Maroc

Les Marocains et les réseaux sociaux: l’effet coronavirus

L’agence Equity vient de réaliser la première étude Social Listening sur les Marocains et le Covid-19. Les insights de l’étude révèlent l’ampleur de la mobilisation des Marocains dans la lutte contre le virus.

L’agence digitale Equity, spécialisée dans les réseaux sociaux, la veille, le management de la réputation et la communication de crise, publie la première étude Social Listening sur les Marocains et le coronavirus.


En effet, afin de cerner le vécu des Marocains, leurs interrogations et leurs préoccupations quant au déroulement et aux conséquences de la crise sanitaire du coronavirus, l’équipe Social Intelligence Analytics de l’agence marocaine a analysé l’ensemble de la donnée publique générée par les internautes marocains un mois durant sur Facebook et Twitter, soit du 13 mars, date du communiqué du ministère de l’Éducation nationale, au 12 avril.

À noter que l’étude a été réalisée avec l’aide des plateformes de veille Visibrain et Talkwalker. «Cette étude a été faite sous deux angles: le premier plus quantitatif (évaluation du nombre des mentions, des réactions, etc.), et le second angle est plutôt qualitatif (focus sur des influenceurs, analyse du contenu, etc.) afin d’avoir une vue globale sur le sujet», explique l’agence dans son étude.

Pour cette analyse, le terme «Coronavirus- Covid19» ainsi que ses variantes d’écriture en arabe et en français (y compris avec des fautes d’orthographe) ont été veillés sur Facebook, Twitter et les médias en ligne. Une fois les données filtrées, l’agence a obtenu 167.705 posts sur Facebook qui ont généré 4,5 millions de commentaires et 313.871 tweets/retweets sur Twitter durant cette période. Un comparatif avec le mois précédent permet de mesurer l’envolée du sujet sur les réseaux sociaux marocains à compter du 13 mars 2020.

Résultats
Selon les résultats de l’étude, l’insouciance des Marocains a brutalement pris fin le 13 mars, avec la diffusion du communiqué du ministère de l’Éducation nationale sur la suspension, jusqu’à nouvel ordre, des cours dans les crèches, écoles, collèges, lycées et universités du royaume. C’est à partir de cette date que les Marocains prennent conscience du danger que représente le coronavirus. «L’activité des Marocains sur les réseaux sociaux change de fond en comble. Le Covid-19 devient le sujet quasi-exclusif des discussions sur les réseaux sociaux, confinement oblige», explique l’étude.

Durant la période étudiée, les Marocains ont publié, selon l’étude, 167.705 posts (+81% par rapport aux 30 jours précédents) et 4,5 millions de commentaires (+86%) sur Facebook. Sur Twitter, ils ont posté, entre le 13 mars et 12 avril 2020, 313.871 tweets et retweets (+80% par rapport aux 30 jours précédents). Ainsi, en un mois, l’opinion publique marocaine est passée de l’insouciance à la prise de conscience puis à la mobilisation tous azimuts contre le Covid-19. «Deux électrochocs ont été déterminants dans la prise de conscience des Marocains de la nouvelle réalité du coronavirus: l’arrêt des cours dans les crèches, écoles, collèges, lycées et universités d’une part et, de l’autre, la descente des forces de l’ordre dans les quartiers pour faire respecter le confinement» détaille l’étude.

Prise de conscience
La prise de conscience s’est rapidement accompagnée d’une mobilisation civique sans précédent sur les réseaux sociaux. Dans ce sens, l’étude assure qu’«une vague de millions de cœurs et de pouces bleus a salué les décisions royales dans la gestion de la crise. L’esprit de solidarité qui souffle depuis sur le pays se traduit par plusieurs initiatives citoyennes de la part d’entreprises, d’associations et d’individus: à la fois sur le terrain de la solidarité ainsi que sur celui de la production en local d’équipements médicaux alternatifs pour faire face à l’épidémie comme les masques et les respirateurs artificiels non invasifs». On notera par ailleurs la mobilisation des jeunes, très actifs sur les réseaux sociaux, pour le #stayhome alors que le confinement n’est pas toujours suivi comme il le faudrait, dans certains quartiers. Enfin, les médias publics et privés font un retour spectaculaire comme sources d’information de confiance pour les utilisateurs des réseaux sociaux notamment face à la circulation des fake news. Les stars du show-business, de la mode et de la musique, assez présentes avant le coronavirus sur les réseaux, sortent des radars des Marocains, tandis que les influenceurs proches des couches populaires confirment leur audience auprès de leurs communautés, notamment sur Facebook.


Abdelkhalek Zyne.
CEO d’Equity

Quel est l’intérêt de cette étude ?
Avec le coronavirus, le web social est devenu le réceptacle privilégié de l’expression des Marocains. De par notre activité de conseil en Management de la réputation, veille et gestion de crise, nous sommes des témoins quotidiens des conversations des Marocains sur les réseaux sociaux. Au vu de la crise sanitaire et économique inédite que nous traversons, nous avons donc décidé de monitorer le sujet. Quel contenu publient les Marocains sur le coronavirus? Que partagent-ils? Quelles sont leurs émotions? Pour cerner leur vécu, leurs interrogations et leurs préoccupations quant au déroulement et aux conséquences de la crise actuelle, l’équipe Social Intelligence Analytics d’Equity a analysé l’ensemble de la donnée publique générée par les internautes marocains durant un mois sur Facebook et Twitter, soit du 13 mars 2020, date du communiqué du ministère de l’Éducation nationale annonçant la fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités jusqu’au 12 avril 2020. Après extraction via les logiciels de Social Listening, Visibrain et Talkwalker, les données ont été traitées par l’équipe de veille et d’E-Réputation d’Equity grâce à l’Intelligence artificielle et à l’analyse humaine.

Comment la perception du coronavirus a-t-elle évolué chez les Marocains ?
La perception du sujet du coronavirus sur les réseaux sociaux est passée par trois phases. La première phase est celle de l’insouciance. Elle correspond à la phase chinoise de la crise du coronavirus. Dès le 1er décembre 2019, les médias marocains commencent à relayer les premiers articles sur le coronavirus qui frappe alors la ville de Wuhan en Chine. Conformément à «la loi-kilomètre» qui veut que l’on ne s’intéresse qu’à ce qui est proche de chez soi, l’opinion publique marocaine suit de très loin l’évolution de l’épidémie. Il faudra attendre le 27 janvier 2020 et la décision royale de rapatrier les étudiants marocains bloqués à Wuhan pour constater les premiers intérêts pour le sujet sur les réseaux sociaux. Le 2 mars 2020, le premier cas de contamination est officiellement déclaré au Maroc, un Marocain venu d’Italie. Pour l’opinion publique, le coronavirus ne frappe alors que les MRE venus d’Europe et les touristes.La deuxième phase est celle de la prise de conscience: elle est brutale et nous le constatons à travers un pic du volume des conversations. Le 13 mars 2020, le Maroc prend de court ses concitoyens et décide de fermer crèches, écoles, collèges, lycées et universités «jusqu’à nouvel ordre». C’est à partir de ce jour-là que l’opinion publique bascule et mesure le danger. Les volumes des conversations explosent! Après l’insouciance et la prise de conscience, la troisième phase est celle de la mobilisation ou de l’entrée en résistance contre le coronavirus. Elle démarre avec la création le 15 mars 2020, sur décision royale, du fonds de lutte contre la pandémie du Covid-19. Le vent de solidarité qui souffle depuis sur le pays va se traduire par plusieurs initiatives en termes de dons en numéraire, en nature et en projets innovants comme la production de masques ou de respirateurs 100% made in Morocco.

Comment avez-vous jugé le rôle des médias dans cette crise ?
Les médias font un retour spectaculaire comme sources d’information de confiance des internautes. La moitié des publications des Marocains sur les réseaux sociaux sont des partages de liens médias. La volonté est claire d’aller s’informer à la source auprès de professionnels crédibles, notamment face à l’explosion des fake news. Les réseaux sociaux, un moment considéré comme des médias alternatifs, montrent leurs limites notamment dans la vérification des fake news en dépit de leurs efforts de lutte contre la propagation des informations fallacieuses. Je signalerais que ce retour de confiance vers les médias profite aussi bien aux médias publics que privés.

Quels sont les principaux enseignements à tirer de cette étude ?
Plusieurs enseignements peuvent être tirés: les jeunes, très actifs sur les réseaux sociaux, une fois la prise de conscience sur le danger du coronavirus actée, ont été en première ligne dans la promotion du «stayhome», n’hésitant pas à multiplier les contenus les plus originaux pour le mettre en avant. Il faut saluer leur engagement à ce sujet. Les réseaux sociaux ont été une formidable caisse de résonance pour les actions de solidarité menées par les individus, les entreprises, les start-up et les associations. Pour plusieurs personnes, dans la précarité suite à la crise économique du Covid-19, les réseaux sociaux ont été le moyen de rendre leur cause visible. Les Marocains ont salué avec des millions de pouces bleus et de cœurs les décisions anticipatrices de gestion de crise menées par les plus hautes autorités du pays. C’est un fait assez rare à l’échelle de cette crise et des réseaux sociaux de constater que contrairement à d’autres pays, il existe une grande convergence entre les autorités et les citoyens autour de la nécessité de se mobiliser activement pour faire face à l’épidémie. Un consensus national existe autour des décisions prises par les autorités à toutes les phases de gestion de la crise du coronavirus.

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