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Formation professionnelle. Chronique d’une réforme annoncée

Formation professionnelle. Chronique d’une réforme annoncée

Chronologie d’une réforme

Le 1er octobre 2018, le souverain a chargé, lors d’une réunion de travail, le chef de gouvernement de préparer, dans un délai de 3 semaines, un projet de réforme de la formation professionnelle.

3 semaines plus tard, le projet de réforme n’étant pas prêt, le chef de gouvernement demande un délai supplémentaire pour le finaliser. C’est enfin le 29 novembre que le chef de gouvernement présente son projet de réforme et de mise à niveau de la formation professionnelle. Malheureusement il ne répond pas aux attentes du souverain qui, selon un communiqué du cabinet royal, «a mis l’accent sur la nécessité de se pencher sur certaines lacunes qui le caractérisent et sur la question de maîtrise des sources et des mécanismes de son financement, réaffirmant que la promotion future de ce secteur doit être réalisée dans le cadre d’une vision complémentaire de réforme du système de la formation professionnelle».

Cinq mois plus tard, le programme n’est toujours pas définitivement prêt. En effet, lors d’une séance de travail tenue le 28 février, le souverain a «appelé à adopter une démarche réaliste qui série de manière rigoureuse les priorités en fonction des besoins de l’économie nationale et du marché du travail, des attentes sociales et des aspirations des Marocains».

Une intégration précoce

Entre-temps, le Conseil supérieur de l’éducation de la formation et de la recherche scientifique a présenté, lors d’une cérémonie officielle, les conclusions d’un rapport (non encore disponible sur le site officiel du CSEFRS) peu réjouissant sur la formation professionnelle et propose une réforme qui s’articule autour de 3 volets :

L’intégration de la formation professionnelle dans l’enseignement global,
La mise en valeur de la formation professionnelle en vue de redorer son image
La définition des besoins essentiels en adéquation avec les politiques publiques
Le soutien social aux jeunes n’ayant pas achevé leurs études.

Tant que le rapport n’a pas été publié, nous ne sommes pas en mesure de connaître les études empiriques, les diagnostics menés sur le terrain, la taille des enquêtes effectuées auprès des opérateurs de formation et des différentes fédérations professionnelles -au final, ce sont eux les premiers concernés- qui ont conduit à ces préconisations qui, il faut le dire, si elles sont mises en œuvre, engageront le secteur de la formation sur de nouvelles voies, et ce, pour plusieurs années.

La réforme du secteur n’est pas une mince affaire et, comme le souligne le souverain, réalisme et rigueur doivent être les maîtres-mots. Par conséquent, elle doit s’appuyer sur des bases solides, répondre aux besoins présents et à venir de l’économie nationale et faciliter l’insertion et l’employabilité des jeunes. Aucune marge d’erreur ne peut être tolérée dans un secteur aussi stratégique.

La recommandation du CSEFRS d’intégrer la formation professionnelle -dans l’état actuel des choses- à l’enseignement général répond sûrement au souci de remédier au déficit que connaît l’enseignement technique relevant de l’éducation nationale. En effet, les filières, dites technologiques, connaissent un grand déficit. En 2015-2016, l’ensemble des élèves de ces branches représente à peine 4.8% du cycle secondaire qualifiant. En France, à titre comparatif, les élèves du baccalauréat technologie représentent 19% de l’effectif global des élèves du baccalauréat alors que ceux du baccalauréat professionnel représentent 28%.

En développant l’enseignement technique et en lui donnant une place de choix dans le système de l’enseignement général, on aura préparé nos jeunes aux mutations technologiques que connaît le travail dans le monde. En effet, dans un récent rapport de la Banque mondiale, «de nombreux emplois actuels, et beaucoup plus dans un proche avenir, exigeront des compétences spécifiques qui combinent le savoir-faire technologique, la résolution de problèmes et l’esprit critique, mais aussi des aptitudes générales comme la persévérance, la collaboration et l’empathie».

Intégrer à court terme la formation professionnelle à l’enseignement général nous paraît comme étant une vision réductrice faisant de la formation professionnelle un simple «strapontin» qu’on utilise pour réguler les flux des différents cycles de l’enseignement, une sorte de bouée de sauvetage pouvant corriger certaines défaillances de l’enseignement général.

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Il est nécessaire, si nous voulons développer, à moyen terme, notre système de formation professionnelle et de lui trouver des solutions pratiques, de l’appréhender comme un système autonome avec ses propres approches et organisations pédagogiques, contraintes et mode de gestion. Nous ne devons pas, pour l’heure, l’intégrer dans l’enseignement général bien que les deux répondent à un seul objectif, à savoir le développement du capital humain.

Sur le long terme, par contre, il serait possible d’intégrer les deux systèmes dans une sorte de puissant «mégasystème», mais cela sera d’autant plus aisée, une fois bouclée préalablement la réforme de chacun des deux systèmes. La liquidation des différentes entraves propres à chaque système permettra d’avoir une meilleure visibilité quant à leur devenir respectif et d’appréhender leur éventuelle fusion avec plus de recul et de sérénité et partant, d’éviter que les «écueils de l’un ne contamine l’autre».

La mise à niveau, tant de l’enseignement général que de la formation professionnelle, est une priorité nationale qui engage le devenir de tout le pays. On ne peut plus miser sur l’augmentation de notre taux d’investissement qui est déjà à plus de 30% du PIB. La seule et unique option qui reste est d’augmenter notre productivité et donc le niveau d’éducation de la population.

Un pays se doit de faire rêver et de donner espoir à ses enfants en un avenir de tous les possibles. Il est encore temps de donner aux jeunes et aux moins jeunes, par l’éducation et la formation, l’opportunité de s’affirmer, de s’épanouir et de contribuer au développement du pays.

Mouneim Mansouri. Docteur en sciences du langage, chercheur-consultant, formateur à l’OFPPT

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