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Samia Akariou : “Le cinéma m’a abandonnée !”

Samia Akariou : “Le cinéma m’a abandonnée !”

Actrice de talent, elle est devenue l’une des comédiennes les plus bancables du cinéma national avec des films comme «À la recherche du mari de ma femme», «Lalla Hobbi» ou encore «Les amis d’hier». À la télévision, elle a séduit avec la série à succès «Bnat Lalla Menana». Aujourd’hui, elle revient avec une histoire qui a touché le cœur des Marocains avec une série qu’elle a écrite : Yakout et Anbar, une sorte de «This is us» à la marocaine qui fait carton plein depuis le début du ramadan. Confinement avec Samia Akariou, un visage et une plume aux racines et aux ailes.

Comment est née l’idée de raconter «Yakout et Anbar»?
C’est un conte pour enfants d’Abdeslam Bakkali qui m’a inspiré. Un conte dédié aux enfants pour leur inculquer un message important : les filles comme les garçons doivent jouir des mêmes droits et ne pas faire de discrimination entre les deux. Dès lors, j’ai songé à une histoire marocaine adaptée à notre réalité et à laquelle peut s’identifier un large public…Une histoire d’abandon pour satisfaire l’égo masculin et les tabous de la société. Mais en réalité, la morale réside dans le fait que c’est cet enfant abandonné qui finit par sauver son père de la faillite. J’ai ensuite proposé mon idée à mes amis Jawad Lehlou et Nora Skalli qui ont adhéré tout de suite à l’histoire. Ensemble, nous avons créé l’univers de l’histoire et on a décrit les profils de nos personnages.

Les personnages sont très touchants. Comment écrit-on autant de personnages avec autant de dimension émotionnelle ?
L’idée dans le traitement des personnages était de les créer avec plusieurs dimensions et de trouver un fil de dramaturgie qui permette une évolution de chacun d’entre eux. L’écho entre le passé et le présent et la conséquence des choix passés sur les intrigues présentes renforcent cette tridimensionnalité. Mais au delà de ça, je pense que l’important, c’est de ne pas juger ses personnages, de les traiter avec tendresse et empathie. De donner à tout un chacun l’occasion d’exister dans toute son humanité, dans ses victoires comme dans ses défaites, dans ses forces comme dans ses faiblesse, des traumatismes les plus profonds aux secrets les plus inavouables.

Comment écrire une série de 30 épisodes sans ne jamais se lasser et en relançant l’intrigue à chaque fois ?
Il y a une méthode, en s’attardant sur chaque personnage, nous créons une tapisserie qui nourrit les épisodes et les intrigues et enrichissent le récit. Après, il faut relier les intrigues de ces personnages à l’intrigue en fil rouge de la série. C’est là où réside toute la complexité de l’œuvre sans même parler des thèmes dominants de l’épisode à traiter la pédophilie, l’avortement, les relations hors mariage, l’abandon d’enfants et ses conséquences. C’est tout un programme ! (Rires). Mais la réalité, c’est que la mayonnaise prend ou ne prend pas et là nous avons eu la chance qu’elle prenne assez rapidement.

Comment expliquez-vous le succès fulgurant de votre série ?
La série a un aspect chorale qui traite de différents personnages, de différentes couches sociales, qui ne juge personne tout en donnant à tout le monde l’occasion de briller et d’exister, de montrer sa vérité. Et je pense que c’est là la clé du succès de la série, je pense que tout le monde peut s’identifier aux personnages de la série et qu’il y en a vraiment pour tous les goûts pour ainsi dire. Les multiples romances qui la jalonnent aide aussi à vouloir croire en les personnages et leurs devenirs.

Est-ce que le fait d’être actrice aide à l’écriture ?
Le fait d’être actrice m’aide surtout à comprendre les personnages et à vivre leurs malheurs et joies pour mieux les servir dans mes dialogues. Cela parfois me pousse à pleurer quand j’écris et a être excitée et contente quand ils le sont. C’est vraiment un bon exercice qui me réjouit et que je fais avec plaisir. Mais en même temps qui m’épuise émotionnellement.

D’où puisez-vous l’inspiration ?
L’inspiration me vient souvent en lisant des romans. Je lis beaucoup, tout ce qui me passe sous la main parfois. Je m’inspire beaucoup des films et des séries. Ma plus grande source d’inspiration, c’est écouter les Marocains et Marocaines parler de leurs histoires intimes et se livrer à la radio. J’aime écouter les histoires de mes proches ou ce que me racontait ma mère sur son passé ou son présent. C’est une source d’inspiration inépuisable…Tous les moyens sont bons pour m’inspirer !

Quels sont les scénarios qui vous ont le plus impressionné ?
Dans ma carrière d’actrice, je ne me souviens que rarement des fois où je suis tombée amoureuse d’un scénario. Rares sont les fois où je suis tombée sur un bon scénario. Sur le peu de scénarios que j’ai pu recevoir, c’est celui de Farida Belyazid qui m’a marqué : «Kid nssa» ou ruses des femmes. Un film dans lequel j’ai eu beaucoup de plaisir à jouer. Un très beau conte devenu scénario puis film culte dont la cinémathèque marocaine doit être fière ! Après, j’ai lu dernièrement un scénario d’un film étranger où je devais passer des essais. J’ai adoré. Le scénario s’appelle «Crossing» de Jacqueline Van Vugt. C’est l’histoire de trois familles qui font un voyage ensemble dans un ferry entre Tanger et Algésiras.

Pourquoi ne vous voit-on pas plus au cinéma où le scénario est très fragile dans l’ensemble des films marocains ?
Le cinéma m’a abandonné mais je suis fière de faire mes premiers pas dans l’écriture et à la télévision car ça m’a permis de me développer et de m’améliorer et surtout d’être à l’écoute du public marocain. Revenir au cinéma en tant que réalisatrice et scénariste est prévu pour bientôt inchallah !

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D’où est née votre passion pour l’écriture ?
Cette passion est née avec «Bnat lala Mennana» où je me suis découverte en train de raconter et de développer aux autres auteurs notre histoire. Comme quoi, on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! (Rires). Et puis un stage d’écriture en Allemagne m’a été proposé par hasard. J’ai sauté sur l’occasion et j’ai foncé !

Est-ce que le confinement est bénéfique à l’écriture ?
Le confinement était bénéfique pour moi pour lire et m’inspirer mais pour écrire pas encore. Mentalement, je suis très épuisée. Et puis j’aime écrire dans le chaos, dans le bruit là où il y a la vie et du grabuge. Le silence ne m’inspire pas grand-chose. Il y a une énergie en suspend pendant ce confinement, un traumatisme mondial qui ne facilite pas l’écriture car on n’a pas encore eu le temps de digérer l’ensemble des évènements et leurs conséquences mais je pense que c’est propice à la réflexion plus qu’à l’écriture à proprement parler. Et puis je cherche la vérité. Il y a plusieurs idées dans ma tête mais je les laisse mûrir.


Yakout et Anbar : la révélation !

Une histoire pleine de rebondissements à la dimension émotionelle forte a fait de cette série un succès national pendant ce mois de ramadan. La série de Samia Akariou, Jawad Lehlou et Nora Skalli a été réalisée par Mohamed Nesrate et raconte l’histoire d’Anbar, un rôle campé par Noura Skalli, mère de 6 filles et épouse d’un riche marchand de tapis (Aziz Hattab). Famille aisée et pression familiale oblige, elle décide de changer son nouveau né, encore une fois une fille, avec le fils d’un paysan. Diffusé sur Al Aoula depuis le début du ramadan, les trente épisodes de cette série ont laissé les Marocains en émoi. La série a réalisé 34,8% de taux d’audience lors de la première semaine du mois de mai et 6,5 millions de vues. Un scénario en béton qui mise sur de belles intrigues et de nombreux rebondissements, des sujets tabous de la société marocaine abordés, une mise en scène sophistiquée et surtout un casting des plus surprenants. En misant sur des têtes d’affiche et de nouveaux visage, cette série a tout compris. Rabii Skalli et Fatima-Zahra Qanboua ou encore Saad Mouaffak dont le personnage «Hamouda» est sur toutes les bouches.

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