Maroc

Nawal Chraibi: comment accélérer le « Made in Morocco »

La crise du coronavirus a prouvé que le «Made in Morocco» devient un impératif pour l’avenir économique de notre pays. La Directrice générale de MAScIR détaille sa vision de ce projet national ainsi que l’engagement de la fondation pour le développer. 

Quels sont, selon vous, les éléments clés pour le développement du «Made in Morocco» ?
Comme le dit l’adage, «la nécessité est mère de l’invention». Il aura fallu une crise sanitaire mondiale, marquée par de lourdes incertitudes, et un climat d’anxiété pesant sur le Maroc pour que les énergies se mobilisent, fédèrent leurs efforts, proposent et mettent au point des solutions innovantes et efficaces pour faire face à cette pandémie. Ces solutions «Made in Morocco» démontrent que nous avons un potentiel et des capacités non exploités. Ce potentiel est créateur d’emplois et de valeur ajoutée et contribue à renforcer notre souveraineté nationale. Pour la mise en place du «Made in Morocco», il est impératif de développer cette brand au niveau des entreprises, des entrepreneurs et de la société à travers des mesures d’appui et d’encouragement pour faire valoir nos compétences locales et accroître la confiance mutuelle entre acteurs. Des campagnes de sensibilisation des consommateurs peuvent expliquer les enjeux et l’importance de consommer «Made in Morocco» et conduire à baisser l’importation de produits à faible valeur ajoutée. Au Maroc, nous avons tendance à importer de nombreux produits alors que nous sommes capables de les fabriquer. La préférence nationale ne doit plus être théorique mais appliquée au quotidien par l’acheteur marocain, public ou privé. La commande publique doit, à ce titre, montrer l’exemple en privilégiant les produits fabriqués au Maroc et offrir un terrain d’expérimentation des projets de R&D menés par les universités et centres de recherche. La R&D et l’innovation ont un rôle primordial à jouer pour construire et alimenter le «Made in Morocco». La commande publique doit encourager la recherche et le développement (R&D) et les entreprises qui s’inscrivent dans la valorisation des résultats de la R&D marocaine.


Quelle a été la contribution de la Fondation MAScIR à la R&D, surtout en cette période de crise ?
À l’instar des structures de recherche au niveau mondial, nous avons, au sein de MAScIR, une cellule de veille technique et scientifique qui a parfaitement joué son rôle dès le début de la pandémie. Dès l’apparition des premiers cas au Maroc, MAScIR a initié une réflexion en interne pour identifier les projets de R&D susceptibles d’être lancés. Nous les avons classés en deux catégories. Une première catégorie a regroupé les projets à court terme (ou «Quick win») et une deuxième des projets à moyen et long termes. Parmi les «Quick Win» figure le projet de mise au point et d’optimisation d’un Kit MAScIR RT-qPCR SARS COV2 s’appuyant sur notre expertise cumulée au cours des 10 dernières années. Comme annoncé précédemment, nous en avons déjà produits 10.000 à fin juin. Il y a également eu des projets de production de visières et de solutions hydroalcooliques pour un usage au niveau interne. Un autre projet mené avec DXC-CDG vise à développer une solution marocaine de contrôle de la température associé à la reconnaissance faciale. Dans la catégorie 2, nous avons d’autres projets innovants pour la lutte contre la Covid-19 autour desquels nous communiquerons ultérieurement.

Quels sont les différents projets sur lesquels vous travaillez justement pour développer des innovations «Made in Morocco» ?
La Fondation MAScIR vise la promotion et le développement de pôles de recherche technologique dans les domaines des matériaux et nanomatériaux, de la biotechnologie, de la microélectronique et des sciences de la vie. Ses travaux sont orientés vers la recherche appliquée et l’innovation pour répondre aux besoins du marché. Ses relations avec les entreprises se sont renforcées au fil des années. MAScIR compte aujourd’hui à son actif pas moins d’une centaine de contrats R&D avec les entreprises nationales et étrangères. Le Groupe OCP étant de loin le premier partenaire de MAScIR. COSUMAR, les Domaines agricoles, MASEN, ONCF, ONEE, ADM, Lesieur Cristal, Africable, Éléphant vert, Jet Contractor, Lear, ZODIAC, EFFACEC, Thales, CEA et Si Ware sont quelques-uns des organismes et industries qui ont fait confiance à MAScIR. Cette dernière a répondu avec efficacité à leurs besoins en R&D et Innovation. Dans le domaine de l’agriculture, MAScIR a développé de nouveaux biofertilisants à base de micro-algues marocaines, un analyseur de sol, un analyseur portable d’huile d’olive… Dans le domaine de la santé, MAScIR a mis au point des kits à bas coût de détection des maladies prévalentes au Maroc, kits qui ont été validés à l’échelle internationale. L’équipe biomédicale travaille également au développement de biosimilaires 100% locaux. Dans le domaine du transport et de l’agro-industrie, MAScIR a réalisé des dispositifs et conçu des logiciels pour le traitement d’images dans le cadre de la promotion de l’industrie 4.0 au sein de l’industrie marocaine. Dans le domaine de l’énergie, MAScIR a développé une expertise reconnue à l’échelle internationale dans la thématique de la durabilité des matériaux. Cette expertise concerne entre autres les miroirs solaires et les panneaux photovoltaïques. La fondation accompagne l’Agence marocaine pour l’énergie solaire (MASEN) dans cette thématique. Enfin, MAScIR s’est également investie dans les technologies du futur. Elle dispose d’un laboratoire unique au Maroc dans le domaine de l’optique photonique. Ce dernier mène des recherches de haut niveau dans le cadre d’un réseau international (pays européens, Japon, Afrique du sud). Les nanomatériaux font aussi partie des projets de recherche menés par les chercheurs de MAScIR visant la valorisation des minerais marocains. Certains de ces projets font l’objet de start-up telles que Moldiag (diagnostic moléculaire) ou Agriscan (agriculture de précision). D’autres start-up sont dans le pipe; elles seront créées d’ici la fin de l’année.

Dans le domaine de l’innovation, le Maroc a parcouru un bon bout de chemin. Que reste-t-il à faire?
Selon l’Indice mondial 2019 de l’innovation (GII), publié le 24 de cette même année, le Maroc occupe la 74e place sur 129 économies évaluées et se classe au 3e rang en Afrique et au 9e rang parmi les 26 économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Par ce classement, le royaume gagne deux places par rapport à l’année précédente. Nous pensons qu’un état des lieux actualisé et un diagnostic de l’existant en matière de R&D (cités de l’innovation, clusters, centres techniques et agences de moyens) pourraient conférer une meilleure visibilité pour que, dans un deuxième temps, nous puissions asseoir une stratégie nationale pour la R&D et l’innovation à horizon 5-10 ans, définir les niveaux de la R&D ainsi que les attentes. Enfin, sensibiliser les décideurs à sur l’importance et la pertinence d’allouer des budgets/subventions de financement de la R&D comme facteur clé du développement des États.

Quelle est votre feuille de route pour l’avenir, et comment comptez-vous ancrer le concept du «Made in Morocco» dans la culture des profils que vous accompagnez ?
L’ancrage du concept «Made in Morocco» passe par l’inscription dans un processus d’amélioration continue des produits et solutions développés au Maroc. La mise en valeur de ces produits et la valorisation des innovations et des résultats de la recherche doivent s’inscrire dans une vision politique nationale. La feuille de route de la Fondation MAScIR pour l’avenir vise à atteindre ses objectifs de promotion et de développement au Maroc des pôles de recherche et de développement technologique répondant aux besoins du marché dans les secteurs de la nanotechnologie, la biotechnologie, la technologie numérique, la microélectronique, les sciences de la vie et de toute autre technologie avancée.

Comment y parvenir ?
Afin d’ancrer le concept du « Made in Morocco » auprès de nos partenaires, nous aspirons à servir en tant que support de développement pour les secteurs technologiques avancés cités ci-dessus; conclure des partenariats et servir de lien entre l’industrie et les structures académiques; favoriser l’émergence d’entreprises innovantes à partir des développements technologiques réalisés; produire du savoir et savoir-faire local; créer des emplois et développer des produits à forte valeur ajoutée et à coût maitrisé; attirer et rapatrier au Maroc des membres de la diaspora marocaine des scientifiques et freiner la fuite des cerveaux; lever des verrous technologiques à travers le reverse engineering; répondre aux enjeux et défis de l’avenir à travers la montée en compétences et en expertise sur les technologies du futur; contribuer à la transformation des esprits auprès de la jeunesse marocaine et préparer la relève; attirer des investissements et se positionner comme un hub africain de la R&D.

SANAE RAQUI / Les inspirations ECO






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