Éco-Business

Paiement mobile. Les opérateurs sont-ils prêts?

Trois ans après la première annonce, Bank Al-Maghrib et l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), viennent d’acter le lancement de la solution nationale de paiement par téléphone mobile, appelé́ officiellement «m-Wallet».


Si plusieurs banques et établissements de paiement ont déjà lancé leur solution de paiement mobile, il y a quelques mois déjà, il manquait encore un élément indispensable pour que la technologie soit véritablement déployée. En effet, une des exigences de Bank Al-Maghrib (BAM) pour le lancement de cette activité est que l’ensemble de ces solutions soient interopérables. Pour BAM, la finalité est qu’un compte de paiement constitue une première étape d’inclusion financière et un outil de familiarisation des personnes, pour la plupart non bancarisées, aux services de paiement.

«Nous avons participé depuis le début à la réflexion globale concernant ce sujet nationale de mobile payement, et avons étroitement contribué à la mise en œuvre du modèle national sous la tutelle de la Banque centrale», commente Ibtissam El Boukhari, responsable de pôle technologies, Process et organisation Groupe BMCE Bank of Africa.

Afin de lancer l’interopérabilité, d’importants développements ont été réalisés. À cet effet, il a fallu adapter technologiquement les solutions de paiement mobile aux exigences de Bank Al-Maghrib et du switch mobile. Une phase pilote avec les banques confrères a ensuite été organisée sous la supervision du switch mobile et de la Banque centrale. Comme tout projet digital, la mise en place d’un nouveau moyen de paiement présente de nombreuses complexités. Il ne tient pas uniquement à ce qui est visible de l’extérieur et qui au final doit paraître extrêmement simple pour l’usager.

«Ce dispositif a nécessité des adaptations en profondeur au niveau des plateformes, du socle technologique, et du UX design que nous avons souhaité donner à ce nouveau service…», nous révèle un des collaborateurs de la Société Générale Maroc, en charge de la solution mobile SoPay.

Au-delà du volet technologique, il a également fallu gérer la mise en place d’un nouveau business model dédié. Pour ce faire, les banques ont mobilisé des équipes projet pluridisciplinaire (marketing, commerciale, IT, développeurs…). Une démarche qui a nécessité une acculturation des collaborateurs. «L’exécution instantanée des opérations et l’interopérabilité nécessitent une adhésion et une concordance entre différentes institutions et organismes IT et financiers, pour respecter la promesse client», commente SG Maroc. Mais pas que, l’accompagnement de notre clientèle à l’utilisation de ce nouveau service s’est révélé indispensable. «Des initiatives de sensibilisation et de formation à destination de l’ensemble de nos collaborateurs ont été dispensées afin de pouvoir les préparer à répondre à toutes les questions de nos clients», souligne El Boukhari. Reste aujourd’hui, à déterminer la tarification de ce nouveau service pour ainsi susciter l’adhésion à la fois des clients et des commerçants. Les discussions sont toujours en cours.

La réglementation appellée à évoluer
Par ailleurs, BAM avait précisé que la recharge en espèces du «m-Wallet»; les paiements commerçant pour le payeur (hors paiement de factures); la consultation du solde, ainsi que la résiliation du «m-Wallet» seront des services gratuits. Quant aux coûts des SMS, de switching et de mise à disposition des GAB, ils seront convenus entre les acteurs de la place (opérateurs, switch et établissements bancaires et de paiement). La commission d’interchange sera, elle, plafonnée à 0,5% du montant de la transaction. Ceci dit, le processus d’homologation n’est pas fini et l’on peut s’attendre à ce que d’autres acteurs atterrissent sur ce nouveau marché, dont le potentiel est énorme au profit de la bancarisation des populations et la canalisation des dépôts. Ce n’est pas tout. Les banques assurent vouloir s’organiser autour de cette nouvelle activité afin de faire évoluer les habitudes de paiement de leurs clients. En dehors de ces règles de place, chaque acteur gardera la liberté de positionner son offre comme il le souhaite, et de l’enrichir des services complémentaires de son choix. Il existe, par contre, trois offres de base. Les circulaires de BAM énumèrent les types de comptes de paiement qui pourront être ouverts chez les nouveaux «établissements de paiement», nouveaux opérateurs non-bancaires qui seront habilités, en complément des établissements de crédit.

Par ailleurs, Bank Al-Maghrib a prévu une réglementation spécifique au paiement mobile dans le cadre de ses missions de surveillance et de supervision. En effet, un cadre légal strict a été mis en place par Bank Al-Maghrib afin de normer les règles de sécurité, d’utilisation du moyen de paiement et de gestion opérationnelle entre les acteurs du dispositif. «Le cadre légal est encore amené à évoluer. Ces services ouvrent notamment le débat sur la signature électronique ou la vente à distance, mais la réglementation du régulateur évolue aussi constamment pour permettre à la transformation digitale de prendre toute son ampleur», assurent les collaborateurs de SG Maroc. Même son de cloche pour BMCE Bank : «ce cadre permettra un démarrage dans de bonnes conditions… Bien évidemment, ce cadre légal et opérationnel évoluera avec l’usage réel et s’adaptera dans le temps afin de régler tout point de détail permettant de garantir un niveau de service optimal et une expérience fluide pour les différents utilisateurs tant finaux que banques et établissements de paiement . Maintenant au-delà du cadre légal, la réussite du modèle dépend aussi de l’adhésion de l’ensemble des acteurs économiques: c’est le cas des organismes de protection sociale pour le paiement des allocations et pensions par exemple, des grands distributeurs agroalimentaires, …etc.». D’ici 5 ans, BAM table sur un marché de 6 millions d’utilisateurs et 51.000 agents/commerçants, pour 1,3 MMDH de transactions. 

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