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Immobilier. L’AEI invite le gouvernement à revoir sa copie

Immobilier. L’AEI invite le gouvernement à revoir sa copie

L’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI) a beaucoup communiqué, récemment, sur le système fiscal à l’occasion des Assises de la fiscalité. Le groupe de travail et de recherche adossé au Parti de l’Istiqlal se prononce sur une autre question de l’heure: l’immobilier. Ils invitent le gouvernement à revoir sa copie sur la politique de relance du secteur.

Venus de Hollande, de France et des différentes régions du royaume, les membres de l’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI) se sont réunis ce mercredi 15 mai autour d’un copieux ftour dans un hôtel casablancais pour parler immobilier. Et ce n’est pas un hasard puisque le dîner fait suite à la présentation, par le ministère de l’Habitat, de la feuille de route relative à la redynamisation du secteur et aux diverses interventions des opérateurs du secteur sur la situation de crise de confiance que vit le secteur. L’événement intervient également après celui consacré au PLF 2019 en novembre dernier, à la rencontre portant sur la confiance comme facteur de relance de la croissance en février et à une rencontre destinée à présenter les suggestions de l’alliance aux 3e Assises nationales sur la fiscalité (ANF) il y a deux semaines.

«Nous avons toujours cherché à être une force de proposition, en posant des questions préoccupant nos concitoyens et agents économiques et en suggérant des pistes de solution pertinentes», a déclaré Abdellatif Maazouz, président de l’AEI, dans son mot d’ouverture des débats centrés sur la relance de la croissance par l’habitat. Enjeu: mettre à la disposition des ménages marocains un logement abordable et de qualité en adéquation avec leurs capacités financières individuelles et leurs attentes notamment en matières de prestations, d’équipements et d’espaces verts. À la question de savoir comment répondre aux attentes en logement des citoyens, relancer le secteur de l’habitat et contribuer ainsi à la relance de la croissance économique nationale, l’ex-ministre du Commerce extérieur estime qu’il faudra, avant tout, se pencher sur le diagnostic des maux dont souffre le bâtiment, lequel joue malgré tout un rôle économique de taille en contribuant directement à hauteur de 6,3% du PIB, et près de 49% de la formation brute de capital fixe (2107). En effet, une série d’indicateurs confirment, en 2018, la nette régression que l’immobilier n’aurait pas connue depuis 2006, et la tendance semble se poursuivre au premier trimestre 2019. Ainsi, une chute de 51% de la production de logements a été relevée depuis 2011, accompagnée d’une baisse des mises en chantier. Pire encore, pour la troisième année consécutive, la production du ciment a connu une nette baisse (-3,6% en 2018), et le nombre des autorisations de construire, tous secteurs confondus, a marqué une baisse de 11% en 2018 par rapport à 2107. Le Haut-commissariat au plan (HCP) recense plus de 2 millions d’unités non habitées; le stock d’invendus par les promoteurs constituerait moins de 50% de ce parc. À cela, il faut ajouter 1,56 million d’unités non habitées se trouvant en milieu urbain.

«À l’instar de l’immobilier résidentiel, l’immobilier professionnel a connu un ralentissement durant le second semestre 2018: près de 50.000 m² de bureaux auraient été introduits durant le premier semestre 2018, et pratiquement rien au second semestre», a souligné le patron des cadres istiqlaliens, ajoutant que l’offre de surface de bureau disponible est estimée à 1,7 million de m² dont seulement 230.000 m² jugés structurés.

Les analystes et les professionnels imputent cette situation peu reluisante à plusieurs facteurs, a fait savoir Abdellatif Maazouz. En haut de la liste, le décalage croissant entre l’offre et la demande aussi bien en termes de gamme que de localisation et de clients ciblés, avec une quasi-négligence de la classe moyenne, et peu de logements confortables à des prix inférieurs à 800.000 DH. Les problèmes de qualité, de délai de livraison, de non-professionnalisation de la promotion immobilière ainsi que les contraintes fiscales associées aux transactions ont fortement amplifié la méfiance des acheteurs et rendu le marché peu liquide. Tous ces facteurs font également partie des goulots qui étranglent le secteur, dira-t-on.

Un potentiel énorme cependant
Les opportunités de développement du secteur sont encore nombreuses. En effet, le secteur de l’immobilier enregistre un déficit en logements, estimé à plus de 400.000 unités, ainsi qu’une demande globale de plus de 1,5 million d’unités d’habitation (données étude 2016 du ministère de l’Habitat). Mieux, au Maroc, 190.000 ménages additionnels expriment chaque année un besoin en logement (nouveau ou changement de l’ancien). Mais comment tirer profit de ce potentiel ? Selon les cadres du groupe de travail et de recherche relevant du Parti de l’Istiqlal, l’expérience montre que la cofinance des opérateurs et des consommateurs ainsi que le volontarisme politique exprimé par une action conjointe des trois départements clés, à savoir l’Habitat, l’intérieur et les Finances, sont nécessaires. Ils estiment qu’il est temps d’actionner quatre facteurs transversaux à savoir l’urbanisme, le foncier, la fiscalité et le financement.

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«Pour rendre à ce secteur sa grandeur, il faut d’abord se concentrer sur le besoin du citoyen», a indiqué Al Amine Nejjar, vice-président de l’alliance, par ailleurs Associate Manager au Casablanca Capital Investment Partners. Pour l’ex-président du directoire de Wafa Immobilier, le gouvernement devra revoir sa copie s’il veut redynamiser le secteur. «Il faudra corriger les propositions de la loi de Finances de 2019 concernant la relance du secteur de l’immobilier. C’est un changement de paradigme de la part du gouvernement qui s’impose pour donner à l’habitat un nouveau souffle», a-t-il suggéré. Il propose, entre autres mesures, l’adoption d’une approche régionale pour identifier les régions qui ont un réel besoin en logements sociaux, la limitation et le cadrage maximum du recours aux systèmes de dérogation pour les autres régions en fonction des besoins communément identifiés. À cela devrait s’ajouter l’invention de nouveaux concepts de logements sociaux avec aide directe octroyée aux futurs acquéreurs pour régler l’avance en fonds propres. En plus de l’exigence sur la qualité et la durabilité, l’État devrait également proposer l’exonération totale de la TVA sur les intérêts bancaires liés aux crédits acquéreurs. Quant aux mesures liées au foncier, l’alliance préconise l’ouverture du nouveau foncier à l’urbanisation pour maîtriser la pression sur celui- ci. Il faudra également penser à la professionnalisation des opérateurs du secteur en instituant et en encadrant un statut du promoteur immobilier.


Al-Amine Nejjar
Vice-président de l’AEI
Il faudra corriger les propositions de la loi de Finances de 2019 concernant la relance du secteur de l’immobilier. C’est un changement de paradigme et de la part du gouvernement qui s’impose pour donner à l’habitat un nouveau souffle.

Abdellatif Maazouz
Président de l’AEI
À l’instar de l’immobilier résidentiel, l’immobilier professionnel a connu un ralentissement durant le second semestre 2108: près de 50.000 m² de bureaux auraient été introduits durant le premier semestre 2108, et pratiquement rien au second semestre.

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