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Exclusif. Chakib Alj : « les propositions de la CGEM pour le privé »

Chakib Alj.
Président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM)

Quelles sont les propositions de la CGEM pour la relance du secteur privé et l’amélioration de l’environnement des affaires ?
La crise induite par le Covid-19 a été fatale pour le tissu économique, notamment les TPE et les PME. La réussite de la relance de notre économie et le renforcement du positionnement de notre pays dans les chaînes de valeur mondiales dépendent incontestablement de la démarche et du rythme avec lesquels nous adresserons certains chantiers cruciaux. Certes, le Maroc a bien avancé en termes de réformes d’ordre légal et réglementaire. Toutefois, il est nécessaire d’opérer une structuration des dispositifs d’appui à l’entreprise relatifs notamment au financement, aux garanties, à la mise à niveau et aux subventions qui restent malheureusement peu connus et difficilement accessibles en raison de la multiplicité des intervenants. À ce titre, nous appelons au regroupement de ces mécanismes en activant un guichet unique et à la généralisation du système de création d’entreprises par voie électronique dans tous les CRI. De surcroît, afin d’assurer la survie du tissu entrepreneurial qui était en difficulté bien avant l’avènement de la pandémie, il est primordial d’entreprendre certaines actions urgentes, à savoir la formalisation de l’économie et la refonte du Code du travail. Il faut également instaurer la préférence nationale dans la commande publique et faciliter l’accès aux marchés de l’État des TPE et PME. Nous préconisons aussi l’adéquation de la formation continue aux évolutions des métiers d’avenir, la promotion de l’inclusion financière et la mise en place du mobile money. Enfin, il faut digitaliser et instaurer un e-gov efficient au service du Citoyen, de l’Entreprise et du secteur public. Par ailleurs, permettez-moi de rappeler que la CGEM avait présenté, le 21 mai dernier au CVE, sa proposition de plan de relance de l’économie nationale qui a été favorablement accueillie. Cette stratégie reprend, en plus des points précités, une batterie de mesures concernant notamment la promotion du «Made in Morocco» et l’incitation à la consommation locale, l’accélération des partenariats publics-privé (PPP) et la stimulation de la consommation nationale et internationale. Enfin, sur le plan social, nous avons recommandé d’élargir la sécurité sociale et l’Assurance maladie obligatoire (AMO) aux populations qui n’en bénéficient pas à ce jour (professions libérales, commerçants…).


Quels sont les objectifs fixés par le Comité nationale de l’environnement des affaires (CNEA) pour assurer la relance économique ?
Dans le cadre d’une démarche de concertation continue avec ses membres, le CNEA oeuvre pour la mise en place d’une politique nationale intégrée en faveur de l’amélioration de l’environnement des affaires et pour offrir de la visibilité aux opérateurs économiques nationaux et étrangers. Dans ce contexte particulier, le CNEA a aussi pour mission d’accélérer les réformes d’ordre réglementaire telles que l’adoption de la loi relative à l’arbitrage et à la médiation conventionnelle, la modernisation et la dématérialisation du système judiciaire ou encore l’amendement du texte relatif aux entreprises en difficulté. En parallèle, il se penche sur l’adaptation et l’assouplissement des procédures administratives et de la réglementation en tenant compte des besoins de l’entreprise pendant la période post-Covid-19. Nous restons convaincus du fait que la réussite de la mise en place de l’ensemble de ces réformes est tributaire d’une démarche de travail structurée en phase avec les visions de toutes les parties prenantes et ce, à travers notamment les groupes de travail prévus dans le cadre de la plateforme CGEM-gouvernement, que nous avons demandé au chef de gouvernement d’activer dans les plus brefs délais.

La CGEM recommande l’agrégation des mécanismes d’accompagnement des entreprises. Cette recommandation a-t-elle été prise en compte ?
Nous avons effectivement recommandé, lors de la réunion du CNEA, de remédier aux difficultés de mise en œuvre des dispositifs d’appui disponibles à travers l’instauration d’un interlocuteur unique efficace et efficient qui sera en charge de tous ces mécanismes et du déploiement des procédures y afférentes que nous voulons voir simplifiées et digitalisées, à l’instar de ce qui est fait dans d’autres pays. Pour la CGEM, le CNEA représente une plateforme incontournable de concertation et de dialogue entre secteurs public et privé pour étudier toutes les propositions qui visent l’amélioration continue de l’environnement des affaires. L’agrégation des dispositifs de soutien à l’entreprise est une mesure que nous jugeons pertinente et prioritaire en faveur du renforcement de la compétitivité de nos entreprises et de l’attractivité des investissements étrangers.

La CGEM a proposé de reporter la 2e revalorisation du SMIG actée dans l’accord du dialogue social d’avril 2019. Qu’en est-il de cette recommandation, et comment proposez-vous de gérer cette option avec les syndicats ?
Notre préoccupation majeure, au sein de la CGEM, est la préservation de l’emploi et des entreprises pendant cette phase extrêmement délicate. Conscients des dangers qui menacent la résilience des entreprises en ces temps-ci, surtout les TPE et PME et en toute citoyenneté et responsabilité, nous avons adressé un courrier au chef de gouvernement demandant le report de l’augmentation du SMIG de 5% prévue le 1er juillet 2020 au 1er juillet 2021. M. Saâd Dine El Otmani a promis la tenue prochaine d’un nouveau round du dialogue social au sein duquel nous en discuterons en toute transparence. Je tiens à préciser que la CGEM a pris trois engagements dans le cadre du pacte social d’avril 2019, à savoir une hausse du SMIG de 5% en juillet 2019, de 5% supplémentaire en juillet 2020 et une hausse des allocations familiales. Le gouvernement et les partenaires sociaux se sont engagés à promulguer, avant fin 2019, la loi organique sur la grève et le décret sur les contrats à durée déterminée et de lancer les consultations pour l’amendement du code du travail. La CGEM a tenu deux engagements sur trois, alors que le gouvernement et les partenaires sociaux n’en ont tenu aucun. Ceci pour dire que le secteur privé tient ses promesses, d’autant plus que c’est un report que nous demandons et non une annulation.

Ne pensez-vous pas qu’une refonte du Code du travail est aujourd’hui nécessaire pour accompagner les différentes mutations du contexte économique national ?
La CGEM a, depuis plusieurs années, fait part de ses propositions pour l’amendement du Code du travail, et ce pour de multiples raisons parmi lesquelles nous retrouvons l’amélioration du climat des affaires et l’adaptation aux évolutions qu’a connues le monde du travail. À ce titre, nous avons recueilli les avis des entreprises tous secteurs confondus, exposé des situations écartées par ledit code, déclenché des débats et proposé plusieurs mesures à même d’harmoniser le Code du travail avec le marché du travail.

Sanae Raqui
Les Inspirations ÉCO

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