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Marché du travail & Etat d’urgence: l’analyse du SG de l’UMT

Le chef de gouvernement s’est engagé à se concerter avec les centrales syndicales avant de prendre toute décision ayant trait au marché du travail. Cet engagement, très attendu après les décisions «unilatérales» de l’Exécutif, est salué par Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT), première centrale syndicale au Maroc. Le chef de file de l’UMT critique le manque de représentativité des syndicats au sein du Comité de veille stratégique alors que ceux-ci auraient pu améliorer les mesures décidées, à l’instar des modalités de soutien financier aux salariés. Des plans sociaux s’imposeront une fois la crise passée.

Quelle est la responsabilité des syndicats en pareille conjoncture ?
Une grande responsabilité incombe au mouvement syndical en cette période de crise. Nous devons encadrer la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs pour assurer la continuité de l’activité économique, participer à l’effort national de lutte contre le Covid-19 et développer la solidarité entre les différentes catégories de salariés. Il s’agit aussi d’alerter le gouvernement sur les problèmes de la conjoncture actuelle, notamment en ce qui concerne le secteur privé en termes de licenciement, de réduction des heures de travail et de compression du personnel.


C’est ce qui se fait actuellement ?
Depuis le déclenchement de cette pandémie, les structures de l’UMT sont très sollicitées par nos représentants dans le secteur privé pour intervenir auprès des autorités publiques et des employeurs en vue d’ouvrir un dialogue et que les licenciements ne soient pas des décisions brutales. Nous avons évoqué, avec le président de la CGEM lors de sa visite au siège de l’UMT, la nécessité d’élaborer des plans sociaux au cas par cas, entreprise par entreprise, secteur par secteur. Nous menons, par ailleurs, une grande campagne de sensibilisation auprès des comités d’hygiène et de
sécurité prévus par le Code du travail pour qu’ils jouent pleinement leur rôle de prévention au sein des entreprises.

Que pensez-vous des mesures mises en place pour soutenir les salariés et celles relatives aux fonctionnaires ?
Lors de la rencontre du 30 mars au siège de la primature, le représentant de l’UMT a signifié au chef de l’Exécutif que, pendant cette période, le gouvernement doit, plus que par le passé, ouvrir de larges concertations avec le mouvement syndical et les représentants des travailleurs. D’ailleurs, les décisions – quoique l’on ne soit pas dans une période de polémique- ont été prises sans concertation avec les partenaires sociaux. Nous avons soulevé cette question à titre d’exemple avec Saad Dine El Otmani. La circulaire annonçant le gel des promotions et des avancements des fonctionnaires a été décidée de manière unilatérale alors qu’il fallait contacter les centrales syndicales avant de prendre cette décision. Cela a fait des remous au sein du personnel de la fonction et des établissements publics. Il faut éviter de prendre ce genre de décisions qui créent un climat social tendu. Idem pour le manque de représentativité du mouvement syndical au niveau de la composition du Comité de veille stratégique, alors que les employeurs y sont représentés.

Qu’auriez-vous pu faire si vous aviez été représentés au sein du Comité de veille stratégique ?
Si on avait été sollicités, on aurait pu améliorer les décisions prises compte tenu de notre expérience. Il s’agit à titre d’exemple de la décision d’octroyer 2.000 DH aux salariés du secteur privé déclarés au mois de février auprès de la CNSS. C’est une mesure positive, mais il aurait fallu penser aux salariés qui travaillent dans le secteur formel qui n’ont pas été déclarés par leurs employeurs en février. Ils ne pourront bénéficier de cette mesure alors qu’ils ne sont pas responsables de cette situation. C’est pour cette raison que nous avons demandé au chef de gouvernement de mettre en œuvre cette mesure avec flexibilité pour ne pas laisser de côté cette catégorie de travailleurs.

Quelle évaluation faites-vous de la réunion entre les syndicats et le chef de gouvernement ?
Cette réunion a été tenue après que l’UMT ait manifesté son mécontentement quant à la gestion de la crise impactant le monde du travail. Bien que cette réunion ait été tenue tardivement, le chef de gouvernement s’est engagé à nous consulter sur toutes les questions ayant trait au monde du travail et touchant les salariés, tant du public que du privé. L’heure est à la conjugaison de tous les efforts. J’ai proposé à Chakib Alj de constituer une commission tripartite regroupant les syndicats, le patronat et le gouvernement en la personne du ministre du Travail et de l’insertion professionnelle pour assurer la veille et le suivi du marché du travail et prendre les mesures correctives le cas échéant.

Par exemple ?
Nous devons être très vigilants concernant les pratiques de certains employeurs qui vont profiter de cette situation pour se débarrasser de leurs salariés.

2020 sera-t-elle une année blanche en matière de dialogue social, suite à la crise du Covid-19 ?
On n’est plus dans la logique du dialogue social ayant pour sujet les augmentations des salaires et des indemnités. Notre première préoccupation est de maintenir les emplois et de sauvegarder notre économie nationale. Il faut penser dès maintenant à la gestion de l’après-pandémie. C’est une mission qui incombe à tous les intervenants.

La coordination est-elle assurée entre les centrales syndicales en cette conjoncture ?
Tout le monde fait de son mieux. L’UMT, en tant qu’organisation nationaliste, fait de son mieux pour accompagner le pays et notre économie.

Quelles sont les priorités post-crise ?
J’espère que ce sera une crise passagère. La priorité devra être donnée à la réinsertion dans le marché du travail des travailleurs du secteur privé ayant perdu leur emploi.

Le Code du travail est-il suffisamment clair en la matière ?
Le Code du travail constitue la base, mais on peut aller au-delà par la conclusion d’accords sociaux. Je tiens à souligner, encore une fois, qu’il faudra donner la priorité aux travailleurs et travailleuses ayant perdu leur emploi après la crise. 

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