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La situation de la presse vue par le président du Forum marocain des jeunes journalistes

La situation de la presse vue par le président du Forum marocain des jeunes journalistes

Le Forum marocain des jeunes journalistes (FMIJ) s’apprêter à publier son premier rapport sur la situation de la liberté de la presse dans le royaume. Sami Elmoudni, son président, nous en livre un avant goût

Le dernier rapport du FMJJ s’est montré critique envers la liberté de la presse au Maroc. Quelles sont les principaux dysfonctionnements que vous y pointez du doigt ?
Dans ce rapport, et en plus des abus que nous recensons et suivons de près, nous avons tenu à faire relever, d’un point de vue méthodique et juridique, que depuis 2015 le Maroc n’a pas donné suite aux multiples demandes de visite du rapporteur onusien spécialisé dans les questions de la liberté de la presse et d’expression, sachant que le royaume a déjà accueilli d’autres rapporteurs onusiens et réagi favorablement à leurs recommandations.

Nous avons également rappelé que, lors de l’examen périodique universel de 2017, le Maroc avait fait l’objet de 8 recommandations liées à la liberté de la presse et d’expression. Il a donné une suite favorable à 5 d’entre elles, tandis qu’il en a catégoriquement rejeté trois autres, liées à la non-poursuite des journalistes sur la base du Code pénal, pour des délits d’opinion.

Nous nous sommes, par ailleurs, penchés sur la conformité des lois régissant la liberté d’expression aux conventions internationales des droits de l’Homme et avons souligné, dans ce cadre, les dispositions louables apportées par le Code de la Presse telles que la protection judiciaire et sociale des journalistes, la protection de leur intégrité et aussi la décision de rendre l’interdiction des journaux du ressort exclusif de la Justice après qu’elle ait été régie par de simple dispositions réglementaires. Par contre, la poursuite des journalistes prévue par le Code pénal persiste encore, au détriment des conventions internationales et des revendications des professionnels.

Comment expliquez-vous cette persistance ?
La réponse se trouve dans le rapport gouvernemental sur le troisième round de l’examen périodique universel, lequel dit que « les journalistes ne peuvent faire l’objet d’aucune exception s’agissant des poursuites dans le cadre d’affaires non liées à l’exercice de leurs fonctions, ou encore lorsqu’il s’agit d’atteinte aux constantes de la Nation telle la religion islamique, la monarchie, l’intégrité territoriale ou encore en matière d’atteinte à la sûreté de l’Etat, comme dans les affaires de terrorisme ».

Ces dispositions figuraient déjà dans le Code la Presse et on se demande pourquoi le gouvernement insiste à les incorporer dans le Code Pénal. En effet, juste après son investiture, le gouvernement actuel a présenté le projet de loi 71-17 qui tend à abroger des délits figurant dans le Code de la presse, pour les incorporer dans le Code pénal qui, lui, ne se contente pas des amendes mais dispose de peines privatives de liberté. Heureusement que ce projet n’a pas encore été adopté, mais nous craignons toujours l’entrée en vigueur de ses dispositions.

Vous recommandez aussi de mettre en place un mécanisme de protection des journalistes, sachant qu’il existe déjà une entité au niveau du département de la Communication chargée de recevoir les plaintes des journalistes victimes d’abus ou d’agression…
Beaucoup de journalistes ne sont pas au fait de l’existence de cette entité, sur laquelle le gouvernement a très mal communiqué. Le gouvernement n’a en effet même pas fourni de chiffres ou d’indicateurs sur les abus commis à l’encontre des journalistes, une démarche pourtant indispensable lorsque l’on crée pareille structure.

Pour notre part, donc, nous recommandons de mettre en place un mécanisme de protection des journalistes au sein du Conseil national de droits de l’Homme. A défaut de cela, il faudra mettre en place, tout au moins, des comités réunissant des représentants du gouvernement et des ONG actives dans le domaine des médias. C’est indispensable !

Comment voyez-vous la place des médias dans le Nouveau modèle de développement ?
Dans les sociétés modernes, le journaliste est un « watchdog », dont la mission consiste à attirer l’attention sur les abus commis à l’encontre des citoyens, et fournir à ces derniers une information fiable et de qualité, dans le respect de l’éthique et des conventions internationales des droits humains.

Pour ce faire, il faudra réunir les conditions juridiques et économiques favorables qui feront que les médias se transformeront en industrie autonome et capable de défendre les intérêts stratégiques du royaume, et de servir le Nouveau modèle de développement.

C’est pour cela que nous exhortons de nouveau l’ensemble des partenaires (gouvernement, syndicats, associations, parlement…) à ouvrir un débat national sur les différentes problématiques liées à la relation entre les médias et l’Etat et entre ceux-ci et les acteurs économiques, d’autre part.

Quid du rôle joué par les médias publics ?
Le pôle public est toujours tenu, de par ses cahiers des charges, de présenter un service de qualité, qui prenne en compte à la fois les besoins de compétitivité et respecte les conventions internationales des droits humains.

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En outre, les médias publics sont également tenus de respecter la diversité politique et d’ouvrir la voie davantage devant les jeunes et les représentants de l’opposition.

S’ajoute à cela, la situation financière des médias publics et leur business model. Prenez à titre d’exemple le cas de 2M dont les pertes ont avoisiné les 720 MDH, soit le double de son capital. Cette situation la rend otage des recettes publicitaires au détriment de la qualité et du respect des obligations du service public.

Sur un autre registre, comment évaluez-vous l’action du Conseil national de la presse, d’autant que ce dernier vient de concevoir une charte d’éthique de la profession ?

Personnellement, je trouve qu’il est prématuré de faire un bilan de l’action de ce Conseil d’autant plus que son règlement intérieur n’a pas encore été publié au Bulletin Officiel, chose qui perturbe sa mission de médiation et d’arbitrage dans des cas de plus en plus nombreux à cause de la course effrénée au clic.

Certes, nous avons émis des critiques quant à la charte d’éthique du Conseil, formulée de manière vague et imprécise, mais cette charte reste une initiative louable en soi et un pas en avant, et nous espérons que la porte soit ouverte afin d’enrichir cette charte et la rapprocher de la lettre et de l’esprit des conventions internationales relatives à la liberté d’opinion et d’expression.

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