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Raisuni, l’énigmatique chef de tribu marocain qui a inspiré Hollywood

Raisuni, l’énigmatique chef de tribu marocain qui a inspiré Hollywood

 
 
Quand on parle de l’histoire du Rif marocain, c’est sans doute la figure du légendaire Mohammed Ben Abdelkrim Khattabi qui vient aux esprits. Pourtant, ces montagnes du nord du Maroc ont aussi donné naissance à une autre figure pas moins légendaire, et bien plus énigmatique : Mohamed ben Abdallah el-Raisuni.
Figure inclassable de l’histoire du Maroc du début du XXe siècle, considéré comme un brigand et un voleur par les uns, et comme un héros et un patriote par les autres. Ses actes avaient troublé aussi bien la scène marocaine qu’internationale, faisant de lui l’une des personnes les plus recherchées des gouvernements marocain et américain, ayant même fini comme héros de film hollywoodien, sous les traits Sean Connery.
 
 
 
Né en 1871 dans le village de Zinat, où son père était caïd, Raisuni est destiné à suivre les pas de son père et devenir, à son tour, chef tribal après le décès prématuré de ce dernier. Son statut ne l’empêche pas de verser occasionnellement dans des activités illégales aux yeux du pouvoir central, dont la contrebande, voire même le vol de bétail. Mais son activité de «révolutionnaire» ne naquit qu’après sa captivité : Pour réprimer ses infractions permanentes à la loi, son cousin Abderrahmane Abd el-Saduq, le Pacha de Tanger l’invite à souper chez lui, pour finalement l’arrêter et l’envoyer en prison à la forteresse de Mogador (actuelle Essaouira). Selon la légende, il passe 4 ans enchaîné à un mur, et ne survit que parce qu’on permit à ses compagnons de le nourrir, et ne fut délivré que par une amnistie générale décrétée par le sultan Abdelaziz, au début de son règne.

Raisuni sort de sa captivité endurci, et plus ambitieux qu’avant, et commence une démarche plus audacieuse : entouré d’un groupe de fidèles partisans dans son palais fortifié à Asilah, il se rebelle contre le pouvoir central, et commence des séries d’enlèvements de dignitaires importants pour les échanger contre des rançons astronomiques.

Sa première «victime» fut un citoyen anglais, Walter Harris, contre lequel il ne demanda pas de l’argent, mais la libération d’un grand nombre de ses partisans, et le relâcha après trois semaines. Parmi ses victimes figurent des militaires et de hauts fonctionnaires marocains ainsi que des diplomates européens. Le côté mystérieux de sa personnalité repose globalement sur son ambiguïté morale. Malgré ses rapts, il fut connu pour son attitude chevaleresque et respectueuses vis-à-vis de ses victimes, ayant même fini par se lier d’amitié avec nombre d’entre eux. Toutefois on rapporta également des actes de cruauté à l’égard qu’il jugeait indignes d’être rachetés, ou des émissaires qui lui avaient manqué de respect.

Le 18 mai 1904, il défraye la chronique internationale en enlevant le riche homme d’affaire gréco-américain, Ion Perdicaris et son gendre Cornwell Varley, contre lesquels il exige une rançon de 70.000 dollars. Cette affaire fut connue à l’international sous le nom de «L’Affaire Perdicaris». Le président, Théodore Roosevelt, alors candidat à la réélection, profite politiquement de la situation, et fait dépêcher 7 cuirassés au large du Maroc en télégraphiant le message suivant: «Le gouvernement veut Perdicaris vivant ou Raisuli mort (Perdicaris alive or Raisuli dead)».

Perdicaris est libéré quelques jours plus tard en échange de la rançon, mais les démonstrations guerrières de Roosevelt plaisent aux électeurs américains. En vérité, Raisuli et le richissime américain s’étaient liés d’amitié et s’entendaient à merveille. Ion Perdicaris a même décrit son ravisseur d’authentique patriote. C’est cet épisode de la vie de Raisuni qui sera adapté à l’écran en 1975, dans le film «Le Lion et le vent». Pour des raisons de sex appeal le gréco-américain de 64 ans devient l’institutrice «Eden» Perdicaris, incarnée par Candice Bergen.

Ses loyautés sont aussi ambiguës que ses positions morales, tantôt opposé au sultan, tantôt loyal et plusieurs fois nommé Pacha de Tanger. Il sera finalement écarté par les autorités espagnoles contre lesquelles il mène une violente guérilla pendant huit ans, avant d’être vaincu par le colonel Manuel Silvestre, qui sera ensuite le grand perdant d’Anoual.

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Pendant la Première Guerre mondiale, c’est contre la présence française au Maroc qu’il décide de mener une nouvelle guerre. Il entre en contact avec les agents du gouvernement allemand pour conduire une révolte tribale contre la France. En réponse, les troupes françaises organisèrent une expédition punitive à l’intérieur de la zone espagnole en mai 1915, qui dispersa les partisans de Raisuni mais il réussit à échapper comme à chaque fois.

Finalement, c’est sa jalousie vis-à-vis de Mohammed Ben Abdelkrim qui causera sa fin. Jaloux de sa popularité croissante parmi les populations du Rif, il se soumet aux autorités espagnoles, espérant obtenir un contrôle sur le Rif par une victoire espagnole. En 1925, les partisans d’Abdelkrim attaquèrent le palais de Raisuni à Asilah, tuant la plupart de ses gardes et le capturant. Il fut déclaré mort en captivité vers la fin d’avril 1925, des suites d’une hydropisie qui durait depuis plusieurs années. Des rumeurs sur sa survie persistèrent, étant donné qu’il a plusieurs fois réapparu après avoir été donné pour mort. Même si ses exploits se sont souvent mêlés à des actes crapuleux et, si sa réputation est mitigée, beaucoup l’ont considéré comme un héros et un patriote marocain qui visait à libérer son pays à sa manière, certains comme un Robin des bois moderne, ou encore un chef tribal poursuivant sa gloire personnel, sa personnalité reste difficile à cerner ce qui fait de lui l’un des personnages les plus curieux de l’Histoire du Maroc.

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