Économie

Lahcen Daoudi. “Je conteste l’analyse du Conseil de la concurrence”

Lahcen Daoudi. Ministre des Affaires générales et de la gouvernance

Le ministre des Affaires générales et de la Gouvernance n’apprécie pas l’analyse du conseil de la concurrence en matière de gestion du dossier de la libéralisation des prix des carburants. Lahcen Daoudi ne compte pas renoncer à la décision du plafonnement des marges bénéficiaires sur les carburants.

L’avis du Conseil de la concurrence vous a-t-il surpris ?
Cela m’a surpris dans le sens où il s’agit d’une interprétation trop stricte de la loi. Je conteste la nature de l’analyse économique du Conseil. C’est au gouvernement de connaitre l’opportunité économique. Il fallait que le Conseil ne déborde pas. S’il s’était contenté du côté juridique, il aurait été dans son droit total. Il n’est pas normal que le Conseil évalue le travail de l’ancien gouvernement alors que cela ne relève pas de ses compétences. Il a, en effet, un devoir de réserve. D’autres institutions ont pour mission l’évaluation. On entre dans une polémique qui n’aurait pas dû avoir lieu. On est maintenant entre deux feux : le rapport du parlement et l’avis du Conseil de la concurrence qui vont dans deux sens différents.


Mais il y a des recoupements entre les deux en ce qui concerne le dossier de la libéralisation du secteur…
Le parlement a le droit d’évaluer, ce n’est pas le cas du Conseil de la concurrence. Même s’il dit une vérité, cela ne relève pas de ses fonctions.

Sincèrement, pouvez-vous assurer que toutes les précautions ont été prises dans la gestion de ce dossier ?
J’ai déjà dit que le feu était dans la maison. Est-ce qu’on pouvait à la fois éteindre le feu et sauver les meubles ? Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. On subventionnait le litre à plus de 4 DH et on n’avait plus cet argent pour subventionner. La mise en place d’une politique d’accompagnement nécessite du temps. Par la suite, il y a avait le vide ayant trait au gouvernement puis celui du Conseil de la concurrence. On a tendance à oublier l’histoire. Et l’histoire, comme on dit, c’est comme un cadavre ; on peut lui faire dire tout ce qu’on veut. Le gouvernement avait pour obligation d’éteindre le feu. On a baissé les investissements de 15 milliards de DH. Il a fallu mobiliser 18 milliards de DH pour l’ONEE.

Mais depuis 2015 le gouvernement n’a presque rien fait pour rectifier le tir et accompagner la libéralisation ?
Les mesures consistaient à comment aider les démunis. Mais, on n’est pas encore arrivé. La caisse de compensation est encore là. À cela s’ajoute, entre autres, le règlement de 40 milliards de DH de butoir de TVA. On nous critique comme si on avait l’argent et qu’on le cachait. La libéralisation a été faite sous contrainte. On n’avait pas le choix. Maintenant, je vais passer au plafonnement.

En plus du plafonnement, le gouvernement prévoit-il d’autres mesures et qu’en est-il de l’ouverture du marché à de nouveaux opérateurs ?
Aziz Rebbah vient d’octroyer dix autorisations. Cette recommandation est déjà dépassée ainsi que d’autres. Certaines recommandations ne vont pas permettre de régler le problème comme celle ayant trait au partage des installations d’importation avec les petites entreprises contre des royalties. Ce sont les marges des petites entreprises qui ont été gonflées le plus.

Qu’en est-il de la question ayant trait à l’investissement dans le raffinage ?
Personne n’a demandé à investir dans le raffinage. Le gouvernement est en tout cas ouvert à l’entrée des opérateurs. Le dossier de la Samir est entre les mains de la justice et il ne dépend pas d’une décision politique comme on le laisse entendre. Tant que ce dossier n’est pas clos, les investisseurs ne vont pas se manifester.

Où en êtes-vous concernant la mise en œuvre des recommandations de l’enquête parlementaire ?
Nous prenons autant que faire se peut en considération les conseils émis aussi bien par le Conseil de la concurrence que du parlement. On va étudier la recommandation sur le partage des installations d’importation avec les petites entreprises. Le plafonnement est la principale recommandation du parlement. Le Conseil de la concurrence peut se saisir de la question des conditions de concurrence. Notre enquête n’a rien révélé.

La révision de la structure des prix et la baisse des impôts sont-elles pas dans le pipe ?
La révision de la structure des prix est liée au plafonnement. Quant à la question des impôts, nous avons des contraintes budgétaires. Si on déduit une somme aussi infime soit-elle des recettes fiscales, il faut se demander comment on peut la compenser. On n’a pas d’autres sources. C’est la taxe qui rapporte le plus. Nous ne sommes pas un pays riche.

Que pensez-vous de la recommandation ayant trait au régulateur ?
Le régulateur ne peut pas régler la question des prix. Son rôle n’aura aucun un impact en la matière. 

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