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Souss: les agrumiculteurs manquent d’eau

Dans la région du Souss qui souffre déjà du stress hydrique, le tarissement des barrages continue d’exercer sa pression aussi bien sur l’eau potable que sur l’eau d’irrigation. Après la plaine de Chtouka (première zone primeuriste du royaume) qui est irriguée à partir du barrage Youssef Ben Tachfin (oued Massa), la dotation consacrée au périmètre agricole de Sebt El Guerdane (Taroudant), principal fournisseur d’agrumes au Maroc a été réduite, depuis le mardi 19 mai 2020, de deux tiers, soit une réduction de 70%. Il s’agit d’une baisse de 40 à 13 millions de m3 à partir du mois de mai jusqu’au mois d’octobre. Bien que cette réduction ait été motivée par la sécurisation des besoins en eau potable à partir du barrage d’Aoulouz, dont le taux de remplissage est actuellement à 43,2% contre 70,3% l’année précédente, du côté des agrumiculteurs, cette réduction menace déjà la prochaine campagne agrumicole ainsi que les vergers plantés sur 10.000 ha à Sebt El Guerdane, soit l’équivalent de 600 exploitations. Pour rappel, cette zone est le premier périmètre agricole au Maroc ayant bénéficié en 2009 du premier partenariat public-privé pour l’irrigation agricole.

Une baisse en période décisive
«Les agrumiculteurs ne peuvent pas accepter cette réduction de dotation d’eau à usage agricole durant cette période très sensible pour les vergers», explique Abdellah Jrid, président de l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (Aspam). Actuellement, le mode opératoire adopté par l’Agence du bassin hydraulique Souss-Massa est un tour de rôle qui consiste à approvisionner les exploitations agricoles à hauteur de 7 jours sur 15 jours pour chaque moitié de la superficie totale (10.000 ha) du périmètre agricole El Guerdane. Depuis ce mardi, le deuxième tour d’irrigation a été lancé pour la seconde moitié. «La réduction de la dotation pénalisera toute la démarche relative à notre cycle de production alors que 60% des charges ont été déjà engagées, entre autres, pour l’entretien des vergers, leur fertilisation et le traitement phytosanitaire…», explique Youssef Jebha, président de l’Association des usagers des eaux agricoles (AUEA) «Al Mostaqbal». Étant donné que 50% de la dotation d’eau est consommée essentiellement de juin à octobre, l’irrégularité de l’irrigation impactera la conduite des vergers. «Contrairement à l’hiver, les vergers ont besoin de plus d’eau surtout durant cette période marquée par une vague de chaleur dans la région du Souss», ajoute Youssef Jebha.


Une dotation de 20 millions de m3 jusqu’à octobre
Cette hausse du thermomètre survenue depuis quelques jours pourrait également influencer la croissance des vergers et leur floraison. Devant cette situation difficile, plusieurs écrits ont été adressés au gouverneur de la province de Taroudant et à la wilaya de la Région Souss-Massa alors que la Chambre régionale d’agriculture vient de rendre public un communiqué où elle a demandé de consacrer une dotation supplémentaire d’eau d’irrigation. «On demande que la dotation actuelle arrive au moins à 20 millions de m3 jusqu’au mois d’octobre afin de mobiliser les besoins en eau nécessaires et assurer le cours normal de la campagne», indique la chambre régionale. Déjà, lors de la session ordinaire de mars, les membres de cette entité ont exprimé leurs craintes que le renforcement du débit d’eau du Grand Agadir du barrage «Aoulouz» n’impacte négativement les dotations d’eau à usage agricole du projet d’irrigation «El Guerdane». Pour sa part, la Direction du bassin hydraulique du Souss-Massa n’a pas répondu favorablement à notre appel.

La sécheresse complique la donne
Quoi qu’il en soit, la situation est plus compliquée selon les professionnels pour les exploitations qui ont réduit leur superficies agricoles et de facto leur irrigation qui est dépendante de l’eau d’irrigation à partir du barrage d’Aoulouz alors que l’apport de la nappe phréatique ne dépasse pas 20%. De surcroît, cette situation n’a pas permis aux agriculteurs de reconstituer leurs stocks tandis que la moyenne des forages pour les prélèvements d’eau souterraine oscille entre 200 et 300 mètres. Par ailleurs, l’ensemble des bassins agricoles (Issen, Souss, Tamri, Massa) affiche des déficits chroniques y compris les barrages destinés à l’eau potable et à l’irrigation selon la situation journalière des principaux grands barrages arrêtée le 24 mai 2020. Le barrage Abdelmoumen sur Oued Issen représente le déficit le plus chronique à hauteur de 7,9%. Il est suivi du barrage de Youssef Ben Tachfin qui irrigue la plaine de Chtouka et est rempli à hauteur de 13,1% en plus de Moulay Abdellah, rempli à hauteur de 17,8%.


La plaine de Chtouka sur la voie d’El Guerdane

Le projet PPP El Guerdane a été lancé dans la zone éponyme dans une optique d’optimisation du modèle de gestion de l’eau à usage agricole. Le projet qui représente un investissement global de 987 MDH a permis de sauvegarder 10.000 ha à travers une dotation de 45 millions de m³/an à partir du barrage Aoulouz dans le cadre d’une concession à la Société Amensouss. Il consiste en un transfert d’eau selon les conditions du plan directeur de l’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) du Souss Massa. Le même modèle a été transposé dans la plaine de Chtouka avec la mise en place de l’unité mutualisée de dessalement de l’eau de mer destinée à l’irrigation agricole de la plaine de Chtouka et à l’approvisionnement du Grand Agadir en eau potable. Elle sera effective en mars 2021. Ce projet est le fruit d’un partenariat public-privé (PPP) entre le ministère de l’Agriculture et l’ONEE avec les deux filiales du groupe espagnol Abdengao : Aman El Baraka et la Société d’eau dessalée d’Agadir (SEDA).

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