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L’Etat va-t-il sauver la Samir ?

Le dossier de La Samir s’est invité au débat de la relance économique sur fond de sécurité énergétique et régulation du marché des hydrocarbures. Pour le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole, il faut se donner les moyens de réanimer rapidement l’unique raffinerie nationale.

Dans un coma profond depuis cinq longues années, la Samir demeure tout de même un outil stratégique qui vaut encore son pesant d’or. Mais cette valeur diminue rapidement dans le temps, d’où la nécessité pour le Maroc de se donner les moyens de réanimer, sans délai, son unique raffinerie nationale. Et ce ne sont pas les solutions qui manquent, puisqu’elles existent déjà, souligne Mohammed Benmoussa, vice-président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole. Participant vendredi à un webinaire sur le thème de l’autonomie énergétique du Maroc, l’économiste et vice-président du Mouvement Damir, appuie avec force sur la proposition du front, relative au transfert des actifs de la société la Samir à l’État marocain, laquelle possibilité, rappelons-le, fait déjà l’objet dune proposition de loi. Concrètement, il s’agit de «refiler» les dettes de la société de raffinage aux créanciers contre des actifs, en particulier à l’État qui se verrait ainsi devenir actionnaire majoritaire de La Samir car détenant plus de la moitié des obligations que l’entreprise doit exécuter vis-à-vis de ses créanciers.


«Nous pensons qu’aujourd’hui qu’il est temps que l’État reprenne les actifs de la Samir en convertissant sa dette, qui représente plus de 70%, tous créanciers confondus publics et privés, en fonds propres, en capital (…) comme l’ont fait les Américains et Britanniques et comme risquent de le faire les Français avec Air France en situation de faillite virtuelle et qui risque de faire l’objet d’une nationalisation», défend Mohammed Benmoussa.

Selon le spécialiste, le sauvetage est une solution pertinente qui pourrait marcher dans le cas de La Samir, rappelant le sauvetage, en 2008, de Royal Bank of Scotland (RBS) par Londres ou le secours porté au Groupe General Motors par l’État américain, une intervention qui aurait permis de préserver quelque 1,2 million d’emplois directs et indirects en 2009 et 2010 au lendemain de la crise des subprimes. Bien entendu, ces deux sauvetages par une prise de participation dans le capital des deux sociétés susmentionnées n’étaient pas sans conséquence pour les contribuables américains et britanniques. Seulement voilà, le cas du Maroc est un peu différent. Selon les spécialistes, avec un petit investissement de l’ordre d’un 1,2 MMDH, l’unité de production de La Samir pourrait reprendre assez rapidement. Après tout, ce sont quelque 20.000 emplois qui sont en jeu. Et il faut dire que la recette du Front n’est pas saugrenue, au vu du soutien massif dont elle bénéficie.

«Toutes les organisations politiques et syndicales ont exprimé leur prédisposition à soutenir la proposition de loi relative à la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole au sein du Parlement. Mais l’engagement de l’opposition et des acteurs sociaux ne suffit pas. L’État doit aussi jouer pleinement son rôle qui est central dans ce dossier. Un dossier qui commence déjà à avoir des cheveux bancs», estime le socialiste Mehdi Mezouari.

«La solution n’est pas technique, elle est politique», insiste l’économiste de formation et membre du bureau politique de l’USFP, pour qui, le gouvernement doit revoir son management et faire de l’affaire de La Samir une priorité nationale.

Abondant dans le même sens, Abdelouahed Souhail, membre du bureau politique du PPS, trouve, lui aussi, que le coma de la Samir a assez duré avant d’accentuer plus loin la nécessité pour le Maroc d’asseoir sa souveraineté énergétique. «Depuis 2015, nous n’avons pas d’outil (de raffinage, ndlr). Est-ce qu’on peut estimer les pertes durant toutes ces années où La Samir n’a pas fonctionné ? », s’interroge-t-il, amer, rappelant le contexte actuel marqué par la crise de la Covid-19 et ses répercussions, lesquelles ont mis à l’évidence l’importance de la sécurité énergétique pour chaque pays. N’est-ce pas la condition sine qua non pour un marché des hydrocarbures régularisé au Maroc ? Pour rappel, le front constitué d’organisations politiques, syndicales et associatives, ainsi que du personnel de la raffinerie, d’experts, d’avocats et de parlementaires, a récemment tenu des réunions avec les états-majors de partis politiques et de syndicats à savoir l’Union socialiste des forces populaires (USFP), la Confédération démocratique du travail (CDT), le Parti socialiste unifié (PSU), l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), le Parti du progrès et du socialisme (PPS), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS), le Parti de la justice et du développement (PJD), le Parti de l’Istiqlal et le Congrès national Ittihadi (CNI).

Khadim Mbaye, Les Inspirations ÉCO






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