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Pourquoi le rôle du Maroc est-il crucial ?

Pourquoi le rôle du Maroc est-il crucial ?

Le rapport d’OCPPC intitulé «Le partenariat Afrique-Europe en quête de sens» décortique le rôle de hub régional du Maroc. Il met la lumière sur l’offensive diplomatique du royaume, ses investissements et les secteurs clés pouvant consolider ce rôle, dans la perspective de renforcer son poids sur le continent.

Le rôle «spécifique» du Maroc dans les relations EU-Afrique est décortiqué dans un rapport publié récemment par OCP Policy Center (OCPPC). Du volet diplomatique, à savoir la réintégration du royaume au sein de l’Union Africaine et l’accord de principe pour l’adhésion à la CEDEAO (voir encadré), à son influence grandissante dans certains secteurs comme les énergies renouvelables et quelques écosystèmes industriels, tout est analysé à travers le prisme de cette vocation de hub régional que le Maroc est en train de renforcer. Au passage, un accent particulier est mis sur les atouts que possède le royaume pour consolider ce positionnement d’intermédiaire entre l’Europe et l’Afrique.

Atouts et avantages
Le statut avancé du royaume auprès de l’UE lui confère le rôle d’interlocuteur privilégié auprès des pays européens, un rôle qu’il peut également jouer auprès des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). C’est un des plus grands atouts que le rapport d’OCPPC met en avant, mais il ne s’agit pas du seul. Sur le volet économique, les échanges commerciaux avec l’Afrique connaissent une augmentation rapide depuis le début des années 2000. Depuis 2004, ils sont passés de 1 à 4,4 milliards de dollars en 2014. Ajoutés aux indices d’intégration régionale très élevés -l’essentiel du processus d’intégration régionale étant issu des secteurs privé et public marocains- ces échanges commerciaux sont renforcés par les investissements marocains en Afrique. En effet, «Le Maroc est devenu le deuxième investisseur africain dans le continent via des firmes multinationales telles que Saham dans la santé, Maroc Telecom, Royal Air Maroc, Attijariwafa bank, implantée dans 14 pays africains, la Banque Centrale Populaire dans les 8 pays de l’UEMOA, et également via le partenariat avec Commercial Bank of Ethiopia», lit-on sur le rapport d’OCPPC. Mieux, des groupes d’intérêt économique se sont constitués en collaboration avec des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où des joint-ventures se développent.

Des secteurs locomotives
Occupant le 15e rang mondial avec 121 entreprises, 11.000 emplois et 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires, le secteur aéronautique est donné comme exemple de secteur pouvant jouer un rôle de locomotive à l’échelle continentale. Le même rôle peut être joué, indique le rapport, par le secteur automobile, avec l’implantation des mastodontes Renault/Nissan et PSA/Peugeot. Ces deux écosystèmes ont déjà permis le développement de sous-traitants et d’équipementiers qui participent au développement des exportations. Quel lien avec l’Afrique? Le Maroc contribue déjà à desservir le marché africain à travers plusieurs plateformes basées sur son sol. Par ailleurs, avec une capacité de 1 million de tonnes d’engrais destinées au continent (Africa Fertilizer Complex), le secteur des phosphates est le plus symptomatique de ce rôle de hub régional que joue le royaume en Afrique. Jusqu’à présent, 14 filiales ont déjà été implantées, notamment au Rwanda et en Éthiopie. L’influence du Maroc s’étend également sur l’économie verte et les énergies renouvelables. Dépendant en matière d’énergies fossiles, le Maroc s’est fixé les ambitieux objectifs de produire 42% de l’électricité à partir d’énergies renouvelables en 2020 et de réduire de 32% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Perspectives
Quel effet aura ce rôle grandissant sur l’équilibre des forces en Afrique? D’un côté, cite le rapport, le poids des pays francophones en sera renforcé par rapport aux pays anglophones. De l’ autre, le Maroc concurrence d’ores et déjà certains pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Algérie, ces derniers ayant toujours eu un poids diplomatique considérable. Ce constat aura-t-il un impact positif sur le rôle de l’Union africaine? Là est la question.


Offensive diplomatique

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Le Maroc a réintégré l’Union africaine le 30 janvier 2017. Son adhésion à la CEDEAO n’est qu’une question de temps, après l’accord de principe du 51e sommet de la CEDEAO tenu à Monrovia. Ces deux grandes réussites diplomatiques ont été longuement préparées par la diplomatie marocaine. Celle-ci s’appuie sur une vision alliant «diplomatie des voyages», influence religieuse, accords de sécurité et coopération militaire et, surtout, relations économiques avec les pays africains. À l’échelle continentale, cette diplomatie change la donne et concurrence les «puissances» diplomatiques traditionnelles. En attendant l’intégration à la CEDEAO, le royaume continue de mobiliser ses efforts sur plusieurs fronts diplomatiques. Il s’agit, premièrement, des accords diplomatiques bilatéraux et d’un élargissement des alliances. «Le roi Mohamed VI a en effet effectué plus de 40 voyages en Afrique», nous rappelle le rapport. Deuxièmement, de nombreuses relations ont été mises en œuvre dans le champ religieux (mosquées, formation d’imams, confréries). Enfin, le Maroc a tissé une coopération sécuritaire renforcée avec ses homologues africains.

 

 

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