Culture

Fouad Bellamine : le peintre de l’indicible expose à Rabat

Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat propose une rétrospective consacrée à l’un des derniers monstres de l’art contemporain marocain, Fouad Bellamine. Du 20 novembre au 20 avril, le public pourra faire son «Entrée en matière», qui retrace 50 ans de travail d’un peintre courageux, ayant toujours repoussé les limites de la recherche picturale.

«Nous nous sommes notamment fixé comme mission de donner de la visibilité aux plasticiens marocains qui ont enrichi notre patrimoine moderne, à l’image des expositions consacrées à Ahmed Cherkaoui, Hassan El Glaoui, Chaibia Talal, Fatima Hassan El Farrouj, Radia Bent Lhoucine ou Jilali Gharbaoui et d’offrir la possibilité à tous les Marocains de les connaître ou de les redécouvrir. Aujourd’hui, nous ajoutons à cette palette d’hommages aux artistes marocains une rétrospective consacrée à Fouad Bellamine, dont les œuvres ont été exposées dans le monde. Au Maroc, où il a nourri plusieurs générations de jeunes artistes, nous retraçons à travers ce parcours près de cinquante années de travail», précise Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées. À partir du 20 novembre, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain organise une rétrospective consacrée à l’artiste Fouad Bellamine, intitulée «Entrée en matière», retraçant 50 années de création artistique. C’est la première rétrospective jamais consacrée à un artiste marocain vivant. Une centaine d’œuvres essentielles provenant de musées internationaux et de collections particulières qui couvrent 50 années de création et restituent l’intégralité de son parcours artistique. Cette exposition permet d’appréhender la diversité de l’œuvre et de constater ô combien la carrière de Bellamine est incroyable, lui qui a beaucoup travaillé sur le motif architectural parallélépipédique, coiffé d’une demi-sphère, baptisé marabout.


Une vie d’oeuvres, une oeuvre de la vie
«Fouad Bellamine a souvent rappelé l’importance d’Eros et Thanatos dans son oeuvre. Mais lorsqu’on lui parle de la mort, il répond de façon catégorique que ce n’est pas de mourir dont il a peur, mais de vieillir. Question de temps, en somme, du temps qui s’étire et non du temps qui s’arrête», précise Henri-François Debailleux sur l’œuvre de l’artiste marocain, à mi-chemin entre le figuratif et le symbolisme, sensible aux questions métaphysiques. Fouad Bellamine est né à Fès en 1950. Il est peintre par vocation. Sa modeste condition ne lui permet pas de s’inscrire à une école supérieure des beaux-arts comme il le souhaitait, le conduisant, par défaut, vers l’enseignement des arts plastiques. Après un cursus à l’École des arts appliqués de Casablanca, puis au Centre pédagogique régional de Rabat, il commence très tôt à enseigner. La peinture chevillée au corps, il multiplie les opportunités qui vont lui permettre de réaliser son rêve de devenir artiste peintre. Quand il expose pour la première fois en 1972 à la galerie La Découverte à Rabat, Fouad Bellamine est, de par sa curiosité et ses lectures, au fait de ce qui se passe sur la scène artistique mondiale. Il expose d’emblée un travail non figuratif. Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Chebâa, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Ahmed Yacoubi, Moulay Ahmed Drissi et quelques autres incarnent le panorama artistique du Maroc des années 1960 où le débat identitaire est vif autour de la création d’une culture nationale qui émanciperait définitivement le royaume des prescriptions du protectorat français. Fouad Bellamine comprend vite qu’il s’inscrit dans un parcours d’hybridité culturelle qu’il revendiquera dorénavant. L’artiste se situe au cœur d’une dynamique intergénérationnelle de la scène artistique au Maroc qui fonde sa spécificité. «Sa singularité picturale s’est très tôt révélée dans sa trajectoire d’artiste au travers d’une peinture sensible et exigeante. Seule une patience du regard sur ses toiles permet de détecter la couleur ensevelie puis révélée, où le gris souverain voile en transparences successives la toile pour déshabiller le motif et délicatement en masquer les séductions. Alors surgissent des éclats de couleur enfouis, comme les petits fragments du passé, d’une histoire, d’une archéologie. Pendant ces arrêts sur image, un peu pressé devant un motif évanescent, le spectateur se pose la vraie question : qu’est-ce que la peinture ?», explique l’écrivaine Latifa Serghini en parlant du travail d’un Fouad Bellamine habité. Le musée de Rabat propose donc une rétrospective où il s’agirait, tout au long d’un parcours chronologique, de découvrir chaque étape de création qui met en concordance les œuvres de l’artiste avec ses rencontres et l’histoire du moment, à travers photographies et documents, dispositif textuel à l’appui. Le cheminement s’organise schématiquement en six sections chronologiques. L’exposition s’ouvre sur les œuvres de jeunesse réalisées par Bellamine lors de sa période minimale des années 1970, caractérisée par des petits et moyens formats à la gestuelle discrète. La déambulation nous conduit ensuite vers les travaux de la période parisienne, où se joue une dialectique de la gestuelle et de l’espace, fondatrice de son œuvre. «On suit alors la progression architecturale du motif à travers des toiles d’un expressionnisme fougueux au chaos jouissif, ponctués par des moments expressionnistes dominés par le principe de silence, où le motif se tient au bord de l’évanescence et de l’espace-temps. Au cours de la déambulation, l’on peut entrevoir les chemins de traverse empruntés par l’artiste, ses digressions, les tableaux charnières des périodes constitutives de sa trajectoire. La progression se termine par une installation immersive visuelle et sonore dans un espace qui incarne en volumes l’univers plastique du peintre, alimenté par sa mémoire de l’enfance dans le dédale des rues de la médina de Fès».

Jihane Bougrine / Les Inspirations Éco






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