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Migrants subsahariens : Ce que révèlent les chiffres

Migrants subsahariens : Ce que révèlent les chiffres

Migrants devant le Bureau des étrangers à la Wilaya de Rabat-Salé-Kénitra, le jour du lancement de l’opération de régularisation le 16 décembre 2016.

Travail, revenus, niveau d’éducation des migrants subsahariens régularisés depuis 2013… une étude passée inaperçue tord le cou aux clichés dont pâtit cette population et définit sa place dans l’économie.

«La majorité des migrants n’est pas entrée clandestinement au Maroc à la suite d’un parcours compliqué impliquant plusieurs pays. La majorité y est entrée par un simple déplacement et sans difficultés». C’est la principale conclusion de l’étude «Les migrants subsahariens au Maroc: enjeux d’une migration de résidence», réalisée par l’Université internationale de Rabat (UIR) avec le soutien de la Fondation allemande Konrad Adenauer (KAS). Cette enquête de terrain réalisée par une équipe de quatre chercheurs (Fouzi Mourji, Jean-Noël Ferrié, Saadia Radi et Mehdi Alioua)   présente la migration subsaharienne sous un jour différent, loin des clichés sur une mobilité souvent réduite aux grillages et aux malheurs. «Les migrants n’ont pas été poussés sur la route par un impératif de survie mais par la volonté d’améliorer leur situation. Ce choix s’inscrit ainsi assez logiquement dans la continuité de leurs études», remarquent les auteurs.La méthodologie de l’enquête est quantitative et qualitative. La première étape a été conduite durant l’automne 2015 et l’hiver 2016. Elle s’est déroulée à Casablanca, Mohammedia, Rabat, Salé et Tanger. Elle a porté sur 1.453 migrants régularisés issus de plus de 11 pays subsahariens. La deuxième s’est déroulée sous forme de 25 entretiens avec des migrants régularisés.

Âge et durée du séjour
Très majoritairement des hommes, les migrants subsahariens sont généralement jeunes (28 ans). Vu la moyenne d’âge, la plupart (74,29 %) des migrants sont célibataires. 17,95% des mariés vivent loin de leur conjoint.  

Niveau d’éducation
Le niveau d’éducation des migrants est manifestement élevé: presque la moitié d’entre eux ont suivi des études supérieures:«une partie d’entre eux sont des étudiants et la migration requiert des ressources financières».Une forte proportion (88%) des migrants arrive déjà diplômée de leur pays d’origine.

Branches d’activité
L’emploi de cette population est réparti entre les branches de l’artisanat (5%), les BTP (9%), le commerce (34%) et les services (54%). Ces emplois sont dominés par le secteur informel. 79% des emplois des migrants relèvent de l’informel! Ce sont les services et le commerce qui concentrent ce type d’activités. Précision des auteurs: «16 % des interrogés bénéficiaient d’un emploi salarié. Ces migrants travaillent en majorité dans le secteur informel». Cela montre que l’objectif de départ, celui «d’améliorer son niveau de vie», n’est pas encore à portée de main de la population vivant du secteur informel.

Revenus
57,95% des revenus de la population interrogée sont inférieurs ou égaux au revenu marocain moyen (2.413 DH/mois). La plus grande proportion de ceux-ci étant, en fait, clairement inférieure à ce dernier; 42,04 % sont, en revanche, supérieurs ou égaux au revenu moyen. Les faibles revenus peuvent mener à un recours aux familles dans les pays d’origine. «Pour nombre d’entre eux, contrairement à la tendance consistant à envoyer de l’argent vers le pays de départ, ce sont les proches qui y demeurent qui leur portent secours», soulignent les auteurs. Ces difficultés économiques se trouvent renforcées par une problématique bien marocaine: celle de l’adéquation formation-emploi. 50% des migrants déclarent que leur activité actuelle n’est «pas du tout» adaptée à leur formation. Une difficulté bien marocaine, donc, semblable à celle rencontrée par les jeunes diplômés marocains. 

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«La migration de résidence est une réalité»

Mehdi Alioua
Sociologue- ’Université internationale de Rabat

Cette étude avait pour but de faire le bilan de la campagne de régularisation exceptionnelle des migrants, lancée entre en septembre 2013 et décembre 2014. Pour cette raison, notre échantillon se compose exclusivement de migrants ayant fait la demande de régularisation en 2013 et ont réussi à obtenir leurs cartes de séjour. Notre enquête a permis de confirmer certaines hypothèses. En premier, l’existence d’une migration de résidence chez les Subsahariens, mais que personnes ne voulait voir. Cette forme de mobilité est une réalité. Et les chiffres de notre étude sont sans appel. Ces migrants sont majoritairement des jeunes hommes diplômés, entrés au Maroc de manière régulière et avec la volonté d’améliorer leurs conditions de vie. Leur arrivée sur le territoire est le fait d’accords de libre circulation entre le Maroc et des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Deuxième conclusion, une partie de ceux qui se trouvent en séjour irrégulier au Maroc et qui veulent aller dans d’autres pays n’ont pas fait de demandes de régularisation. Notre troisième conclusion, c’est que le Maroc dispose d’une politique migratoire pour la régularisation et l’accueil des nouveaux arrivants mais pas encore de politique d’intégration. Les personnes interrogées affichent leur satisfaction d’être régularisées car cela leur offrent une protection face aux contrôles policiers mais regrettent que cette régularisation ne se traduit pas encore par une amélioration de leurs conditions de travail.   

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