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L’interview confinée de… Bilal Marmid

L’interview confinée de… Bilal Marmid

Passionné de cinéma et de culture, il en fait son quotidien avec un rendez-vous devenu incontournable : «Face à Bilal Marmid» où il a déjà eu à faire à tous les plus grands du cinéma. Celui qui n’a pas la langue dans sa poche s’est forgé une réputation redoutable au fil des années où il ne cesse de sillonner les festivals de films du monde entier et d’écumer les salles de cinéma. La crise le touche de plein fouet mais ce n’est pas un confinement qui va mettre à terre l’homme à la casquette ou plutôt l’homme aux mille casquettes. Voyage littéraire et cinématographique avec Bilal Marmid. Silence, ça…fait tourner la tête.

Un film culte ?
«L’homme qui tua liberty Valance» de John Ford. Pour beaucoup de gens, ce n’est pas son meilleur film mais ma relation avec ce film est très intime…Des souvenirs du premier visionnage qui m’ont marqué à vie avec des comédiens de premier rang tels que Vera Miles, Lee Marvin et surtout le grand John Wayne.

Le livre qui a changé votre vision de la vie ?
«Le pain nu» de Mohamed Choukri. Il m’a appris une chose très importante : lire et voir et dire mon avis sans accorder une grande importance aux gens. Il m’a appris à être moi-même et à assumer ce que je suis et ce que je pense…Comme il le disait si bien : «Mais il est trop tard pour moi pour espérer être un ange».

Le film qui vous a donné envie d’être critique de cinéma ?
«Serpico» de Sidney Lumet. Étant petit, je croyais que c’était moi qui dirigeait Al Pacino, le meilleur des comédiens selon moi. Avec innocence, je me disais que si j’avais été à la place de Sidney Lumet, j’aurais pu faire mieux…Mon ami qui m’avait permis de voir le film pour la première fois est mort très jeune. J’ai le souvenir de lui, surpris de constater que je n’arrêtais pas de parler de ce film. Je me souviens qu’il avait dit et prévenu tout mon entourage que j’allais devenir cinéaste ou quelqu’un qui allait donner du fil à retordre aux cinéastes…Finalement, il n’avait pas tort ! Lah yrehmou…

Le livre qui vous a donné envie de lire ?
«Le renard qui apparaît et disparaît» de Mohamed Zefzaf. Mon père m’avait obligé à le lire. Les bas-fonds marocains et souvent je me dis quel gâchis de ne pas avoir eu l’occasion de croiser Zefzaf avant qu’il ne nous quitte. Fier de partager avec lui la marocanité…

Le film qui vous fait rire ?
«The terminal» de Steven Spielberg et Tom Hanks au premier rôle. Un travail remarquable au niveau de l’écriture. Un scénario drôle et très bien ficelé de Sacha Gervasi. Tout se passe dans un aéroport et pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de suivre un comique de situation dans un coin pareil…Moi qui panique souvent dans les aéroports… Là, c’était différent. C’était juste délicieux…Le cinéma m’aide et il m’a toujours aidé à dépasser mes phobies et mes faiblesses.

Le livre qui vous émeut ?
«La coquille» de Mustapha Khalifa. Je l’ai lu en arabe et en français (paru chez Sinbad). Un journal sous une forme romancée de ce que l’auteur a vécu dans les prisons syriennes. Après des années à Paris où il obtient un diplôme en cinéma, il décide de rentrer à Damas où il est arrêté à l’aéroport, accusé d’être membre des frères musulmans alors qu’il est chrétien grec-catholique ! Le dernier chapitre de ce bouquin m’a donné des frissons.

Le film que vous avez aimé détester ?
«Ibrahim Labyad» de l’Égyptien Marouane Hamed. Pourtant, je me disais que ce mec allait briller encore plus après «L’immeuble Yacoubian» que j’ai applaudi à Cannes. «Ibrahim Labyad» m’a montré que le problème du cinéaste arabe, c’est d’assurer une continuité. Lui en tout cas, il n’a rien compris. Ibrahim Labyad m’a personnellement dégoûté. Une perte de temps !

Le livre que vous avez détesté aimer ?
«L’exil» d’Abdellah Laroui…Comment ce grand monsieur de notre littérature a traité le thème du désenchantement chez beaucoup d’intellectuels arabes. Je l’ai aimé au point de le détester parce que j’ai compris des choses qui m’arrivent et qui arrivent à beaucoup de gens qui rêvent en couleurs…

Le film que vous pouvez voir et revoir ?
«Dancer in the dark» de Lars Von Trier sans hésitation. Je peux le voir et le revoir sans arrêt et chaque visionnage me ramène à un nouvel état d’esprit. D’ailleurs Lars Von Trier est mon cinéaste préféré…Celui qui m’a toujours fasciné.

Le livre que vous avez dévoré ?
«L’idiot» de Fiodor Dostoïevski. Si un tableau de Hans Holbein allait lui faire perdre la foi tellement il été fasciné et frappé par sa violence, il faut aussi avouer que ses romans à lui peuvent faire perdre la foi à n’importe qui…

Le film que vous avez le plus critiqué ?
Un film marocain que j’ai vu récemment pendant mon passage au festival de Tanger. Notre cinéma avance grâce aux efforts de nos cinéastes dont on est fiers mais il y en a quelques-uns à qui j’aimerais juste demander d’arrêter ce métier. Celui que j’ai vu ne mérite même pas le temps que je lui ai accordé et par respect envers les comédiens qui y ont participé, je ne vais pas citer son nom. Heureusement qu’il y avait des Mohamed Mouftakir, Alaa Eddine Aljem, Maryam Touzani, Wadii Charrad et Sofia Alaoui pour me faire oublier d’autres imposteurs.

Le livre qui vous avez lu très vite ?
«Bidaya wa nihaya» de Naguib Mahfouz… J’avais une folle envie de lire. Une oeuvre qui dresse le tableau social de l’Égypte et de son mélange des classes (classe populaire, sa bourgeoisie..) avec une narration inégalable.

Le film que vous auriez aimé réaliser ?
«Mother» de Darren Aronofsky parce que c’est un film ou le meilleur et le pire vont côte à côte. Quand je l’ai regardé la première fois à Venise, je l’ai trouvé très étrange et par la suite j’ai savouré la marge de décalage que ce cinéaste possède par rapport aux autres. Je me suis dit au fond de moi qu’à sa place j’aurais pu faire autrement mais très vite, je me suis ressaisi et j’ai fini par me calmer…

Lire aussi

Le livre parfait pour le confinement ?
Je viens de commencer «La loi du rêveur» de Daniel Pennac. On m’avait soufflé dans l’oreillette pendant mon dernier passage à Paris que ce nouveau roman de cet écrivain né à Casablanca méritait d’être lu… Je l’ai acheté et c’est vraiment l’occasion pour le lire… Je vais voir s’il mérite les euros que j’ai dépensé pour lui !

Le film courageux ?
«Mektoub, my love : Intermezzo» d’Abdelatif Kechiche. C’est le dernier film de ce grand réalisateur…En compétition à Cannes l’année dernière, il a trop été critiqué par des pseudos cinéphiles qui refusent une touche d’innovation et toutes sortes de renouvellement de styles…D’ailleurs le réalisateur a eu beaucoup de soucis pour sortir son film en salles françaises…Pour moi, c’est l’un des cinéastes les plus courageux au monde et il n’arrête pas de me surprendre à chaque fois…

Le film qui a réussi son adaptation d’un livre ?
Beaucoup de films mais je dirais «Le parrain» de Francis Ford Coppola magnifiquement adapté du roman de Mario Puzo. Je crois qu’on a même pas besoin de parler de ce roman et encore moins du film !

Le livre qui vous ressemble ?
Aucun. Sans doute, c’est moi le problème. Chaque saison, je compose avec une humeur et du coup avec un livre. Je finis toujours par m’en sortir et ressembler à un nouveau livre. La solution est dans la crise et c’est souvent moi la cause de ma propre crise.

Votre film coup de cœur du moment ?
Je viens de revoir «Faute d’amour» d’Andreï Zviaguintsev. Un portrait poignant de la Russie de nos jours… La mise en scène est juste magnifique et ce monsieur incarne le courage. Bouleversant, ce film est d’une noirceur extraordinaire.

Votre livre de chevet ?
«La peste» d’Albert Camus. D’ailleurs, il y a une sorte de ressemblance avec ce qu’on vit actuellement. Mes premières lectures de ce roman ne ressemblent pas à ma lecture du même livre aujourd’hui. Maintenant je lis et je le vis… Je lis sur la peste qui est une anthroposophe, c’est à dire une maladie qui touche l’homme et l’animal et je vis dans l’ère du Coronavirus. On ne sait même pas si ce virus attaque juste l’homme ou l’homme et l’animal…On nous dit à chaque fois tout et son contraire et nous on se contente de se laver les mains sans arrêt en croisant les bras et en attendant. Quelle situation ! 

 

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