Now Reading
Le transport et la logistique à l’épreuve de la pandémie

Le transport et la logistique à l’épreuve de la pandémie


Oussama Sbai Azami,
Directeur marketing et communication du Groupe SJL (San José Lopez)

Le Covid-19 continue de faire des milliers de victimes à travers le monde. C’est une affirmation qui fait beaucoup d’échos dans les milieux médiatiques depuis déjà plusieurs semaines ! Dans l’étendue de toute cette scène, la population est confrontée à un jargon cacophonique, houleux, tantôt rassurant, rose et prometteur mais aussi par moments jonché de fake news et de propos ne faisant qu’alimenter la morosité du mental. On ne parle que confinement, déconfinement et carrément post-déconfinement»…pour les plus carrés !

Vision globale
Ce mal impérieux bourgeonne inlassablement et ne cesse de sillonner en ravageant les paysages socio-démographique et économique sur les 5 continents, faisant ouvrir tout délicatement les portières d’une récession qui en fait vaciller plus d’un ! L’hémorragie est grandissante ! Nul n’est dans la dextérité de dénouer les méandres d’une viralité vis-à-vis de laquelle, l’humanité demeure, malgré tout, stoïque mais aussi perplexe par la force des choses! Notre pays n’étant pas épargné des conséquences directes et indirectes de la pandémie. Bien que des faits gargantuesques démontrent la véracité et la perspicacité des mesures qui ont été entreprises par les instances gouvernementales, les organismes financiers de la place, les institutions sanitaires, les différentes parties prenantes et bien entendu par le concours salutaire de la société civile. Ce préambule était pour mettre en exergue, justement, l’amplitude du fléau sur le plan national et à l’échelle internationale. À notre niveau, la crise sanitaire a quasiment touché tous les secteurs d’activité économiques sans aucune différence notable à faire. En tête du podium, les secteurs d’activité les plus touchés sont ceux qui sont liés aux services, aux entreprises et au BTP. Professionnels comme particuliers sont tous logés à la même enseigne ! Et ceci entraîne cela, comme on a coutume de le dire! L’impact se fait ressentir ipso facto, surtout quand on apprend qu’au Maroc 810.000 salariés déclarés à la CNSS se retrouvent en arrêt provisoire de l’exercice de leur fonction (Abstraction faite de la taille de la firme à laquelle ils appartiennent). La supply chain connaît actuellement sans conteste une réelle mutation et représente véritablement la cheville ouvrière dans cette crise que nous traversons en matière de sécurisation des chaînes d’approvisionnement et d’acheminement des marchandises dans des conditions me diriez-vous si embrouillées et si particulières. Le trend des relations commerciales entre le Maroc et plusieurs pays étrangers subit aussi les conséquences directes de ce mal…En l’occurrence, les rapports avec la Chine d’un point de vue importation des denrées alimentaires (thé vert), des dérivés de textile, des produits électroniques et j’en passe…L’écosystème économique mondial est de ce fait déjà entré en une récession dont la durée et la réelle ampleur demeurent, tout compte fait, imprévisibles. L’on assiste aujourd’hui à une contraction spectaculaire de la production qui est d’ailleurs tributaire en premier lieu de la perturbation des chaînes et des processus logistiques, de transport et d’approvisionnement ! Ce qui en résulte incontestablement, c’est une dégringolade des investissements due à une visibilité qui fait défaut. Le commerce extérieur ressent, à son tour, en termes de produits importés, un effet domino ! Plus précisément en relation avec la Chine…surtout quand on parle d’importation de produits électroniques, des dérivés de produits de textile ou encore des denrées alimentaires…Des efforts salutaires ont été déployés dans ce sens par le gouvernement marocain afin de prédire les répercussions de la crise sur le tissu socio-économique du pays. Une sorte de baromètre a été instauré le 11 mars 2020 pour assurer continuellement la veille économique en faisant appel au concours du ministère de l’Économie et des finances ainsi qu’à la participation des ministères de plusieurs secteurs d’activité. La pandémie du Coronavirus (Covid-19) se développe maintenant avec une célérité frustrante sur d’innombrables territoires de la planète. Cette pandémie impacte considérablement toute une pléiade de domaines d’activités stratégiques du royaume (Comme cités plus haut), notamment les secteurs de la logistique et du transport de marchandises d’une manière générale. Il faut savoir que le domaine du transport de biens pour les entreprises est un créneau des plus vitaux de l’économie marocaine, tout comme le transport des particuliers ou bien aussi le reste des secteurs créateurs de valeur et générateurs de richesses. Certes, nous sommes foncièrement impactés par l’avènement de cette épreuve en raison de ses conséquences non négligeables, notamment sur la santé de nos collaborateurs sédentaires, sur les conditions d’hygiène et de travail de nos chauffeurs ainsi que sur la chaîne d’approvisionnement et de management de nos entrepôts dédiés à la logistique que ce soit au Maroc ou à l’international.

Impact sur le transport et la logistique
Pour faire une prospective constructive, il est pertinent de faire un flash-back sur les performances qu’enregistrent ces secteurs du transport de marchandises et de la logistique. Il y a trois indicateurs à mettre en avant : 9% de création d’emplois à l’échelle nationale, + de 5% du PIB, 50 milliards de dirhams de valeur ajoutée globale…Pour tout vous dire, il s’agit uniquement de quelques chiffres qui représentaient, pas plus loin qu’hier, la floraison d’un créneau en pleine expansion et une manne financière promettant de faire hisser le métier aux rangs les plus prisés parmi les mastodontes de l’économie mondiale. Il est très clair que dans le cadre de la situation que nous vivons, l’impact de la récession est ressenti immédiatement et d’une manière très significative! Hormis nos partenaires locaux, Il est très important de souligner que le cœur de cible de notre portefeuille clients au Maroc est représenté essentiellement par des antennes de multinationales basées dans des zones franches ou zones dites d’accélération industrielle. Vous n’êtes pas sans savoir non plus que l’essor de nos deux filières principales (le transport de marchandises et la logistique) est intimement lié dans sa majeure partie à la dynamique économique de ces entreprises, en l’occurrence celles opérant dans les secteurs du textile, de l’automobile et de l’agroalimentaire. Or, ces firmes partenaires s’inscrivant dans cette optique d’offshoring ont subi systématiquement et d’une manière flagrante les retombées directes de l’hécatombe. En guise d’illustration, il y a le secteur de l’industrie automobile au Maroc qui se voit aujourd’hui compromis pour atteindre l’objectif d’1 million de véhicules à l’horizon 2022. L’activité industrielle des fabricants entre Tanger, Kénitra et Casablanca et de leurs équipementiers et fournisseurs s’est estompée pour le moment (depuis déjà plusieurs semaines) et des milliers d’employés (cadres et techniciens) sont mis en quarantaine jusqu’à écoulement du confinement… Le trafic portuaire est également l’une des activités touchées par cette crise sanitaire. En effet, l’activité subirait le ralentissement des échanges, chose qui est tributaire de la baisse de la demande interne et de celle émanant des clients donneurs d’ordre à l’international. L’arrêt de quelques usines pendant cette période (Renault, PSA…) devrait affecter la baisse des échanges d’une manière non négligeable. Une chose est sûre, les ports poursuivront les activités relatives au transport et à la logistique durant la période de confinement tout en s’impliquant scrupuleusement dans les consignes d’hygiène et les mesures barrières afin de servir dans les meilleures conditions notre marché local et répondre continuellement à la demande de nos clients étrangers dans plusieurs pays du monde.

Une photo sur la décadence de l’activité
En guise d’illustration : 72,2%, c’est la proportion de chute qu’a connue le marché français sur la filière automobile. Vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes intimement liés à ce marché à travers les deux volets transport terrestre et logistique au niveau des zones franches. En gros et d’une manière générale, le marché de la logistique a connu sur le T2 une dégringolade d’environ -30% quant aux pronostics escomptés. Tout ça pour dire que nous avons été contraints, nous aussi, de notre côté, de subir les mêmes aléas rencontrés par nos clients donneurs d’ordre et de déclarer un état de force majeure, ce qui a induit ladite réduction et ensuite la suspension de la majeure partie de nos activités pour une période tributaire au premier plan de la date butoir du confinement au niveau national et aussi dans un 2e temps des calendriers prévisibles de la remise en marche habituelle de l’activité dans les pays concernés par l’export. La donne aujourd’hui, telle qu’elle se présente, d’un point de vue stratégique, induira un impact contraignant quant à la progression du climat des affaires. À cet égard, nos pronostics et analyses préliminaires nous conduisent à prédire une décadence variant entre 50% et 75% du chiffre d’affaires prévisionnel ! Une chose est sûre, avec nos différents partenaires, nous œuvrons inlassablement à estomper l’impact de ces circonstances exceptionnelles causées par cet événement et ceci sur les plans économique, structurel et social.

Lire aussi

Notre approche face à tout ça !
SJL a œuvré dans le sens du respect des mesures sanitaires dictées par les instances gouvernementales pour améliorer les conditions de travail de l’ensemble de notre communauté de collaborateurs en les sensibilisant aux précautions à prendre, en diffusant à large spectre les recommandations d’hygiène pour endiguer les risques d’infiltration auprès des équipes à tous les niveaux hiérarchiques. Tout un arsenal de dispositifs de sécurité et de mesures barrières sont en vigueur pour assurer la continuité dans des conditions conformes aux consignes en vigueur, à commencer par le gel d’aseptisation, les masques de protection, les gants…En passant par une signalétique adhoc et des points de prise de température à l’accès à chaque plateforme logistique ou autre…Toutes sont alors des mesures qui s’inscrivent dans le cadre d’une cellule de vigilance mise en place à demeure spécialement pour assurer l’accompagnement, le conseil et le soutien des différents cadres et employés. Certes, notre fer de lance est bel et bien le facteur ou le capital humain…Et eu égard au freinage de la marche normale du climat des affaires, nous étions dans l’obligation de restructurer la composition de nos équipes en fonction de la rythmique imposée par nos différents publics (clients et fournisseurs). Nous sommes toujours en train de repenser notre organisation afin de limiter les répercussions collatérales. Parmi les mesures prônées, il s’agit de se mettre au télétravail (qui représente aujourd’hui un peu plus de 80% de notre mode de fonctionnement quant au volume du capital humain opérationnel) avec toutes les mesures de mise en œuvre qui vont avec (cyber sécurité, approche informative, accompagnement à distance, digitalisation des modes d’échange et de fonctionnement…). Une restructuration organisationnelle est aussi en phase de mise en route (avec une moyenne avoisinant les 50% en mode chômage technique), ce qui va nous permettre de nous aligner sur la cadence de production dictée par les différentes parties prenantes. Par ailleurs, nous avons mené toute une série de pourparlers avec nos actionnaires, les établissements financiers de la place et les instances du gouvernement afin de nous apporter des plans concrets et des issues de redressement de l’équilibre financier. In fine, nous avons incité et sensibilisé tous les niveaux hiérarchiques à adopter une politique d’optimisation des coûts qui impacte la bonne marche de notre activité. Le rétablissement du mode de fonctionnement antérieurement adopté se fera progressivement au fur et à mesure que les voyants retourneront au vert.

Un monde de l’après Corona…
Le premier postulat qui vient à l’esprit, c’est qu’il est clair que la succession des deux années de sécheresse pourrait avoir un impact macro-économique additionnel sur le résultat de l’exercice en cours. Maintenant, faire un forecast, d’emblée, d’un monde d’après paraît illusoire et quelque part chimérique. L’aventure, nous la vivons toujours ! Nous sommes même en plein dedans. Une prise de conscience s’impose quant à l’appréhension des tenants et des aboutissants de cette crise qui a confiné la moitié de l’humanité. Désormais, nous devrions réviser nos priorités et nos fondamentaux. Place aujourd’hui à des modèles économiques plus autonomes qui doivent allouer la priorité à la gestion des risques et à la prévision des aléas. De cette manière là, plusieurs secteurs économiques deviendront plus agiles, plus prévoyants et par voie de conséquence plus immunisés contre les dangers susceptibles de faire chavirer leur stabilité ! Prédire une ère «post Corona», c’est déjà capitaliser sur ce brassage et cet esprit de cohésion qui ont vu naturellement et spontanément le jour et dénotent de notre culture de partage et de citoyenneté tout à fait propre à notre société ! Je dirai que d’autres pratiques et façons de faire connaîtront l’éclosion…Je fais allusion à l’innovation technologique, au télé-travail, au télé-enseignement, à l’e-banking, au m-commerce, etc. Notre approche qui consiste à savourer les subtilités prendrait aussi un autre tournant, je le pense fort bien ! Sans vouloir trop précipiter les choses, il y a lieu de réfléchir dans un premier temps, encore et encore, plus profondément à la manière d’assurer le décollage de toutes les activités une fois que nous passerons le cap des prochaines étapes. Au final, une chose est certaine, de nouveaux métiers émergeront, une approche distinctive du management verra le jour et les acteurs sociaux seront à même d’envisager le futur différemment. 

Voir les commentaires (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

© 2020 LesEco.ma édités par HORIZON PRESS GROUP

Tous droits réservés