que certaines lignes sont tellement encombrées que le décalage entre deux autocars n’est que de 15 minutes. De ce fait, lorsqu’un autocar doit par exemple s’arrêter pour réparer une crevaison, il se fait rattraper par l’autocar qui a quitté la gare routière 15 minutes après. Résultat, une course se fait entre les deux transporteurs, au détriment de la sécurité des passagers et des autres conducteurs sur la route. 


La réforme passe par…

La fédération estime que toute réforme du secteur doit passer par «une administration qui participe à celle-ci, qu’elle y prenne activement part. Elle passe aussi par le transporteur qui doit à son tour participer activement à cette réforme sans oublier le conducteur professionnel qui doit avoir tous ses droits et, surtout, bien connaître et respecter ses obligations. Enfin, cette réforme doit passer par une infrastructure routière de qualité à même de permettre le développement du secteur. «Ces éléments doivent être pris en considération dans les négociations entre les transporteurs et le gouvernement. Ce dernier doit aussi comprendre que le délai de six mois pour mettre en place un contrat-programme n’est pas suffisant au regard des contraintes et défis de ce secteur», note le secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats du transport routier de voyageurs.

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