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Nezha El Ouafi: «Une stratégie nationale des Marocains du monde s’impose»

Nezha El Ouafi: «Une stratégie nationale des Marocains du monde s’impose»

Les priorités, dans la gestion du dossier des MRE, sont la poursuite de la réforme consulaire et la mobilisation des compétences. Sur le plan économique, une évaluation du fonds MDM Invest est en cours. Des rencontres régionales entre les investisseurs MRE et les secteurs concernés sont dans le pipe. Nezha El Ouafi, ministre déléguée chargée des Marocains résidant à l’Étranger, fait le point.

Ne pensez-vous pas que les mesures mises en place pour inciter les MRE à s’orienter vers l’investissement productif soient insuffisantes ?
Je tiens en premier lieu à planter le cadre général de la gestion du dossier des Marocains du monde, qui repose sur l’efficacité et la bonne gouvernance. En tête des priorités figure en effet le chantier de la convergence des efforts de tous les intervenants concernés par ce dossier. Il apparaît clairement que la promotion des investissements des MRE passe inéluctablement par la dimension de la convergence. À ce titre, la coordination avec les ministères concernés est en cours pour atteindre les objectifs escomptés.

Cette convergence n’était-elle pas à l’ordre du jour, auparavant ?
Il y avait certaines initiatives. Je pense que la convergence est capitale pour la réussite de la gestion du dossier des Marocains du monde dans toutes ses dimensions. Elle va permettre la facilitation et la simplification des procédures ainsi que la lutte contre les dysfonctionnements qui freinent l’investissement des MDM. Il s’agit du cadre général de notre action. La commission technique interministérielle se réunira le 21 février sur cette base-là. Plusieurs acquis et initiatives sont enregistrés sur le plan de la coordination institutionnelle. C’est un volet important auquel je prête une grande attention.

Les mesures actuelles sont-elles suffisantes pour donner un coup de fouet aux investissements des MRE au Maroc ?
Il est grand temps d’évaluer les mesures institutionnelles, à commencer par le fonds MDM Invest qui visait -à un certain moment- la rentrée des devises au Maroc. L’identité de ce fonds doit être discutée si on veut passer à un investissement productif. Il faut prendre en considération plusieurs volets dont l’expérience et le parcours brillant des investisseurs marocains qui ont réussi à créer une dynamique au sein de l’environnement difficile où ils évoluent dans les pays d’accueil. La direction en charge de ce dossier au sein de notre ministère a déjà tenu trois réunions pour évaluer ce mécanisme. Cette évaluation prendra en considération toutes les conditions dont celles ayant trait à l’environnement des affaires et à l’investissement au Maroc. Nous devrions être prêts pour le projet de loi de Finances 2021. Nous allons prendre en considération les propositions des Marocains du monde pour améliorer le rôle de ce fonds. Après 10 ans, un bilan s’impose.

Depuis des années, les MRE revendiquent leur participation politique en tant que citoyens à part entière. Qu’est-ce qui empêche la satisfaction de cette requête ?
La participation politique des Marocains résidant à l’étranger est tranchée sur le plan constitutionnel. La participation électorale est réglée au niveau technique à travers l’inscription sur les listes électorales et le vote. Il reste les différentes formes de participation comme la création des circonscriptions dans les pays de résidence. C’est un débat qui nécessite de réunir le consensus de tous les partenaires politiques. Il sera posé lors de la discussion des lois électorales.

Pensez-vous que la stratégie du ministère réponde aux besoins de tous les MRE, indépendamment de leur environnement ?
Certaines priorités concernent tous les Marocains du monde, dont le projet de réforme consulaire, lancé suite au discours royal en 2015. Le ministère des Affaires étrangères se consacre au renforcement et à l’accélération de ce chantier qui est marqué par nombre d’acquis et de grandes avancées. À titre d’exemple, le délai d’obtention du passeport pour les Marocains du monde est inférieur à celui observé au Maroc. On note aussi une grande avancée en matière d’octroi de la carte d’identité nationale. Une commission s’attelle à l’accélération de ce chantier. L’objectif est de promouvoir la digitalisation, à terme, de la plupart des prestations de services, et la dématérialisation des différentes procédures d’obtention des documents administratifs.

Où en est, justement, ce chantier de digitalisation ?
Ce chantier est en cours. Je considère qu’il s’agit de la question la plus importante pour les Marocains du monde en vue de la satisfaction de leurs besoins. Nous voulons augmenter le nombre d’organismes et de représentations consulaires pour que le niveau administratif soit «normal», et ainsi passer au renforcement de leurs rôles culturel, économique et social. Notre approche, au sein du ministère des Affaires étrangères, porte d’une part sur l’accélération et le renforcement du système administratif pour simplifier les procédures au profit des Marocains du monde et, d’autre part, sur la promotion du volet culturel, social et économique. C’est la priorité des priorités. Les conditions sont réunies pour la réussite de ce chantier au cours de l’actuel mandat gouvernemental.

Quel est l’état d’avancement du nouvel outil de communication avec les MRE ?
Les requêtes émanant des MRE concernent plusieurs points comme la justice, le Code de la famille, l’immobilier… Ces requêtes sont en constante augmentation. Après l’adoption du décret du gouvernement relatif à la plateforme des réclamations «chikaya.ma», qui impose une réponse dans un délai de 15 jours, nous avons travaillé sur un système complémentaire et intégré pour la réception et le traitement des requêtes dont une partie est digitale. Un portail dans le cadre de la plateforme «Chikaya.ma» sera dédié aux Marocains du monde. Ce travail est effectué par notre direction de l’action sociale et l’Agence de développement du digital (ADD), et sera sanctionné par la signature d’un accord commun entre l’agence et le ministère délégué. Ce portail permettra de répertorier les requêtes de sorte à faire un bilan périodique et pouvoir rectifier le tir le cas échéant. Ainsi, la commission technique interministérielle tiendra ses réunions sur la base d’une vision claire basée sur des données concrètes. À notre niveau, on a déjà un système de réception et de traitement des requêtes ainsi que de réponse.

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À quand l’opérationnalisation de ce système ?
Nous projetons son opérationnalisation vers fin février. Pour introduire des changements au niveau de la plateforme «chikaya.ma», il faut amender la décision du département de la Réforme de l’administration. Il faut aussi une circulaire du chef de gouvernement pour que tous les secteurs répondent à l’exigence de réponse dans un délai de 15 jours. Une grande partie de cet outil vise le développement de la communication avec les Marocains du monde. Un volet sera dédié à l’accompagnement judiciaire et juridique, comme au Code de la famille, à la perte des papiers… Ce sera aussi une interface permettant de faire la lumière sur les chantiers ouverts par notre pays au cours des deux dernières décennies. Le site donnera un coup de fouet à la convergence escomptée.

«Fini, le temps des rencontres. J’ai décidé de passer
à l’institutionnalisation, à l’efficacité et à des réponses concrètes.»

Plusieurs rencontres se sont tenues avec les MRE et des réseaux ont été créés, sans que les résultats soient pour autant à la hauteur des aspirations. Ne faut-il pas changer d’approche ?
Nous avons trois priorités: l’accélération effective du chantier de la réforme consulaire, le renforcement du volet culturel ainsi que la mobilisation des compétences marocaines vivant à l’étranger. Les Marocains du monde ont des profils intéressants et affichent la volonté de contribuer au développement du royaume. Il s’avère aussi essentiel de prendre en considération le volet de la migration des compétences du Maroc à l’étranger. L’approche doit en effet englober les deux volets. Une stratégie nationale des Marocains du monde s’impose. Elle ne doit pas uniquement revêtir la forme de rencontres. D’ailleurs, fini, le temps des rencontres. J’ai décidé de passer à l’institutionnalisation, à l’efficacité et à des réponses concrètes aux différents volets de ce dossier.

Comment allez-vous atteindre cet objectif ?
Outre le projet de stratégie, des commissions gouvernementales se penchent sur le dossier des MRE. L’une d’elle, composée de notre secteur et de celui du tourisme, œuvre à l’élaboration d’un programme opérationnel pour la promotion de ce dernier qui doit aussi passer par les compétences MRE. Il s’agit d’établir un diagnostic et de procéder à la recherche de ces compétences. Une autre commission, constituée du ministère de l’Enseignement supérieur, s’attache à la révision du programme «Fincom» pour bénéficier des compétences marocaines à l’étranger, échanger les expériences et ouvrir la voie au financement. Il s’agit, à titre d’exemple, de la conclusion des partenariats avec des laboratoires en se fixant des objectifs chiffrés. On va lancer l’Académie «MRE» pour dispenser des sessions de formation à nos étudiants et renforcer leurs capacités. En 2021, Fincom sera révisé de fond en comble. Nous allons aussi lancer «Maghribcom», plateforme digitale de partage de l’information et de communication pour permettre l’identification des MRE au niveau de l’ambassade de chaque pays. Des programmes institutionnels sont en vue pour les secteurs de la santé, de l’enseignement et du tourisme. Je projette de travailler avec d’autres secteurs. À cela s’ajoute un travail de fond sur l’investissement. Nous voulons lancer au moins trois plateformes digitales régionales pour réunir les investisseurs d’ici et d’ailleurs en vue d’échanger sur les investissements, de nouer des partenariats win-win et de prendre contact sur place avec les secteurs concernés. Ma priorité consiste à passer à l’action.

Propos recueillis par: Jihane Gattioui

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