Maroc

Reprise économique : des signaux au vert, mais…

La Direction des études et des prévisions financières fait état de son optimisme quant au plan de relance économique du gouvernement, mais s’inquiète du poids grandissant des incertitudes relatives à l’évolution de la pandémie.

Le plan de relance économique du gouvernement commence à porter ses fruits, semble-t-il. Durement impactée par les implications négatives de la sécheresse, d’une part, et par la persistance des incertitudes liées à l’évolution de la crise sanitaire qui a frappé de plein fouet la plupart des secteurs économiques et des échanges extérieurs, d’autre part, la conjoncture économique nationale s’améliore. En effet, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) qui fait état de quelques «signes de redressement au deuxième semestre», dans une note rendue publique ce 21 septembre, les efforts des pouvoirs publics en matière de maîtrise d’inflation et de soutien monétaire, en faveur des ménages vulnérables touchés par les implications de la pandémie, ont permis d’en atténuer les impacts négatifs sur la consommation des ménages, principal moteur de la croissance économique.


Des signes de reprise
Même le secteur du BTP, jusque-là en grande difficulté, présente des prémices d’inflexion de la tendance baissière. À cela s’ajoutent le maintien de la tendance baissière des importations et le déficit commercial, lequel affiche un allègement de 18% et un taux de couverture qui s’est amélioré de 0,4 point en glissement annuel. Parallèlement, les avoirs officiels de réserve ont préservé leur niveau du mois précédent, soit l’équivalent de 6 mois et 22 jours d’importations de biens et services. Par ailleurs, l’analyse de l’évolution de la mobilité dans les principaux lieux publics au niveau national (indicateur basé sur les big data de Google) dénote une certaine reprise dans les activités de commerce et de loisirs, selon la DEPF. Mieux encore, les crédits bancaires affichent, de leur côté, une accélération en glissement annuel à fin juillet, portés particulièrement par les crédits accordés au secteur non financier, notamment aux sociétés non financières.

Le pouvoir d’achat malmené
Seulement voilà, cette «récupération» reste encore modeste reconnaît la DEPF car au niveau des activités secondaires, les locomotives du secteur industriel pâtissent toujours de la contreperformance de la demande mondiale, même si ce secteur montre des signes de redressement comme le signalent la reprise de la demande sur l’énergie électrique et la correction haussière observée au niveau des exportations. Sur un autre plan, le déficit budgétaire poursuit son creusement à fin août, compte-tenu de la persistance à la hausse des dépenses ordinaires conjointement à la baisse continue des recettes. Pire encore, le marché de travail, principal pourvoyeur des revenus des ménages, a été sévèrement impacté par les retombées négatives de la crise. De plus, cette reprise, «nonobstant, reste tributaire de la capacité d’absorption de l’économie nationale et du rythme d’exécution des projets d’infrastructures», explique la DEPF. Un avis que partage l’économiste Adnane Benchekroun, pour qui le vrai problème vient de la demande tant au niveau intérieur qu’extérieur. S’agissant du niveau de consommation des Marocains, Benchekroun estime que le pouvoir d’achat de ces derniers ne permet plus certains extras. Pour ce qui est de la demande extérieure, laquelle est en baisse bien qu’avec l’adoption des mesures de déconfinement progressif, les exportations nationales aient affiché des indices d’amélioration à fin juillet, particulièrement au niveau des secteurs de l’automobile et du textile et cuir, «le Maroc demeure encore très touché», souligne le spécialiste istiqlalien qui s’interroge sur le budget de l’investissement de l’État pour l’année en cours.

Redonner de la confiance
Si la DEPF estime que «la mise en exécution de la Loi de Finances rectificative devrait apporter des solutions de relance économique à court et à moyen terme», en réalité, «l’investissement connaît, pour sa part, un ralentissement, reflété par le repli des importations en biens d’équipement et de l’investissement budgétaire». Et pour cause, «dans tous les secteurs, il y a un arrêt brutal des investissements à cause du manque de visibilité liée à la nature de la conjoncture actuelle», confirme l’analyste économique Driss Aissaoui qui recommande la mise en place d’une dynamique interne, c’est-à-dire aller grappiller de nouvelles parts de marché à l’international pour booster les exportations. Plus loin, il fustige le manque de «prévisions» sur les activités économiques et prône un changement radical dans la gestion de la covid-19. Selon lui, «le confinement est la plus grande des catastrophes». S’inscrivant dans la même perspective, son confrère Khalid Benali, lui, table sur le rétablissement de la confiance. Il faut en redonner aux citoyens et aux opérateurs pour plus de consommation et d’investissements. «Le stourisme est un exemple pertinent. Les pouvoirs publics ont fait beaucoup d’efforts pour relancer le secteur, mais la plupart des Marocains sont encore dans l’attentisme», constate-t-il. «Dans tous les secteurs, il faut redonner de la confiance aux Marocains», insiste Khalid Benali. Toutefois, tempère Papa Malick Thiam, analyste au Centre intelligence économique de Bank of Africa, le Maroc demeure une figure de proue dans la gestion de la crise qui secoue le monde entier. «En plus d’un bon système de santé ainsi qu’un grand fonds destiné aux couches les plus vulnérables, le royaume a su organiser la riposte face à la Covid-19, même si pour l’heure, le nombre de cas de coronavirus reste encore élevé», souligne le Sénégalais basé à Casablanca. Ces évolutions conjoncturelles prennent place dans un environnement international marqué par une grave récession de l’économie mondiale, causée par les conséquences sanitaires, sociales et économiques de la pandémie Covid-19, conclut la DEPF pour qui l’activité économique mondiale devrait, certes, connaître un redressement au deuxième semestre, avec la levée des mesures restrictives et avec la mise en œuvre des plans de relance économique dans plusieurs pays. Toutefois, l’ampleur de cette reprise reste inconnue, eu égard au poids grandissant des incertitudes relatives à l’évolution de la pandémie à travers le monde. 

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco






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