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Investissement public : un budget inédit en 2021, mais…

230 milliards de dirhams, c’est le montant des investissements globaux du secteur public au titre de l’exercice 2021, soit une hausse de 26% par rapport à 2020. Ce montant reflète-t-il le véritable effort budgétaire qui sera consenti par le gouvernement en 2021?

L’effort d’investissement global du secteur public au titre de l’exercice 2021 s’élève à 230 milliards de dirhams (MMDH), soit une hausse de 26% par rapport à 2020. C’est une première. Jamais le budget de l’investissement public n’avait été aussi important. On est très loin des 182 milliards de l’année dernière. Plus qu’un signal, c’est une incitation à l’action pour mettre fin à la somnolence de l’économie nationale, à travers l’accélération de la mise en œuvre du plan de relance de l’économie nationale et la mobilisation de tous les moyens disponibles en termes de financements, de dispositifs d’incitation et de mesures de solidarité. Concrètement, il est question en 2021 de procéder à de profondes réformes dans l’administration publique, notamment la suppression des EEP non rentables, la promotion de l’investissement privé national et étranger, la généralisation progressive de l’Assurance maladie et la redynamisation du programme «Intelaka», ainsi que le lancement ou la finalisation des gros chantiers. Bémol: toutes les prévisions économiques sont établies sur la base d’un ensemble d’hypothèses portant sur un environnement national et international encore incertain.


De simples hypothèses
Selon l’économiste Khalid Ben Ali, une prévision budgétaire peut se réaliser ou pas, parce qu’il faut trouver de quoi financer tous les programmes en allant puiser dans les recettes fiscales et douanières. Cela suppose que l’activité économique redémarre. Or, nous sommes encore face à un mur d’incertitudes. «Si le contexte ne s’y prête pas, par contre, compte tenu de l’évolution négative de la pandémie, le débat sur la capacité de l’État à réaliser tous ces chantiers mérite d’être posé», souligne le professeur universitaire qui relativise, dans la foulée, le caractère inédit du montant prévu pour l’investissement public. «L’enveloppe de 230 milliards prend en compte les 45 milliards du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Si on soustrait cette contribution du budget prévu pour 2021, nous nous retrouverons pratiquement avec le même montant dédié à l’investissement public en 2020», détaille le spécialiste.

Un budget inédit, vraiment ?
Par ailleurs, il faut noter que dans ce Fonds, l’effort de la contribution publique a été limité à seulement 15 milliards de dirhams. Ce qui nourrit le débat sur le véritable effort budgétaire qui sera consenti par le gouvernement en 2021. À ce propos, le ministre de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, s’est voulu rassurant en soulignant, lundi au parlement, que le projet de loi de Finances 2021 (PLF2021) est un projet «réaliste» qui tient compte des capacités objectives. L’argentier du pays estime que l’économie nationale devrait connaître une croissance de 4,8%, tenant compte des prévisions du Fonds monétaire international pour l’économie mondiale et la zone euro, et sur la base des hypothèses d’une récolte céréalière de 70 millions de quintaux et d’un prix moyen du gaz butane à 350 dollars la tonne. Le gouvernement, a-t-il poursuivi, s’engage à réduire le déficit budgétaire à partir de 2021, dans la perspective de stabiliser le niveau d’endettement et de veiller à développer les ressources à travers des mécanismes de financement innovants, dans le cadre du partenariat institutionnel, à même de générer quelque 14 milliards de dirhams. Il s’agit aussi de la gestion active du portefeuille public en cédant les actifs et en poursuivant la privatisation, ce qui permettra d’injecter 10 MMDH dans le budget de l’État, a-t-il ajouté. Le gouvernement œuvrera aussi à la rationalisation des dépenses de fonctionnement de l’administration, ce qui permettra, selon le ministre, de contenir le déficit budgétaire à 6,5% du PIB au titre de l’exercice 2021, contre 7,5% l’année précédente. Tout ce qui compte, conclut Khalid Ben Ali, c’est le taux de réalisation des chantiers et programmes prévus dans la loi de Finances. «Par le passé, il y a eu de grandes annonces, mais dans les faits, peu de choses ont été réalisées», regrette l’économiste.

Ventilation des efforts d’investissement public

L’enveloppe prévue pour les investissements sera répartie entre le Budget général, les comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services d’État gérés de manière autonome (SEGMA). Les CST et les SEGMA s’accaparent 37% de cette enveloppe, soit près de 85,1 MMDH, suivis des établissements et entreprises publics avec une part de 36% (81,9 MMDH). Les programmes d’investissement financés dans le cadre des CST s’élèvent à 21,34 MMDH. Ils portent principalement sur le renforcement du réseau routier national, le soutien d’actions relevant des secteurs de l’agriculture, des eaux et forêts, de l’élevage, de l’audiovisuel, de l’habitat, de la justice, de la culture, des sports, de l’aide aux jeunes promoteurs ainsi que le financement de programmes socio-éducatifs. Les programmes d’investissement relevant des SEGMA se chiffrent, quant à eux, à près de 272,43 millions de dirhams (MDH). S’agissant des budgets d’investissement des collectivités territoriales, les efforts porteront sur l’extension et le renforcement des réseaux de voirie et d’assainissement, les constructions d’infrastructures culturelles, sportives et de loisirs, de marchés et d’édifices publics ainsi que les aménagements de jardins et d’espaces verts. Total des dépenses prévues : 18 MMDH. Par ailleurs, les programmes d’investissement des EPP s’élèvent à près de 81,9 MMDH et couvrent principalement les secteurs de l’énergie, des télécommunications, de l’habitat, de l’agriculture, de l’électricité, de l’eau potable, des phosphates et leurs dérivés, des autoroutes et des transports aériens, maritimes et ferroviaires.

Khadim Mbaye / Les Inspirations Éco






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