Culture

Gaza mon amour ou la vie malgré tout

Le Guerre et Paix des frères Nasser, en compétition Orizontti de la 77e édition de la Mostra de Venise qui se tient jusqu’au 12 septembre, est de toute beauté. Un film sur l’amour pendant la guerre, sur la vie pendant le cauchemar, sur l’espoir dans la bande de Gaza. Drôle et poétique. Retour sur un film puissant et nécessaire.

Un parapluie, un sourire, un regard, un parfum, une attention… On retrouve tout cela dans Gaza mon amour, des jumeaux palestiniens Tarzan et Arab Nasser. Un film d’une grande finesse où la guerre est reléguée au second plan parce que l’amour est plus fort. L’instinct de vie prime sur le reste. Un film social et politique nécessaire, bien ficelé, intelligemment écrit. Une autre façon de raconter le cauchemar de l’embargo et du conflit israélo-palestinien.


L’urgence d’aimer
Dans Gaza mon amour, un homme de 60 ans, Issa, pêcheur le soir et poissonnier le jour, est à la recherche de l’amour. Et il l’a trouvé. Il est secrètement amoureux de Siham, mère célibataire et couturière, sa voisine au marché. Solitaire, il aime s’asperger de parfum, passer des heures avec son ami épicier qui se plaint de la situation difficile du commerce tout en l’embaumant de senteurs diverses et variées. Campé par l’excellent Salim Daw, le personnage principal est saisissant et attachant. On le suit dans sa quête de l’être aimé, malgré sa timidité et son manque de tact. Comment séduire cette femme mystérieuse, mère d’une fille considérée comme rebelle, qui ne semble pas remarquer son existence ? Siham est incarnée par la charismatique Hiam Abbass. Un duo qui fonctionne, d’une humanité débordante.

Absurde et drôle
Lorsqu’on se rend à la séance d’un film baptisé Gaza mon amour, l’on ne s’attend pas à un film drôle. Pourtant, les frères Nasser ont réussi ce tour de force. Une drôlerie touchante, jamais vulgaire, toujours dans la finesse et la grâce. On rit des situations rocambolesques dans lesquelles le personnage se retrouve, qu’il s’agisse de la statue grecque qu’il trouve en pleine mer, ou encore des pantalons qu’il donne à retoucher alors qu’ils n’en ont pas besoin. Dans cette fresque poético-politique, la guerre est en toile de fond et la vie l’emporte. Les détails du quotidien sont préférés aux bombardements, l’urgence de continuer à vivre éclipse l’embargo et le cauchemar de la guerre. En plaçant en avant l’amour, les frères Nasser font ressentir la douleur du conflit au lieu de s’y attarder. Ils filment l’humain, se concentrent sur les regards, les expressions, les sourires, les soupirs et les espoirs. Les gros plans sont de mise, la caméra -bienveillante- suit les personnages dans leur quotidien. Et il y a cette musicalité, ce cri de détresse étouffé par l’envie de continuer, l’espoir d’un bonheur qui nous attendrait au coin de la rue ou à un arrêt de bus. Le conservatisme est pointé du doigt, les incohérences et les préjugés sont subtilement mis en exergue. Les frères Nasser ne versent pas dans la grossièreté, bien au contraire. En somme, Tarzan et Arab Nasser ont réussi le pari, pour leur premier long métrage, de raconter une histoire autrement, de proposer un beau moment de cinéma malgré la laideur de la situation, de faire rire sur un sujet loin d’être drôle. Et surtout, les jumeaux du cinéma palestinien nous offrent une belle leçon de vie et d’humilité : seul l’amour peut sauver le monde. Make love, not war.

Jihane Bougrine, DNES à Venise / Les Inspirations Éco

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