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Maroc-Burkina faso : L’agriculture au cœur de la coopération

Maroc-Burkina faso : L’agriculture au cœur de la coopération

Alpha Barry 
Ministre des Affaires étrangères, de la coopération et des Burkinabè de l’extérieur 

Au Burkina Faso, le nouveau gouvernement souhaite renforcer les échanges commerciaux avec le Maroc en faisant de l’agriculture un secteur prioritaire de la coopération avec Rabat. Dans cette interview, Alpha Barry, le nouveau chef de la diplomatie burkinabè fait le bilan des relations bilatérales avec le royaume et énonce son programme pour un rayonnement international du pays des «hommes intègres».

Les Inspirations ÉCO : Le chef de la diplomatie marocaine est attendu demain à Ouagadougou. Quelles appréciations faites-vous des relations entre le Maroc et le Burkina ?
Alpha Barry : Le Burkina et le Maroc entretiennent d’excellentes relations. Le Maroc est très présent dans plusieurs secteurs économiques au Burkina Faso. En plus des banques avec CBAO Attijariwafa bank, BOA, et Banque Atlantique, les entreprises marocaines s’activent également dans les assurances avec Saham, ou encore dans l’immobiliser et la cimenterie à travers le groupe Addoha. Notre objectif est à présent de renforcer les investissements et les échanges. D’ailleurs, nous comptons négocier avec le Maroc pour la suppression du visa d’entrée entre les deux pays. Car, il faut rappeler que les citoyens burkinabè sont les rares de la sous-région qui sont obligés d’avoir un visa pour entrer au Maroc. Je pense que les échanges peuvent se renforcer davantage si nous parvenions à supprimer le visa entre nos deux pays. Nous considérons le Maroc comme un partenaire important à la fois sur le plan politique mais aussi économique.

Au Burkina, quels secteurs ont le plus besoin d’investissements, notamment de la part des entreprises marocaines ?
L’agriculture est le secteur qui nous intéresse le plus. Nos pays ont de nombreuses similitudes, comme par exemple la rareté des pluies. Malgré tout, le Maroc a réussi à développer une agriculture performante, qui assure les besoins du marché marocain et exporte vers l’étranger. Ce développement agricole démontre le travail important qui a été fait au Maroc. Aujourd’hui, le Burkina a besoin de suivre le même chemin. Nous comptons ainsi nous inspirer de l’expérience marocaine afin de parvenir à la modernisation de notre agriculture. Cela dit, je rappelle que nos deux pays collaborent déjà depuis 15 ans sur les techniques de provocations des pluies artificielles.

Plus concrètement, comment peut se dessiner cette coopération agricole ?
Nos partenaires marocains peuvent nous aider dans la mise en place d’aménagements agricoles. Le Burkina en a besoin et l’expérience marocaine serait bénéfique à ce niveau. Notre objectif est de faire de l’agriculture un sectaire prioritaire de notre coopération bilatérale.

Vous avez récemment pris les rênes de la diplomatie burkinabè, quelles sont vos priorités?
Nous œuvrons, avant tout, pour une politique de bon voisinage avec les pays de notre sous-région. Cette bonne entente n’a pas toujours été le cas avec tout le monde. Nous comptons aussi mutualiser nos forces pour faire face aux grands défis auxquels la région fait face, aussi bien en Afrique de l’Ouest que centrale. Les défis sécuritaires figurent parmi ces préoccupations, ainsi que le développement, car de nombreux projets incubateurs sont menés et impliquent plusieurs pays. Notre objectif est également d’accéder à de nouveaux marchés, en nouant de nouveaux partenariats. C’est dans ce sillage que nous venons de signer récemment un accord pour l’établissement des relations diplomatiques entre le Burkina et le Turkménistan, un pays d’Asie centrale. Il s’agit d’une ouverture à cette région où nous étions jusque-là absents.

Le volet économique est donc au centre de votre action…
Il figure parmi nos priorités. L’objectif est d’intéresser davantage d’investisseurs afin d’accroitre les investissements dans notre pays. Le nouveau gouvernement est venu avec de nouvelles ambitions afin de répondre aux nombreuses attentes de la population, notamment de la jeunesse. Notre jeunesse réclame des emplois et a manifesté dans la rue pour plus d’équité et de justice sociale. Il y a donc un gros travail à faire à ce niveau. Pour offrir des emplois, il faut des investissements et de la production. Cela ne peut se faire qu’en attirant les investisseurs, notamment étrangers, car l’investissement national ne suffit pas. Le Burkina est à la fois intéressé par des investissements privés et publics.

Qu’en est-il de la coopération internationale ?
Les grands dossiers de notre diplomatie ont trait à la coopération avec les partenaires internationaux du Burkina Faso. Dans la nouvelle configuration du gouvernement burkinabè, le ministère des Affaires étrangères s’occupe de l’ensemble des aspects liés à la coopération internationale. Auparavant, cela se limitait davantage à la coopération régionale au niveau de l’Afrique. Tout un département s’occupe de ce volet, c’est la raison pour laquelle nous renforçons notre présence dans les différents événements importants à travers le monde, à l’instar du dernier Conclave Inde-Afrique à [tenu les 14 et 15 mars] à New Delhi.

Comment les pays de la région ouest-africaine entendent-ils faire face aux menaces sécuritaires ?
Certains pays de la région ont formé le G5. C’est un cadre qui regroupe le Burkina, le Mali, la Mauritanie, le Niger, et le Tchad. À travers ce G5, des bataillons sont en préparation pour participer à la lutte contre l’extrémisme dans la sous-région. Une réunion des ministres de la Défense et des chefs d’État majors des armées des pays membres s’est ténue récemment à N’Djaména, au Tchad. En fin janvier également, lors du dernier Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, une autre rencontre avait été consacrée à la sécurité. Il y a une urgence à mettre en place l’ensemble de ces forces et à combattre les groupes jihadistes et surtout, leurs sources de financement. Les différents trafics qui ont lieu dans la partie Sahélo-saharien de l’Afrique en font partie et il faudrait y mettre fin. En plus, l’attaque du Grand-Bassam en Côte d’Ivoire a considéré un signal fort de l’expansion de ces groupes au-delà de la bande sahélienne. La mutualisation des forces est une nécessité. Cette lutte ne doit pas uniquement impliquer les pays de la zone, mais aussi ceux qui ne sont pas encore concernés par le phénomène du terrorisme comme le Maroc.

Justement en parlant du Maroc, pensez-vous pouvoir développer une coopération sur le plan sécuritaire ?
Le Maroc est un grand pays sur le plan militaire, mais surtout dans le domaine du renseignement. Nous aimerions effectivement bénéficier de l’appui de nos partenaires marocains. Ils ont une bonne connaissance de la région sahélo-saharienne, ainsi que des modes opératoires de ces groupes opérant dans cette partie du continent. Nous comptons énormément sur cette coopération et ce, à plusieurs niveaux : militaire, renseignement, surveillance du territoire, etc.

Qu’en est-il de l’échange des renseignements entre pays de la région ?
Nous échangeons dans le domaine des renseignements de façon bilatérale, mais il urge désormais de passer à un cadre multilatérale. 


 

Rebond de la croissance en 2016

La croissance économique du Burkina a été pénalisée en 2014 et 2015 par la chute des prix des matières premières. En 2016, elle devrait « rebondir » à 5,3%. Cette croissance est essentiellement le fruit de la production de l’or et du coton, qui représentent plus de 80 % des recettes d’exportations. Malgré les prix modérés, la production d’or a de fortes chances de maintenir sa cadence soutenue grâce à la délivrance de plusieurs permis d’exploitation à des sociétés étrangères. Ce qui laisse envisager un début de production de ces mines au cours de 2016. En outre, la création de trois pôles de croissance, après la réussite de celui de Bagré, devrait permettre de lancer de nouvelles activités favorisant la diversification de l’économie et d’attirer des investissements. Néanmoins, le manque d’infrastructures pénalisera toujours l’activité, en raison d’une production et distribution d’électricité très restreintes. La poursuite des investissements publics, soutenus par les nombreux projets de la Banque mondiale, devrait en partie s’atteler à la réhabilitation et l’extension du réseau électrique. Enfin, la stabilisation de la situation politique pourrait favoriser un retour progressif des investissements privés.

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