Maroc

Fès-Meknès : le secteur de l’artisanat s’effondre

Les artisans n’ont pas le moral. Pendant le confinement, le chiffre d’affaires du secteur a accusé une perte de 1,675 MMDH et une baisse des exportations de 68%.

Toutes les filières de l’artisanat d’art, de production et de service de la région Fès-Meknès sont encore paralysées par la crise de la Covid-19. Ce secteur, qui recense plus de 40.000 unités de production, dont 360 PME et 530 coopératives, contribue à hauteur de 12,8% au PIB de l’artisanat au niveau national. Il a réalisé plus de 94,8 MDH de chiffres d’affaires (CA) en 2019 avec une contribution à l’IS de 0,37%. Les artisans de la région ont réalisé 66 MDH de CA à l’export en 2019, soit 8% du total national. La crise sanitaire a impacté le secteur de l’artisanat dans sa globalité. En effet, la crise a engendré une baisse de 67,61% du CA des TPME de l’artisanat en raison de l’annulation des commandes nationales et internationales. Suite à la fermeture des espaces de production et de commercialisation pour la majorité des acteurs (mono-artisans, coopératives, TPE et PME), le taux d’arrêt d’activité était de 100%. La crise a montré la difficulté d’adaptation des artisans aux nouvelles exigences du commerce électronique. Selon un diagnostic réalisé par le Comité de veille économique (CVE) de la région, un arrêt complet a été constaté à Fès, impactant plus de 78.000 artisans d’art et de production, dont 36.000 au niveau de l’ancienne médina. Ont également été constatés l’arrêt temporaire des contrats de travail des salariés dans les PME artisanales ainsi que la suspension des importations de matière première et l’exportation de produits finis. La crise a eu un impact négatif sur la commercialisation du fait de l’annulation des évènements d’exposition et des foires locales, nationales et internationales de l’artisanat.


Pendant le confinement, Fès a enregistré une perte du CA du secteur de 1,675 MMDH, assortie d’une baisse des exportations de 68% pour cette même ville (pour la période avril-mai, en comparaison avec 2019). Le secteur a également connu un arrêt de la formation pratique au niveau des centres et espaces de formation dans le domaine de l’artisanat. Après le confinement, quelques activités de service du secteur ont connu une reprise (20.000 artisans, dont des mécaniciens, tôliers, électriciens, plombiers et travailleurs dans des fours traditionnels), ce qui s’est traduit par une hausse du CA à l’export de 52% en juin par rapport à la même période en 2019. Néanmoins, plusieurs métiers connaissent des difficultés de redémarrage à cause du manque ou du coût élevé de la matière première, de l’accumulation des charges fixes (eau, électricité, loyer), de la faible demande intérieure ou encore de la forte dépendance du secteur du tourisme.

La production lourdement impactée
La crise a également impacté la production suite à la péremption des stocks de matières premières et de produits périssables des acteurs de l’artisanat en arrêt d’activité. La plupart des artisans ont fait face à l’indisponibilité des matières premières importées ou produites localement, en raison de l’arrêt des déplacements inter-villes et d’une augmentation du prix des matières premières importées (à l’instar du cuivre). Le secteur a aussi connu une forte chute de la valeur des exportations des produits d’artisanat, due à l’arrêt d’activité des transitaires, des entreprises de transport terrestre et aérien et à la fermeture des frontières du pays ; ce qui induit une baisse de 57% au 2e trimestre 2020 par rapport à 2e trimestre 2019, alors que les exportations du secteur étaient sur un trend haussier .Toutes les activités de production artisanale et de commercialisation de produits artisanaux des anciennes médinas (36.000 artisans à Fès) ont été suspendues à cause de l’arrêt total de l’activité touristique. Un impact financier lié à l’accumulation des dettes fournisseurs/clients ainsi qu’à l’accumulation des charges fixes a été enregistré.

Des recommandations pour sortir de la crise
Suite à des ateliers thématiques réalisés par le Centre régional d’investissement (CRI) Fès-Meknès avec les opérateurs du secteur de l’artisanat, plusieurs mesures et recommandations ont été tracées pour sortir le secteur de sa léthargie. Les principales recommandations concernent l’accélération de la mise en oeuvre des projets du secteur de l’artisanat validés dans le cadre du Plan de développement régional (PDR), ainsi que l’encouragement des coopératives opérant dans le domaine de l’artisanat à s’inscrire sur la plateforme de commerce électronique créée par l’Agence de développement social (ADS). Les opérateurs de l’artisanat ont également appelé à déployer des plateformes dédiées à l’octroi de crédits sur l’honneur au niveau de la capitale spirituelle, les «Fès Initiatives», et à Taounate, les «Taounate Initiatives», en coordination avec les services de l’ADS. Les artisans intéressés peuvent bénéficier de ces crédits sur l’honneur pour financer leurs projets de développement d’activité. Les opérateurs appellent les pouvoirs publics à fixer un quota de commandes publiques à destination des TPME de la région opérant dans l’artisanat (fournitures de bureau, travaux, etc.), et à valoriser le produit artisanal en créant un label («100% Hand made of Fez City») assurant la qualité des produits, leur provenance, et témoignant du savoir-faire régional. Le label devra être validé auprès du ministère du Tourisme et de l’artisanat. 

Mehdi Idrissi / Les Inspirations Éco

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