Éco-Business

Règles phytosanitaires : Les exportations agricoles menacées

La tomate marocaine vient de subir un nouveau revers sur le marché russe. La presse locale rapporte le blocage de pas moins de 37 tonnes au port de Saint-Pétersbourg. Ces tomates seraient touchées par la «Tuta absoluta», insecte  très ravageur générant des pertes pouvant aller jusqu’à 80% de la production. Les autorités sanitaires russes ont suspendu les exportations marocaines en attendant de tirer au clair cette question. Fin décembre 2016, les États-Unis interdisaient l’importation des agrumes de Berkane, en raison de larves de mouche retrouvées vivantes, au cours d’une inspection, dans des clémentines.  Ces incidents, s’ils peuvent paraître isolés, finissent par ternir l’image des produits agricoles, à un moment où les exportations marocaines ont besoin de plus de promotion. De fait,  les marchés extérieurs risquent de renforcer la surveillance sur les produits marocains, ce qui se traduirait par plus de retard et d’obstacles à l’entrée. Un comble pour des marchandises périssables.

Les États-Unis, par exemple, imposent souvent des traitements par le froid pendant plusieurs jours avant de permettre l’entrée des marchandises agricoles marocaines sur le marché américain. Plus récemment, dans un récent entretien livré aux ÉCO, le président du Conseil d’affaires Maroc-Arabie Saoudite, Khalid Benjelloun, faisait également état de difficultés pour les exportations agricoles et agro-industriels sur le marché saoudien. Sur le marché russe, le potentiel de l’export demeure énorme. «La tomate marocaine est très appréciée sur le marché russe. Nous en avons exporté pas moins de 120.000 tonnes en 2016 et le marché demeure très preneur, mais nous ne sommes manifestement pas prêts à aller plus loin», estime Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs et du conseil d’affaires maroco-russe.


Cette dynamique a été soutenue par les sanctions économiques prononcées par l’Union européenne à l’égard de la Russie qui a acculé le pays des tsars à chercher de nouveaux relais. «Il ne faut pas croire que c’est de tout repos pour notre export: nous n’avons pas que des amis en Russie, nous sommes également en face de producteurs étrangers -surtout espagnols- qui font tout pour envenimer les relations agricoles avec ce pays», lance Sentissi. La profession doit également dépasser les difficultés liées au contrôle de la production. «Il faut que la marchandise arrive à temps et qu’elle soit prête à la consommation.  », explique Sentissi. Pour réduire les risques, le royaume doit intervenir sur le dossier de la gestion des obstacles techniques au commerce, y compris sur les règles sanitaires et phytosanitaires. Avec les États-Unis, le Maroc a mis en place, depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange en 2007, un comité spécial de suivi de ces questions. Avec l’Union européenne, la coopération est également bien établie, et l’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) en cours de négociation devrait également se pencher sur cette question en tentant une convergence réglementaire du Maroc vers les normes européennes.

Le département de l’Agriculture s’est également inscrit dans une démarche globale en lançant une stratégie nationale en matière de mesures sanitaires, phytosanitaires et d’obstacles techniques au commerce. Une étude a été lancée en 2016 par le ministère. L’objectif est à la fois de maîtriser la production des normes nationales portant notamment sur les règles sanitaires et phytosanitaires, mais aussi d’opérer un benchmark des pratiques internationales à ce niveau. Ceci permettra au Maroc de ne plus naviguer à vue et de se doter d’un véritable radar en matière de barrières non tarifaires. Cela passera par l’amélioration des conditions économiques de production et de commercialisation des produits agricoles et l’adaptation aux évolutions des normes internationales. Cette stratégie permettra donc l’adaptation aux exigences SPS et OTC des marchés de destination qui sont dotés de hauts standards de normalisation (USA, Canada, Afrique, Russie, Chine, etc.).

La CNUCED vient également de lancer une base de données énumérant les mesures appliquées par 56 pays qui couvrent 80% du commerce mondial. Cette base de données permet aux décideurs d’effectuer des recherches par pays et par produit afin de trouver rapidement les prescriptions non tarifaires à satisfaire. 






Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page