Culture

Mostra 2020 : trois films à ne pas rater !

«Pieces of Woman»
ou le deuil impossible

Comment faire le deuil d’un enfant mort-né ? Tel est le sujet difficile à raconter des Hongrois Kornél Mundruczó et Kata Weber. La scénariste, ayant vécu cette expérience douloureuse, transpose son sentiment sur le papier. Et c’est extrêmement précis et bouleversant. Dès les premières scènes, le spectateur est plongé dans le décor : un plan-séquence suit le début des contractions, la perte des eaux et surtout l’accouchement. On souffre avec la mère, on compatit à la peur du père, on n’envie pas la sage-femme. Et pour cause, après ces quelque vingt minutes d’accouchement douloureux, le bébé meurt dans les bras de sa mère. Comment survivre à ce drame quand tout le monde a pitié, tout le monde juge, personne ne comprend vraiment ? Et surtout à qui incombe la faute ? Tout le monde pointe du doigt la sage-femme qui risque cinq ans de prison. «J’ai eu peur de ce rôle, mais je l’ai trouvé très challengeant et c’est ce que je recherche dans mon métier», confie l’actrice principale, Vanessa Kurby, bluffante dans le rôle de Martha, inconsolable et silencieuse, presque muette. Un jeu subtil dans l’émotion, les expressions, le silence. Tout le contraire de son mari, campé par l’excellent Shia Laboeuf qui a besoin de pleurer, crier, boire, sombrer. Un duo magnifique à l’écran sublimé par l’interprétation tout en délicatesse et pleine de charisme de la grande Ellen Burstyn en mère poule et souvent cruelle. «Cette femme aime sa fille malgré tout et ne comprend pas pourquoi elle ne se bat pas pour que justice soit faite. Elle se projette en sa fille et a peur pour elle.» J’ai adoré jouer la mère d’une actrice aussi talentueuse que Vanesse Kurby», ajoute Ellen Burstyn. Le film est fort d’emblée. Il s’essouffle et c’est dommage. La fin a presque des allures de téléfilm. La tension émotionnelle n’est plus là, il y a trop de bavardage. Mais le caractère intimiste du film et le sujet touchent forcément. Si le film de Kornél Mundruczó et Kata Weber a peu de chances de remporter un prix même si la présidente du jury Cate Blanchett ne restera pas insensible au sujet, Vanessa Kurby pourrait repartir avec le prix de la meilleure performance haut la main. Affaire à suivre.


«One night in Miami »
Les prémices du «Black Lives matter»

One night in Miami ou la nuit qui fera tout basculer, où l’heure du «Change is gonna come» a sonné… du moins c’est l’espoir porté par Sam Cook, Cassius Clay, Jim Brown et Malcom X, héros de ce film adapté d’une pièce de théâtre de Broadway. La mise en scène presque linéaire laisse place à la force du texte, et à la force du jeu de Kingsley Ben-Adir, Eli Goree, Aldis Hodge et Leslie Odom Jr., qui sont incroyables de justesse et d’humanité. Cela pose la question si actuelle du choix des artistes, de la responsabilité de la célébrité : doit-on être engagé et utiliser son art à bon escient ? Black lives really matter? La nuit où Sam Cook passe de Mr. Soul à Mr. Change, la nuit où Cassius Clay devient Mohamed Ali, la nuit où Jim Brown change de carrière, la nuit où Malcom X sait qu’il va mourir. Regina King propose un film de toute beauté, fluide et sincère, profond et sans jamais trop en faire. Un film nécessaire, où les larmes montent forcément quand la chanson tant attendue arrive. Et que dire de la fin si ce n’est qu’elle est parfaite.

«The Wasteland »
L’Iran, toujours un cran au-dessus !

D’entrée de jeu, le cinéma iranien séduit par son style, son courage, sa délicatesse. Tel est le cas d’Ahmad Bahrami, qui signe The Wasteland, une oeuvre de toute beauté et habitée par un passé qu’il a peu connu. Le film, tourné en noir et blanc, d’une esthétique maîtrisée sans jamais essayer de nous détourner d’une histoire si bien écrite. «J’ai voulu rendre hommage à mon père qui a travaillé toute sa vie dans une usine et qui s’est vu remercié après trente ans de bons et loyaux services», confie le réalisateur. Il signe une fresque gracieuse et dure à la fois, filmée en plusieurs longs plans séquences pour vivre la lassitude et le poids d’un ouvrier dont l’usine est sur le point de fermer. Un travail proche de celui de Bela Tard et de Abbas Kiarostami. Un film porté par des acteurs puissants, tels que Ali Bagheri, Farrokh Nemati, Mahdieh Nassaj, Touraj Alvand ou encore Majid Farhang. «Depuis que j’ai eu envie de faire du cinéma, je me suis toujours dit que je raconterais l’histoire de mon père, pour rendre hommage à tous ces travailleurs de l’ombre qui ont contribué à faire de notre civilisation, ce qu’elle est aujourd’hui.» Pari réussi pour le réalisateur iranien qui offre à la section Oronzontti de la 77e édition de la Mostra de Venise un des films les plus forts de cette année.

Jihane Bougrine  / Les Inspirations Éco

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