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Tourisme interne: une roue de secours pour sauver le secteur ?

Dans une rétrospective réalisée par Zoubir Bouhout, directeur du Conseil provincial du tourisme de Ouarzazate, le tourisme interne doit constituer le noyau dur de la future stratégie touristique au lieu d’être considéré comme un simple palliatif en périodes de crises.

À chaque fois que le tourisme marocain est frappé de plein fouet par une crise, le débat sur le marché national refait surface comme une soupape en cas de crise. Dans ce sens, la crise du Covid-19 ne déroge pas à cette règle. «Le recours aux nationaux ne doit pas être considéré comme un simple palliatif en périodes de crises, jetable dès la reprise des flux internationaux. Au contraire, il doit constituer le noyau dur de la future stratégie touristique.», insiste Zoubir Bouhout, directeur du Conseil provincial du tourisme (CPT) à Ouarzazate, dans le cadre d’une rétrospective réalisée au sujet du tourisme national. C’est pourquoi, il est impératif pour le Maroc de réviser selon ce professionnel le modèle actuel de développement touristique. «Bien que le tourisme interne soit sollicité actuellement pour sauver le secteur, ce segment a été délaissé, notamment par les visions récentes de 2010 et 2020.», ajoute Zoubir Bouhout. Selon ce dernier, «les nationaux vont certainement servir de 4e joker pour sauver le secteur en contribuant à amortir le choc d’une chute libre du secteur comme ils l’ont toujours fait».

Le tourisme interne
Retour en arrière

Selon l’étude en question, le secteur du tourisme a été frappé au début des années 2000 par les attentats du 11 septembre 2001 alors que d’autres événements similaires ont touché le tourisme. À cela s’ajoutent des crises épidémiques. «Entre 2002 et 2003, le SARS a affecté en six mois une trentaine de pays et infecté près de 10.000 personnes», rappelle Zoubir Bouhout. À cet égard, l’épidémie aurait coûté quelque 54 milliards de dollars suite à la chute des revenus touristiques selon les estimations de l’OMS. La conjugaison de ces événements a eu un impact négatif sur l’activité touristique au Maroc. «Les arrivées des touristes étrangers sont passées de 2,28 millions en 2000 à 2,25 millions en 2001 puis 2,22 millions en 2002 avec une stagnation du chiffre en 2003. Pour leur part, les nuitées des touristes étrangers ont aussi enregistré des régressions en passant de 11,27 millions en 2000 à 10,29 millions en 2001 puis à 8,87 millions en 2002», détaille la rétrospective.

Printemps 2003
La 1re édition de Kounouz-Biladi

Pour faire face à cette crise, les responsables marocains ont fait appel, selon Zoubir Bouhout, aux nationaux pour sauver le secteur. La 1re opération de Kounouz-Biladi fut organisée sur une durée d’1 mois du 14 avril au 18 mai 2003, suivie d’une 2e vague durant l’été 2003. Cette 1re édition qui fut contrecarrée par l’attentat du 16 mai 2003 à Casablanca n’a pas enregistré au cours de sa 1ère année les résultats escomptés, notamment à cause du faible degré d’adhésion des professionnels (environ 15% des hôtels classés et des agences de voyages). En effet, «les nuitées des nationaux n’ont progressé que de 4,72% en 2003 contre 5,8% en 2002.», rappelle l’étude. Cependant avec l’adhésion significative des agences de voyages durant l’été 2004, les choses se sont améliorées. «Le volume des nuitées des résidents a en effet progressé de 7,52% en 2004 contre 4,72% en 2003. Entre-temps, le volume des nuitées des touristes étrangers est passé à 10,3 millions en 2004 puis à 12,26 millions en 2005 et 13,35 millions en 2006 tandis que le volume des nuitées des résidents n’a progressé que de 3,5% en 2005 et 0,68% en 2006.», explique Zoubir Bouhout.

Printemps 2009
Retour de Kounouz-Biladi

À partir de 2007, les signes de la crise financière aux États-Unis commencent à se faire sentir. «Le taux de croissance des nuitées des touristes étrangers s’établit à +2,62% seulement en 2007 avant de descendre à – 4,60% en 2008 et -4,21% en 2009.», explique Zoubir Bouhout. Par contre, les touristes nationaux continuent selon lui d’améliorer leurs performances en enregistrant des taux de croissance de 7,05%, 6,27% et 9,73% respectivement en 2007, 2008 et 2009. «On décida donc au printemps 2009 de lancer la 2e édition de Kounouz-Biladi en introduisant quelques changements.», précise-t-il. La nouvelle version est désormais étalée ainsi sur toute l’année avec le doublement du nombre d’hôtels adhérents et l’augmentation de l’offre à 8.000 lits à l’échelle nationale. La première version de Kounouz-Biladi était limitée dans le temps à deux vagues, la 1re coïncidait avec les vacances du printemps et la 2e vague avec l’été. «En 2009, le volume des nuitées des résidents a progressé de 9,73% pour atteindre 3,72 millions de nuitées et de 9,41% pour atteindre 4,07 millions en 2010, ce qui représente à peine 56,5% de l’objectif des 7,2 millions de nuitées prévus dans le cadre du Plan Biladi.», explique Bouhout. Durant les années suivantes, les nuitées des résidents ont progressé de 10,59% en 2011, 10,02% en 2012 et 4,86% seulement en 2013. Pour sa part, le volume des arrivées des MRE a nettement progressé en passant d’1,95 million en 2000 à 2,7 millions en 2004 puis à 4,38 millions en 2010. «Il apparaît donc très clair que grâce à l’évolution des arrivées des MRE qui ont contrecarré les baisses des arrivées des internationaux ainsi qu’au dynamisme du tourisme national, le secteur a pu dépasser les zones de turbulences avec un minimum de dégâts.», tient à préciser Bouhout. Toujours selon ce dernier, la progression soutenue du volume des nuitées des nationaux tout au long de la période 2000-2010 a permis de faire passer leur nombre de 2,27 millions en 2000 à 4,07 millions en 2010 alors que les nuitées des touristes étrangers sont passées de 11,27 millions en 2000 à 13,95 millions en 2010. «La part des nuitées des résidents sur le volume total est passée de ce fait de 16,77% en 2000 à 22,59%.», précise Bouhout.

été 2012
Et de trois pour Kounouz-Biladi

Le 28 avril 2011, l’attentat du café Argana à Marrakech pendant une période de haute saison a été un coup dur pour le tourisme marocain. «Les nuitées des touristes étrangers ont enregistré une baisse de 11,03% en 2011 après avoir enregistré une évolution de 11,42% en 2010 alors qu’en 2012, l’évolution n’était que d’1,05%.», retrace toujours la rétrospective. Mais le plus inquiétant selon cette étude était la régression continue des recettes provenant du tourisme international. Celles-ci sont passées de 58,9 MMDH en 2011 à 57,8 MMDH en 2012 puis à 57,6 MMDH en 2013. Une nouvelle fois, le secteur a fait appel aux nationaux. «Cette fois-ci, les professionnels «semblent» déterminés à «se réconcilier» avec le touriste national qui ne doit plus être considéré comme un simple palliatif.», expose Zoubir Bouhout, directeur du Conseil provincial du tourisme à Ouarzazate. Tirant les leçons des «échecs passés» et dans l’attente de finaliser une nouvelle stratégie pour le tourisme national en 2013, les professionnels ont confectionné des packages sur 5 ans via le site internet kounouzbiladi.ma. De l’avis de Zoubir Bouhout, «les résultats restent très mitigés. Les nuitées ont évolué d’une manière irrégulière. Il s’agit de +4,86% en 2013, +2,45% en 2014, +11,03% en 2015, +11,13% en 2016, +7,74% en 2017, +1,23% en 2018 et + 9,75% en 2019». Ajoutant qu’à chaque fois que les nuitées des touristes étrangers reprennent, l’évolution des nuitées des résidents diminue. En 2017 et 2018, les nuitées des touristes étrangers ont progressé respectivement de + 18,45% et + 11,74% alors que les nuitées des résidents n’ont progressé que de +7,74% en 2017 et + 1,23% en 2018, contre une évolution de +11,03% en 2015 et +11,13% en 2016. Ainsi durant la période 2010-2019, le tourisme national a pu dynamiser l’activité du secteur. Le volume des nuitées des nationaux est passé de 4,07 millions à 7,84 millions alors que les nuitées des touristes étrangers sont passées de 13,95 millions en 2010 à 17,41 millions en 2019. «La part des nuitées des touristes nationaux est passée de ce fait de 22,59% en 2010 à 31,05% en 2019 et la part de la consommation interne dans le volume global s’est améliorée en passant de 21,97% en 2010 à 22,39% en 2019», explique Bouhout.

En 2019
Les nationaux ont généré 7,84 millions de nuitées

En vingt ans d’activité, entre 2000 et 2019, le nombre d’arrivées des MRE est passé selon Zoubir Bouhout de 1,95 million à 5,89 millions d’arrivées, soit une évolution de 3,94 millions. Quant au nombre d’arrivées des touristes étrangers en séjour, il est passé de 2,32 millions à 7,04 millions durant la même période. «La progression la plus spectaculaire a été observée au niveau des nuitées des nationaux qui sont passées de 2,27 millions en 2000 à 7,84 millions en 2019, soit plus de 5,57 millions de nuitées correspondant à une progression de 245% entre 2000 et 2019.», souligne toujours le directeur du CPT d’Ouarzazate. S’agissant des nuitées des touristes étrangers, elles n’ont progressé que de 54% pendant toute la période puisqu’elles sont passées de 11,27 millions en 2010 à 17,41 millions en 2019. Selon Bouhout, le tourisme interne semble être le grand oublié de la vision 2010. «En effet, bien que l’objectif visait le doublement du nombre des touristes nationaux hébergés en hôtels classés en portant ce chiffre de 1,2 million en 2000 à 2 millions en 2010, alors que le volume des touristes étrangers devait être porté de 2,32 millions en 2000 à 9,22 millions en 2010, aucune mesure concernant la mise en place d’infrastructures d’hébergement adaptées aux citoyens marocains n’a été préconisée», souligne Zoubir Bouhout. Selon ce dernier, les concepteurs se sont limités à proposer des produits spécifiques commercialisés à des tarifs promotionnels et supportés par une campagne nationale de promotion en direction des nationaux. Par la suite, la version 2020 n’a fait qu’entériner le plan Biladi lancé en 2007, prévoyant une capacité litière additionnelle de 30.000 lits.

Plan Biladi
Le taux de concrétisation à moins de 30%

En termes d’activité, ce plan prévoit d’atteindre 7,2 millions de nuitées à l’horizon 2010 (contre 4 millions en 2000 et 5,9 millions en 2003) et plus de 9 millions de nuitées en 2015. Or, 13 ans après la présentation du Plan Biladi, le taux de concrétisation sur ce segment se situerait à moins de 30%. Sur les 8 stations initialement prévues, deux seulement ont pu voir le jour avec des années de retard par rapport aux délais de livraisons prévus. Deux autres sont toujours en cours de construction, une station a été abandonnée à cause du foncier et 3 autres cherchent toujours preneurs. «Cette offre limitée de structures d’hébergement adaptées aux citoyens marocains a limité d’une part l’accès des nationaux aux établissements touristiques classés, ce qui s’est traduit par un pourcentage très faible des nuitées passées dans les hébergements classées, limitant ainsi la recette du tourisme interne à 7 MMDH en 2019, sachant que la consommation du tourisme interne est estimée à 22,7 MMDH en 2019», pointe la rétrospective. De ce fait, «les Marocains ont multiplié leurs voyages vers d’autres destinations touristiques alors que le tourisme émetteur est devenu un facteur d’éviction du segment du tourisme interne en le privant de parts considérables.», conclut l’étude.

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